La Russie privatise la plus grande société minière d'extraction diamantifère au monde dans un contexte économique maussade

Crédit photo : Reuters

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Alrosa, qui détient le monopole du diamant en Russie, vient de mettre 16 % de son capital à la Bourse de Moscou, ce qui permet aux investisseurs étrangers d'accéder pour la première fois à ce secteur économique jusque là bien gardé.

La société Alrosa, détentrice du monopole sur le diamant en Russie, a fait son entrée à la Bourse de Moscou avec des actions cotées à 1,1 $, proches des valeurs minimales.

La société a cédé 16% de ses parts pour un montant total de 975 millions d'euros. Le gouvernement russe et la république du Sakha (Iakoutie) ont cédé chacun 7 %, tandis que Wargan Holdings, une filiale d'Alrosa, a elle-même vendue 2% des parts. 

Alrosa a terminé l'année 2012 en tête des plus gros producteurs de diamants au monde, avec 26 % de la production mondiale (devant le sud-africain De Beers, qui représente 22% du total).

D'après l'agence Reuters, la société de gestion de portefeuille Lazard et d'autres investisseurs basés aux États-Unis ont déjà acheté 60 % des parts. Oppenheimer Funds Inc., ainsi que le Fonds Direct d'Investissement Russe, figuraient également parmi les investisseurs.

À Moscou, le premier Vice-Premier Ministre Igor Chouvalov a déclaré : “Cette offre a été sur-souscrite par des investisseurs de qualité, ce qui prouve que la vente a été une réussite ».

 Chris Weafer, fondateur et principal associé de Macro Advisory, a commenté la vente : « Le succès d'Alrosa lors de son entrée en bourse n'a rien d'étonnant. Cette action est unique en son genre, et bien qu'elle soit toujours sous contrôle de l’État, son cours est relativement bas, ce qui écarte toute inquiétude quant à sa gouvernance ou à une pénurie éventuelle de liquidités à la Bourse de Moscou."

 L'entrée en bourse d'Alrosa représente la plus grosse vente de capitaux propres russes depuis que Sberbank, une banque publique (la plus grande d'Europe Orientale) a vendu 7% de ses parts l'année précédente. Il semblerait alors que la cotation d'Alrosa tire pleinement parti de l'occasion qui s'offre aux émetteurs russes de capitaux propres.

La société minière entre en bourse à la suite de Tinkoff Credits Systems, cette banque « virtuelle » ayant engrangé 1 milliard de dollars à Londres ce mois-ci. TCS est cependant une société privée dans un secteur encore relativement sous-représenté sur les marchés boursiers.

Alrosa, quant à elle, reste sous le contrôle des autorités fédérales et régionales ; le gouvernement russe détient 43,9 % des parts, tandis que la république du Sakha conserve 25 % comme participation de contrôle. Diverses communes du Sakha détiennent 8% des parts, et 7% étaient détenues par « d'autres personnes et entités légales ».



D'un autre côté, Alrosa domine certes le marché russe du diamant, offrant ainsi aux investisseurs une publicité certaine - un moteur des actions russes à une époque récente - mais elle reste une société minière et métallière, qui vend des matières premières extraites du sol.

Depuis le début de la crise en 2008, les représentants de l'industrie lourde russe, en particulier ceux liés à l'industrie extractive, ont connu des difficultés pour obtenir des prix (généralement élevés) auprès des investisseurs.

Chris Weafer a ajouté : “À présent, Alrosa a créé un tremplin sur le marché boursier national. Je m'attends à voir l’État vendre davantage de ses parts au capital de la société, alors qu'il définit un programme public et que l'appétit des investisseurs ne cesse de croître pour les risques et les enjeux uniques de la Russie, tels que le diamant ».

Cette entrée en bourse marque aussi une relance plutôt décevante du processus de privatisation mené par le gouvernement. Les mauvais résultats enregistrés par les actions russes ont provoqué un arrêt du processus sur la majeure partie de 2013, alors qu'il était prévu à l'origine de vendre des parts détenues par l’État, pour un total de 37,5 milliards d'euros.

Le ministère des finances prévoyait initialement que la vente des parts rapporterait 10,2 milliards d'euros, mais il a revu ses prévisions à la baisse, misant sur tout juste 1,2 milliard.

Cette privatisation peu brillante s'ajoute à des nouvelles encore plus mauvaises du côté macroéconomique, qui tendent de plus en plus à souligner l'urgence d'une modernisation de l'économie russe.

Hier, le vice-ministre de l'économie Andrei Klepach annonçait une faible croissance de 1,3 % pour le troisième trimestre 2013, ajoutant que la croissance annuelle pourrait descendre sous le seuil des 1,5 %. Il y a à peine une semaine, le Premier Ministre Dmitri Medvedev avait déclaré que la croissance annuelle serait de l'ordre de 2%. 

Selon le quotidien économique Vedomosti, les investissements et même la consommation continuaient de stagner. Certains analystes espèrent cependant une relance des investissements d'ici la fin de l'année. 

D'après Chris Weafer : “Chaque vente de parts détenues par l’État résout un peu plus le problème. Il s'agit d'une petite avancée comparée aux 100 milliards d'actions devant être vendues. Mais chaque placement réussi aide au moins à faire taire les inquiétudes quant à un désintérêt envers les capitaux publics russes, et à faire valoir les arguments prônés par les réformateurs au sein du gouvernement ». 

Avec un dossier du magazine Business News Europe.

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