Porc : « Des concessions sont encore possibles »

Crédut photo : Monique Lapa

Crédut photo : Monique Lapa

Fin janvier, Moscou a mis en place des restrictions sur les importations de porcs depuis la Lituanie, qui de facto se sont étendues aux autres importeurs européens. Sergueï Dankvert, le chef de Rosselkhoznadzor [le service fédéral de contrôle vétérinaire et phytosanitaire], dévoile à La Russie d'Aujourd'hui les circonstances dans lesquelles se sont déroulées les négociations avec l'UE.

Qu'est-ce qui a poussé la Russie à placer des restrictions sur le porc européen ?

La Russie n'a formellement introduit aucune restriction sur l'importation de porcs depuis l'Europe. Rosselkhoznadzor a seulement réagi aux cas de contagion de peste porcine africaine en Lituanie et a bloqué les livraisons en provenance de ce pays.

Mais du fait que le territoire de l'UE est reconnu comme un tout, des problèmes juridiques sont apparus. Une des conditions de l'accord de Lisbonne est que la viande et les produits de viande crue exportés de l'UE vers la Russie, doivent être produits dans des exploitations ou des territoires administratifs officiellement préservés des maladies contagieuses, et de la peste porcine africaine, durant trois ans.

Nous avons juste averti la Commission européenne du blocage des livraisons depuis la Lituanie. Pour le reste de l'UE, nous avons demandé que soient satisfaites les règles inscrites dans des documents signés.

 Mais dans les faits les importations sont de toute façon bloquées...

Ils se sont retrouvés dans une situation de défaut technique, bien qu'il y a 5-6 ans nous avertissions que l'épidémie de grippe porcine africaine atteindrait même l'Union européenne. Ce point demeure dans les documents officiels depuis la formation de l'Union douanière entre la Russie, le Kazakhstan et le Bélarus.

Mais les Européens n'ont pas réagi au signal d'alarme. Au milieu de février, les représentants des associations d'affaires et des services vétérinaires de France, d'Italie, de Hollande, du Danemark et de Lituanie étaient à Moscou. Ils ont tout de suite admit la légitimité de nos mesures et ont formulé le désir de trouver une solution.

Or, durant les négociations, Paola Testori Coggi (directrice générale de la Commission européenne pour la santé et les droits des consommateurs) a énoncé des mesures de rétorsion disproportionnées et une menace de plainte auprès de l'OMC. Finalement, nous nous sommes mis d'accord pour nous rencontrer à nouveau.

 Sur quoi porte la différence des positions de la Russie et de l'UE ?

 La Commission européenne propose à la Russie de bloquer les livraisons de porcs seulement depuis 5-6 régions de Lituanie. Premièrement, de telles décisions ne peuvent désormais pas être prises unilatéralement par la Russie, mais seulement dans le cadre de l'Union douanière.

L'UE peut s'adresser à la Commission économique eurasiatique avec ces propositions, mais la Russie peut seulement venir avec cette initiative pour la faire examiner au sein de l'Union. Mais dans n'importe quel cas, 6 régions de Lituanie ce n'est pas sérieux. Nous n'accepterons pas une telle position, d'autant plus que des cas de contagion sont déjà apparus en Pologne.

En outre, selon nos données, des cadavres de sangliers sauvages ont été découverts à la frontière entre la Pologne et la République tchèque, et il n'y a ni démenti, ni confirmation qu'ils ne soient pas morts de la grippe porcine africaine. Les mesures pour lutter contre ce début d'épidémie en Europe doivent être différentes.

Notre position est qu'une vraie régionalisation du territoire de l'UE lors des livraisons vers la Russie doit être réalisée, afin qu'il soit possible de détecter clairement le pays d'origine. Afin que le goret naisse, grandisse et soit tué dans un pays non-contaminé. 

Soit dit en passant, l'UE a mené une régionalisation avec la Chine. Elle a signé avec chaque pays d'Europe des accords séparés, par lesquels il y a une garantie que l'animal est né, élevé et tué sur le territoire d'un pays défini.

 Quels sont les résultats des consultations avec Madame Coggi ?

 Nous comptions sur le fait que nos collègues européens viendraient avec de nouvelles propositions de régionalisation. Mais cela n'a pas eu lieu. J'ai proposé à Madame Coggi d'envoyer ses experts dans notre Institut de la santé des animaux à Vladimir, pour que là-bas les collègues et nos spécialistes confirmés étudient en profondeur la situation survenue sur le territoire de l'UE d'un point de vue scientifique, et déterminent les risques.

L'Union européenne a soutenu avec joie cette initiative. 

Quelle part occupe le porc européen dans les importations en Russie ?

Environ 50%. Soit 600 000 tonnes.

 

L'entretien a été réalisé le 28 février

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