Les Russes craignent l’inflation

Un cinquième des Russes (17%) s’attend à une dégradation de son bien-être matériel au cours de cette année. Crédit : Itar-Tass

Un cinquième des Russes (17%) s’attend à une dégradation de son bien-être matériel au cours de cette année. Crédit : Itar-Tass

Une majorité de Russes (60%) estime que la situation matérielle de leur famille ne changera pas au cours de l’année à venir. Près d'un Russe sur cinq (17%) s’attend même à une dégradation de son bien-être matériel au cours de cette année.

Au cours de l’année écoulée, la proportion de Russes escomptant dans un avenir proche une amélioration de leur situation financière a diminué d’un tiers. L’accélération de l’inflation constitue le principal facteur alimentant ces anticipations pessimistes. Tels sont les résultats d’une enquête menée par le Centre panrusse d’étude de l’opinion publique (VTsIOM). La cause principale de ce pessimisme s’avère être la hausse importante de l’inflation.

Comme l’a montré l’enquête, une majorité de Russes (60%) estime que la situation matérielle de leur famille ne changera pas au cours de l’année à venir. Un tel pessimisme est par ailleurs prédominant chez les citoyens en ce qui concerne les 10 prochaines années.      

Un cinquième des Russes (17%) s’attend même à une dégradation de son bien-être matériel au cours de cette année. Voici un an, la part de citoyens sceptiques était inférieure : 12%.

Et seulement 15% des répondants escomptent une amélioration de leur situation matérielle. De nos jours, de telles attitudes sont caractéristiques des jeunes gens âgés de 18 à 24 ans (parmi eux, la proportion d’optimistes est de 25%), ainsi que des habitants de villes de taille moyenne (19%).

La forte hausse de l’inflation est depuis plusieurs années identifiée comme la cause principale pouvant entraîner une dégradation de la situation matérielle des Russes (74% en 2014 et 67% en 2008).

Les particuliers placent également parmi les facteurs principaux l’augmentation des dépenses. Au cours de l’an dernier, la proportion des personnes ayant répondu de la sorte a considérablement augmenté, passant de 44% en 2013 à 53% en 2014. Une personne sur dix (9%) se plaint que son bien-être matériel pourrait se voir dégradé du fait de la nécessité de devoir payer certains pourcentages d’intérêts sur leur crédit. La perte du travail principal inquiète 8% des répondants, ce qui est significativement moins qu’en 2013 (18%).

Pour les Russes, la principale source d’amélioration du bien-être matériel demeure assez classiquement le salaire tiré de leur emploi principal. C’est ce qu’ont déclaré 66% des répondants. Afin d’accroître leurs revenus, les Russes comptent également sur la rémunération de leur travail d’appoint (en tant que travailleur embauché ou bien sans déclaration officielle pour 17% d’entre eux).

Au cours de l’an dernier, la proportion de répondants s’attendant à une amélioration de leur situation matérielle du fait de l’obtention de différentes formes de pensions a doublé (13% en 2014 contre 7% en 2013). Un participant à l’enquête sur dix compte sur sa propre société (ou en tant qu’entrepreneur individuel) pour réaliser des profits. Les Russes sont moins nombreux à compter sur une aide financière de la part de leur famille et de leurs amis (6%) ainsi que sur le versement des allocations familiales et d’autres prestations sociales (4%).

Selon Elena Bachkirova, directeur général du cabinet d’études sociologiques Bachkirova and partners, la tendance à la diminution des attentes des Russes en ce qui concerne leur situation financière a été constante au cours des dernières années.

« Il y a quelques années, près de 50% des personnes interrogées estimaient que leur bien-être matériel resterait inchangé dans un avenir proche. De tels chiffres reflétaient des attentes élevés chez les Russes par rapport à leur sentiment actuel, avec 60 % des personnes ne s’attendant pas à voir de changements. Et chose la plus importante, il n’y a aucune base économique à cela : la situation se dégrade en Russie comme dans le monde, et les prix augmentent », explique E. Bachkirova.

Daria Haltourina, expert de la commission des affaires sociales et de la politique démographique à la Chambre civique indique que la période allant de 2000 à 2008 se caractérisait par une augmentation rapide des revenus. « Globalement, cela découlait du fait que beaucoup de Russes ne disposaient que d’un bas niveau de vie qui a dans les fait, été tiré vers le haut. Durant cette période, les particuliers se sont habitués à considérer la croissance des revenus comme un phénomène indispensable. Il n’y a actuellement pas de crise per se, nous sommes en période de stagnation. Mais les Russes se sont accoutumés aux hausses de salaires et se sentent mal à l’aise en leur absence », explique D. Haltourina.

Cela n’est donc pas un hasard que le premier facteur de détérioration du bien-être matériel identifié par des particuliers habitués à la croissance des revenus soit l’inflation, cette dernière dépréciant justement le revenu existant.

D’après les experts toutefois, dans les villes de plus d’un million d’habitants, les ressources alimentant la croissance des salaires ont été pratiquement épuisées, ces derniers atteignant leur plafond. Les villes moyennes disposent encore quant à elles d’un potentiel de croissance, c’est pourquoi leurs habitants y sont plus optimistes en ce qui concerne leur situation financière.

Article publié sur le site d'Izvestia

 

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