L'atome, champion du prix au kilowatt ?

La construction d'une centrale nucléaire à Kaliningrad. Crédit photo : AFP/eastnews

La construction d'une centrale nucléaire à Kaliningrad. Crédit photo : AFP/eastnews

Pendant que l’Europe centrale rue dans les brancards pour conserver le nucléaire, la Grande-Bretagne se lance carrément dans des projets ambitieux de développement.

Cette tendance est confirmée, de manière inattendue, par l’annonce officielle de Londres que les corporations chinoises seront autorisées à investir dans l’énergie nucléaire en Grande-Bretagne.

Non seulement investir, mais détenir des participations majoritaires des sociétés qui exploiteront les centrales nucléaires construites sur le territoire britannique avec la participation de capitaux chinois. L'annonce a été faite par le ministre des Finances George Osborne lors de sa récente visite en Chine.

Les spécialistes russes de l’industrie nucléaire, comme leurs interlocuteurs à Berlin et dans d’autres capitales, notamment à Bruxelles, font peu de commentaires. Pourtant, les investissements pourraient atteindre 35-50 milliards de dollars pour la construction de cinq réacteurs nucléaires.

Le premier projet de collaboration de ce type sera la construction d’une centrale à Hinkley Point dans le sud-ouest de l’Angleterre. Le français EDF sera le principal constructeur de la centrale.

Dmitri Koumanovski et d’autres analystes du Centre russe d’expertise énergétique soulignent le fait que la triple alliance atomique de Londres, Paris et Pékin se fait en contournant Bruxelles et Berlin.

Alors que la Belgique, qui tire la moitié de son énergie du nucléaire (deuxième position au monde derrière la France), prévoit la fermeture de ses centrales, les Britanniques misent sur l’atome.

Le Mémorandum entre Londres et Pékin, signé le 15 octobre, est entièrement consacré à la coopération en matière d’énergie nucléaire. Non seulement sur leurs marchés nationaux, mais également « sur les marchés des pays tiers par le biais d’investissements, d’échange de technologies et d’expériences, ainsi que de construction de sites nucléaires civils ».

Image par Aliona Repkina

Ces nouvelles ne sont pas passées inaperçues chez la corporation russe Rosatom qui souhaite aussi accéder au marché britannique et envisage d’y obtenir des licences pour ses technologies.

« Nous connaissons les projets britanniques de construction de 16 sites nucléaires et nous aimerions y participer, a déclaré le directeur des communications de Rosatom, Sergueï Novikov, aux journalistes. La Chine se propose d’être un simple investisseur, alors que nous proposons nos technologies, ce qui est différent. Actuellement, nous obtenons les autorisations, étudions les normes locales et les particularités du pays, et nous élaborons un plan d’action. Nous ne prendrons pas d'autre initiative avant d'avoir élaboré notre stratégie ».

Quant à la Chine, l’Inde, les pays du Proche-Orient et les pays historiquement proches de la Russie comme la Biélorussie, l’Ukraine, l’Arménie, le Kazakhstan, la stratégie est déjà au point. Il s’agit d’une approche spécifique à chaque pays.

Le gouvernement russe est prêt à subventionner la construction des premières centrales en Biélorusse, au Bangladesh et au Vietnam. La centrale turque Akkuyu testera le modèle « construit – possède – opère », qui suppose un schéma d’investissement radicalement nouveau pour la construction de la centrale et le calcul des tarifs d’électricité successifs.

Une approche similaire pourrait être retenue pour la première centrale jordanienne où la proposition russe a remporté l’appel d'offres.

En Ukraine et au Kazakhstan, Rosatom rétablit ou établit une coopération industrielle avec ses partenaires et opère un échange d’actifs mutuellement bénéfique. Il est fort probable que la centrale Hanhikivi 1 en Finlande sera également construite sur le projet russe…

Tout cela mis bout à bout a permis au directeur de Rosatom Sergueï Kirienko d’annoncer que les prévisions de construction de centrales dans le monde à l’horizon 2030 sont remontées au niveau pré-Fukushima.

Telle était sa déclaration devant les participants du forum-dialogue public « Industrie nucléaire, société, sécurité », organisé fin septembre à Saint-Pétersbourg.

« Il est clair que ces prévisions ne comprennent pas l’Allemagne, le Japon et une série de pays européens, a-t-il souligné. Mais nous comptons désormais sur la Grande-Bretagne qui n’en faisait pas partie avant Fukushima ».

Pour appuyer ses propos, le directeur général de Rosatom a cité le lancement du premier générateur au Kudankulam en Inde qui avait eu lieu la veille ainsi que les nouvelles encourageantes venant d’autres sites de construction en Chine, en Biélorussie, en Ukraine, en Russie même et dans les pays qui se lancent à peine dans le développement du nucléaire comme le Vietnam, la Turquie, le Bangladesh, la Jordanie.

Toutes les centrales en construction en Russie et celles réalisées selon les projets russes à l’étranger répondent aux normes de sécurité post-Fukushima, a assuré Kirienko devant les participants du forum à Saint-Pétersbourg.

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