Les milieux d’affaires attentifs et attentistes sur les perspectives en Crimée

Auchan vient d’ouvrir ses portes à Simferopol. Crédit : allretail.ua

Auchan vient d’ouvrir ses portes à Simferopol. Crédit : allretail.ua

La Russie promet des sommes colossales pour relancer l’économie de la Crimée. Un chantier guetté par les investisseurs, que le flottement législatif incite cependant à la prudence.

Moscou a promis de dépenser des milliards d’euros en Crimée, dont cinq pour la seule année 2014. On parle déjà en Russie de la péninsule comme d’un nouveau Sotchi : les efforts budgétaires annoncés évoquent les olympiades par leur échelle, mais aussi parce qu’il est question de redévelopper un territoire laissé en jachère pendant deux décennies. Les grosses dépenses seront affectées à la construction de gazoducs et de bâtiments, de canalisations d’eau potable, de routes et d’infrastructures portuaires. Les sociétés œuvrant dans les secteurs des infrastructures gazières, routières, ferroviaires et portuaires vont guetter le lancement de très importants appels d’offres. « Le pont ou le tunnel qui reliera physiquement la Crimée à la Russie va coûter au moins 1,1 milliard d’euros. C’est un ouvrage d’une grande complexité », estime Alim Omerov, un entrepreneur des BTP originaire de Crimée et basé à Moscou. Omerov a déjà étudié ce projet dans le passé et pense que le savoir-faire de groupes étrangers pourrait être sollicité.

Les investissements seront orientés vers les deux secteurs phares de la Crimée : le tourisme et l’agriculture. Dans les deux cas, cela devrait stimuler les petites et moyennes entreprises. Alim Omerov envisage d’ailleurs d’investir dans la distribution d’eau et dans l’agriculture. « La Crimée possède des terres fertiles et un climat idéal pour cultiver les céréales, fruits et légumes. Ce potentiel est sous-exploité et va repartir sur de bonnes bases, estime Omerov. Même chose pour la production viticole. Les caves qui ont été privatisées produisent aujourd’hui de la piquette alors que tous les éléments sont réunis pour produire du bon vin ».

En chiffres

1,1 milliard d’euros, coût minimum estimé du pont entre la Crimée et la Russie.

5 milliards d’euros de dépenses budgétaires en Crimée pour la seule année 2014.

L’injection de capitaux devrait arroser d’autres secteurs. Moscou va doubler les revenus des retraités et des employés de l’État, ce qui devrait se traduire par une augmentation du pouvoir d’achat, avec un effet positif sur la consommation. Ce qui tombe bien par exemple pour le géant français Auchan, qui a inauguré fin février sa première grande surface de Crimée à Simferopol, juste avant l’intégration de la péninsule dans la Fédération de Russie. Si Auchan est visiblement confiant dans la croissance de la consommation, ce n’est pas le cas de toutes les chaînes internationales. Le groupe espagnol Inditex, qui englobe les marques Zara, Massimo Dutti et Bershka, vient de renoncer à y ouvrir des magasins. « Je pense que les Occidentaux vont rester réticents à investir en Crimée, mais nous pourrons compter sur des investissements chinois ou saoudiens », estime Omerov.
Outre les sanctions internationales et le climat d’instabilité politique autour de l’Ukraine, d’autres éléments inspirent la prudence parmi les investisseurs : l’Ukraine a promis de lancer des poursuites judiciaires contre la Russie et les sociétés profitant des expropriations. Avec des dommages et intérêts qui atteindront sans nul doute des centaines de millions d’euros.

Les cours d’arbitrage internationales vont avoir du travail, et les litiges risquent de tenir à l’écart les grandes firmes internationales, mais aussi les sociétés russes qui ont des intérêts en Ukraine. L’incertitude porte sur la somme qui sera finalement exigée de la Russie et, pour les sociétés russes en Ukraine, il existe un risque qu’elles soient saisies sous forme de dédommagement.

L’un des secteurs les plus fragilisés par le climat politique est le tourisme. Or, c’est l’un des piliers de l’économie locale. Touristes et investisseurs ont en commun de fuir l’instabilité. Pour Omerov, « il y aura un gros creux pendant deux ou trois ans, mais tout rentrera ensuite dans l’ordre ». L’homme d’affaires souligne que l’infrastructure touristique laisse aujourd’hui à désirer. Gageons que ces trois années permettront de faire les rénovations nécessaires pour placer la Crimée au niveau de la concurrence turque et grecque.

 

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