Guerre de la potasse : « l'histoire n'a fait que commencer »

En 2011, la partie russe a tenté de racheter une participation dans Belaruskali et d'obtenir ainsi le contrôle du fabriquant. Crédit : Denis Vychinski / Kommersant

En 2011, la partie russe a tenté de racheter une participation dans Belaruskali et d'obtenir ainsi le contrôle du fabriquant. Crédit : Denis Vychinski / Kommersant

La Russie et la Biélorussie, les plus grands producteurs mondiaux de la potasse, ont apparemment décidé de faire une pause dans le conflit financier qui les opposait depuis plusieurs mois. Vladislav Baumgertner, PDG du géant russe de l'industrie, Uralkali, a finalement fait son retour à Moscou. Arrêté par les autorités biélorusses à la fin de l'été, M. Baumgertner était effectivement pris en otage, devenant un atout de Minsk dans le différend russo-biélorusse. Cependant, selon les experts, après cette brève accalmie, la saga de la potasse prend une nouvelle dimension.

Deux leaders mondiaux de la potasse, le russe Uralkali et le biélorusse Belaruskali décident en 2005 de créer une coentreprise d'exportation. Baptisée Belarus Potash Co. (BPC) , la nouvelle société contrôle effectivement près de 45% du marché mondial, ce qui permet aux deux compagnies-fondatrices de rivaliser efficacement avec leur concurrent canadien Canpotex.

Uralkali

Le principal actionnaire d'Uralkali est le milliardaire russe Souleiman Kerimov. Vladislav Baumgertner est le PDG de la société. Quant à Belaruskali, c'est un groupe public, appartenant entièrement à l'État de Biélorussie.

En 2011, la partie russe – ou, plus précisément, Suleïman Kerimov – a tenté de racheter une participation dans Belaruskali et d'obtenir ainsi le contrôle du fabriquant. Toutefois, les parties ne sont pas arrivées à s'entrendre sur le prix. Belaruskali représente pour Minsk un actif précieux, le pays n'ayant quasiment pas de matières premières sauf la sylvinite, minerai de potasse, utilisé dans la production d'engrais.

Fin 2012, les disputes internes conduisent à un conflit majeur. D'abord, Belaruskali commence aux ordres du président biélorusse Alexandre Loukachenko à exporter de la potasse indépendamment de la coentreprise BPC. En été 2013, Uralkali fait la même chose en riposte : l'entreprise russe rompt sa coopération avec Belaruskali et met fin aux exportations conjointes via la BPC.

S'ensuit une escalade : le 26 août, le PDG d'Uralkali Vladislav Baumgertner, qui vient d'arriver à Minsk pour prendre part à des pourparlers entre les deux compagnies, est arrêté par la police biélorusse, accusé d'abus de pouvoir, ainsi que d'avoir détourné des fonds estimés à 73,6 millions d'euros. Des accusations similaires sont lancées par Minsk à l'encontre de Suleïman Kerimov, principal actionnaire de la société russe.

L'affaire bouleverse le marché, faisant chuter le cours de la potasse en bourse de 294 euros en juin à près de 228 euros en novembre. D'après Daria Jelannova, directrice adjointe du département analytique de la société de bourse russe Alpari, le marché a perdu en raison de l'arrestation de M.Baumgertner près de 14,7 milliards d'euros.

Effectivement, le PDG d'Uralkali est devenu un atout de Minsk dans un conflit majeur avec Moscou. Pour le libérer, Moscou a été obligé de remplacer le principal actionnaire d'Uralkali - c'était en effet une des conditions posées par la Biélorussie. Une telle possibilité a rapidement attiré l'attention du holding ONEXIM, un des plus grands fonds d'investissement de la Russie, contrôlé par l'homme d'affaires russe Mikhail Prokhorov. Ce dernier a dévoilé l'intention de reprendre la part de Suleïman Kerimov (21,75%). Les modalités de la transaction ne sont pas dévoilées, mais, d'après Mme Jelannova, le montant total sera calculé en fonction de la capitalisation de la compagnie, estimée à 14,7 milliards d'euros.

Comme l'estime Oleg Douchine du groupe d'investissement Zerich Capital Management, grâce au retour de M. Baumgerner en Russie, le dialogue entre Minsk et Moscou deviendra « plus constructif » et la Biélorussie cessera de faire chanter ses partenaires russes. Mais cela ne signifie pas que la Russie a cédé à Minsk. L'affaire ne sera terminée qu'après que les deux pays déterminent finalement le sort de Belaruskali. La Russie veut obtenir la société biélorusse, et l'histoire va se poursuivre jusqu'à ce qu'elle arrive à le faire, estime le chef du Fonds russe de la sécurité énergétique nationale Konstantin Simonov. « Baumgernter sera détenu en prison en Russie pour une certaine période pour la bonne règle, mais puis, il sera libéré. Mais l'histoire n'a que commencé », a déclaré l'expert dans une interview à La Russie d'Aujourd'hui.

M. Simonov se dit en outre persuadé qu'Alexandre Loukachenko a fait une erreur en acceptant l'acquisition d'Uralkali par Mikhaïl Prokhorov, car ce dernier possède « ses propres fonds », contrairement à Suleïman Kerimov, qui n'avait que « de l'argent emprunté ». Possédant des moyens considérables, Prokhorov sera pour Minsk un actionnaire beaucoup plus dangereux. « Il va poursuivre la politique de dumping et continuera à torturer Loukachenko, en le persuadant de vendre sa société », estime l'expert.

Belaruskali représente effectivement un actif très attrayant. Jumelée avec Uralkali, la société peut contrôler 40% du marché de la potasse. Si le nouveau actionnaire de la société russe peut réunir les deux groupes, il recevra un monopole mondial, possédant la capacité de fixer les prix sur le marché mondial.

En ce qui concerne M.Loukachenko, il a récemment annoncé vouloir ressusciter l'« alliance de la potasse » entre Uralkali et Belaruskali. « Il veut que le prix augmente de nouveau pour atteindre 670 euros pour une tonne, mais c'est trop tard. Le prix ne va plus atteindre ce niveau », explique Vassili Iakimkine. Konstantin Simonov affirme de son côté qu'après avoir obtenu le contrôle sur les principaux actifs de la Biélorussie, la Russie pourrait plus facilement résoudre des problèmes avec des personnalités comme Loukachenko.

 

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