Nouvelle agence de notation : la Russie a choisi ses partenaires

Crédit : Itar-Tass

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Comme RBTH vous l’avait déjà révélé, la Russie compte mettre en place une agence de notation avec le chinois Dagong Global Credit Rating Co et l’américain Egan-Jones Ratings. Le ministre russe des Finances Anton Silouanov a officiellement confirmé l’information. Cette nouvelle agence concurrencera les « trois grands » et, selon RBTH, le célèbre financier britannique Richard Hainsworth a directement participé à sa conception.

Nouvel acteur

La nouvelle agence de notation, qui souhaite rivaliser avec Moody’s, Fitch et Standard & Poor’s, sera fondée dans le cadre d’Universal Credit Rating Group, joint-venture entre l’agence russe RusRating, le chinois Dagong et l’américain Egan Jones Rating. La Russie a ainsi refusé de se joindre à l’agence de notation internationale ARC Ratings réunissant réunit cinq institutions nationales du Portugal, de l’Inde, de l’Afrique du Sud, de la Malaisie et du Brésil. Selon le communiqué officiel du ministre russe des Finances Anton Silouanov, ce nouvel acteur utilisera les mêmes instruments et critères d’évaluation des projets d’investissements nationaux et régionaux que les agences actuelles.

Comme l’avait déclaré auparavant Aleksandr Zaïtsev, directeur général de RusRating, lors d’un entretien avec RBTH, l’apparition de ce nouvel acteur n’est pas directement liée à la crise ukrainienne ou aux accords entre la Russie et la Chine. « Les premières discussions ont eu lieu bien avant les événements en Ukraine, au plus fort de la crise financière mondiale de 2008, lorsque des entreprises ont commencé à faire faillite aux États-Unis alors qu’elles bénéficiaient des meilleures cotes auprès des trois plus grandes agences de la planète », expliquait-il.

Les partenaires décrivent avant tout la nouvelle agence de notation comme une « organisation apolitique ». « L’influence des agences américaines sur la formation des portefeuilles d’investisseurs est trop forte, ce qui leur donne la possibilité de manipuler l’opinion publique en augmentant ou en abaissant les notations financières », indique Anton Soroko, analyste du holding financier FINAM. Pour lui, les leaders mondiaux ont besoin d’autres concurrents internationaux, dont les classements fourniront aux investisseurs un regard alternatif sur les actifs, et ce afin de garantir une meilleure objectivité. L’analyste ajoute que la consolidation d’une telle agence aux côtés de ses analogues américains pourrait à l’avenir avoir des conséquences indispensables : la création d’un groupe supranational uni et libre des pressions politiques.

« Vu sa composition, l’agence réussira probablement à atteindre le statut d’organisation « apolitique », ce qui favorisera l’intérêt des investisseurs internationaux  pour son travail », poursuit Vadim Vedernikov, directeur-adjoint du département d’analyse et de gestion des risques d’UFS IC. Selon lui, la participation du russe RusRating a probablement été facilitée par l’ancien dirigeant de l’agence Richard Hainsworth et ses précédents accords de partenariat avec ses collègues chinois et américains.

Des fondateurs influents

En 1996, le financier britannique Richard Hainsworth dirigeait la représentation en Russie de Thomson Financial BankWatch, une des plus grandes agences de notation internationales, ensuite rachetée par Fitch. En 2011, Hainsworth a fondé, avec le soutien de la banque américaine Citibank, la société Global Rating International Ltd dans le cadre de laquelle RusRating a vu le jour la même année. Plus tard, le financier a créé des agences similaires dans d’autres anciennes républiques soviétiques, en premier lieu KzRating, fondé en 2006 au Kazakhstan, et AmRating en Arménie. Il s’agit d’agences de notation nationales faisant partie du groupe GlobalRating. D’après RBTH, Richard Hainsworth est aujourd’hui l’un des principaux spécialistes en matière de risques de crédit en Russie. En 2004, il a initié la création d’une association d’analystes financiers certifiés en Russie (CFA Russia), dont il a été le premier président. Hainsworth a toutefois quitté la firme RusRating en 2013, ce que les acteurs du marché lient avec le changement de propriétaire de l’agence.

Le nouveau propriétaire de RusRating serait d’ailleurs l’agence de notation chinoise Dagong Global Credit Rating. Les agences chinoise et russe, en collaboration avec l’américain Egan-Jones Rating, ont alors créé une entreprise conjointe : la nouvelle agence internationale Credit Rating Group. Selon le quotidien russe Kommersant, le principal bénéficiaire de RusRating n’est pas le groupe chinois mais le magnat de la construction et banquier Mikaïl Chichkhanov, neveu du propriétaire de la compagnie pétrolière Roussneft Mikhaïl Goutseriev (dont la fortune s’élève à 3,3 milliards de dollars selon Forbes). Le journal souligne que c’est principalement l’influence des bénéficiaires supposés qui a assuré le soutien politique nécessaire à la nouvelle agence de notation.

D’après les spécialistes du secteur, si elle veut concurrencer les trois grands que sont Standard & Poor's, Fitch et Moody's, la nouvelle agence internationale devra collaborer pendant longtemps et de façon étroite avec ses partenaires mondiaux. « La réputation est très importante pour les agences internationales, or elle s’acquiert avec les années. Dagong Global et RusRating ont été fondées récemment et il est tout à fait logique que certains investisseurs étrangers ne soient pas prêts à faire confiance aux notations de ces agences », précise l’analyste d’Investcafe Mikhaïl Kouzmine. Toujours selon lui, si les échanges se renforcent entre la Russie et la Chine, les notes de l’agence seront alors peut-être utilisées au départ dans des projets communs aux deux pays.

 

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