La Russie veut s’implanter en Afrique du Sud

Le président sud-africain Jacob Zuma (à g.) et le président russe Vladimir Poutine. Crédit : AP

Le président sud-africain Jacob Zuma (à g.) et le président russe Vladimir Poutine. Crédit : AP

La Russie installera cette année une mission économique en Afrique du Sud. Cependant, les experts doutent que Moscou puisse renforcer rapidement les échanges bilatéraux.

Conformément à un décret du gouvernement russe datant du 11 novembre 2013, la Russie ouvrira avant la fin de cette année un poste d'expansion économique à Johannesburg. Il y a 25 ans, Moscou était très actif en Afrique subsaharienne (échanges commerciaux considérables, exploration minière, création d'entreprises), mais a perdu du terrain suite à l'effondrement de l'URSS, ne possédant actuellement que trois postes d'expansion économique sur le sol africain : en Égypte, au Maroc et en Algérie. Les autorités russes envisagent donc de rétablir leur position perdue.

Selon le vice-ministre russe du Développement économique Alexeï Likhatchiov, chargé du commerce international, les grands acteurs de l'industrie russe (énergie et industrie lourde), ainsi que les entreprises novatrices du pays, manifestent un intérêt pour les pays africains. La mission économique russe en Afrique du Sud sera alors un « point de répère » pour les entreprises russes dans le sud du continent.

L'Afrique du Sud est actuellement le premier partenaire commercial de la Russie en Afrique subsaharienne. En croissance constante, les échanges commerciaux entre les deux pays ont triplé au cours des cinq dernières années, atteignant, selon le ministère russe du Développement économique, un milliard de dollars (près de 738 millions d'euros). D'après les estimations du ministère, ce chiffre pourrait encore redoubler durant les cinq années à venir.

Un des axes possibles de la coopération bilatérale est la participation des compagnies russes dans les projets d'infrastructures sur le sol sud-africain : la construction des chemins de fer et la modernisation du matériel roulant; l'exploitation minière et le traitement des minéraux – principalement des métaux non ferreux et rares, et la coopération dans plusieurs domaines, notamment l'énergie (y compris le nucléaire), la construction aéronautique, les télécommunications et l'agriculture. La Russie veut en outre importer plus de produits agricoles en provenance d'Afrique du Sud qui est déjà l'un des principaux fournisseurs d'agrumes, du raisin, de vins et d'autres produits alimentaires. « Afin de rechercher de nouvelles formes de coopération mutuellement profitable, nous envisageons d'organiser dans le premier semestre de 2014 à Pretoria une « mission d'affaires » d'entreprises russes. À l'issue de la mission, nous devrons établir une « feuille de route » pour des projets d'investissement bilatéral à venir », a annoncé à La Russie d'Aujourd'hui l'assistante du ministre russe du Développement économique Elena Lachkina.

Un poste d'expansion économique russe à Johannesburg devrait par ailleurs avoir un effet positif sur le développement du bloc BRICS, réunissant le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud. Ce pays est le « maillon faible » au sein de l'organisation, ses principaux atouts étant sa position géopolitique importante, les ressources naturelles et l'influence dans la région. Ceci étant dit, la composition des exportations d'Afrique du Sud vers les autres États du BRICS montre que le pays se diversifie sur le plan économique. Les échanges commerciaux entre l'Afrique du Sud et les pays du bloc ont augmenté durant la période de 2010 à 2012 de 20,3 à 26,9 milliards d'euros.

Comme l'estiment les analystes du ministère russe du Développement économique, l'activité d'investissement du BRICS en Afrique du Sud semble très prometteuse. Au cours de ces dernières années, le BRICS a fortement renforcé la coopération commerciale et stratégique avec les pays africains, ce qui a stimulé la croissance économique du continent.

Cependant, Moscou s'est décidé à renforcer les relations commerciales avec l'Afrique du Sud avec un certain retard. D'après l'analyste de l'Institut de recherche des marchés émergents du centre russe de recherche et de développement Skolkovo Christopher Hartwell, la Chine et le Brésil maintiennent des relations plus fructueuses avec ce pays. « La Russie a considérablement augmenté ses échanges commerciaux avec l'Afrique du Sud ces dernières années, mais le Brésil et la Chine sont plus actifs dans le pays. Alors que Moscou a investi dans l'économie sud-africaine un milliard de dollars environ (près de 738 millions d'euros), Pékin a récemment conclu un accord prévoyant l'investissement de 7 milliards de dollars (5,16 mds EUR), et ce n'est qu'une seule affaire. En outre, les échanges avec l'Afrique du Sud ne représentent que 2% du commerce de la Russie. Parmi les membres du BRICS, l'Afrique du Sud est sans aucun doute le partenaire le moins important de Moscou », a-t-il déclaré dans une interview accordée à La Russie d'Aujourd'hui.

D'après l'expert, les possibilités de la Russie seront limitées en raison de certaines circonstances. Ainsi, la Russie peut offrir des investissements, mais le marché du travail sud-africain a longtemps été anémique. La vente des automobiles et des camions pourrait devenir la base des relations commerciales entre les deux pays, et, bien que l'Afrique du Sud tente de vendre à tout désireux ses minérais, la Russie n'en a pas besoin. « Mais nous abordons la question d'une manière erronée : la question n'est pas de savoir ce que la Russie peut offrir à l'Afrique du Sud, mais si les sociétés russes pourront voir les avantages de l'importation des ressources de l'Afrique du Sud et de l'exportation des biens et des services vers les consommateurs sud-africains, et vice versa. Pour l'instant, les compagnies russes n'ont rien à offrir au marché sud-africain (le pays a développé son marché financier et n'a pas besoin de pétrole), et les sociétés sud-africaines n'ont rien à proposer à la Russie », souligne M.Hartwell.

 

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