Lavrov et Ivanov face à l’opposition

Crédit photo : Anton Denisov / Ria Novosti

Crédit photo : Anton Denisov / Ria Novosti

Le club intellectuel a fait une embardée du côté glamour pour son troisième jour avec l’apparition de Ksenia Sobtchak. Le dialogue entre l’opposition et le pouvoir, ainsi que la corruption et la politique étrangère ont dominé la journée.

Les débats ont démarré dans le tintement des tasses de café sur le thème un peu fourre-tout du « futur de l’Asie ». Des intervenant peu à l’aise dans la langue anglaise et l’effet décalé de la cafféïne n’ont guère laissé d’impression durable sur les auditeurs. D’autant plus que tous attendaient la session suivante, dont le clou devait être l’apparition de Ksenia Sobtchak.

Elle n’a pas déçu, ni dans son apparence (« regardez un peu ses talons aiguilles de 20cm » s’est exclamé un confrère), ni dans ses prises de positions construites sur des arguments massue taillés pour le format court de la télévision.

Ksenia Sobtchak était l’invitée vedette d’un débat consacré à la « disparité des valeurs ». Trois membres de l’opposition y ont pris part : Guennadi Goudkov et Ilia Ponomarev, anciens députés du parti Russie Juste entrés en dissidence, et Ksenia Sobtchak, dont l’activité politique est née avec le mouvement de protestation de la fin 2011.

Habituée à être renvoyée dans les cordes pour sa précédente activité (animatrice de shows télé-réalité), elle s’est exprimée comme le porte-voix d’une « génération qui n’a plus peur du pouvoir et qui se sent indépendante, ayant depuis toujours été habituée à ne compter que sur elle-même ». Idéalisant la génération des 20 à 45 ans, elle a affirmée que « nous ne souffrons pas du complexe post-impérialiste, les questions de frontières et de zones d’influence nous ennuient. Nous ne voulons plus du paternalisme de Poutine et nos intérêts ne sont pas représentés au sein du pouvoir ».

Juste à côté, l’économiste très marqué à gauche Mikhaïl Delyaguine, récitait comme à son habitude une litanie d’imprécations à l’endroit d’un « gouvernement d’escrocs – machine à convertir le bien commun en bien privé d’une poignée d’élus ». Selon lui, les valeurs réunissant les Russes sont « la propagande des chaînes télé d’Etat, le souvenir du KGB, le rouble et la langue russe dégradée par la télé ».

Impressionné par sa voisine, vers laquelle il jetait sans cesse des coups d’oeil, Deliaguine a tu son antiaméricanisme après avoir entendu Sobtchak s’en moquer.

Recadrant le débat sur les valeurs, le politologue Nikolaï Zlobin est revenu à la littérature. « L’Europe a été façonnée par la grande philosophie, tandis que la Russie n’a pas eu de philosophes et ses valeurs ont été formées par les grands écrivains du 19ème siècle ». Pour lui, il est impensable de vivre sans système de valeur.

« Il faut faire de l’ordre dans les têtes et c’est précisément la mission de Poutine pour son troisième mandat », explique-t-il. Zlobin a jeté un pavé dans la marre de ceux qui « radotent constamment sur l’air de « la Russie n’est pas intelligible » ou le mythe d’une voie de développement spécifique à la Russie ».

Ilia Ponomarev, dont l’aura a sein de l’opposition a faiblit avec l’émergence d’Alexeï Navalny, s’est attaché à relativiser l’idéalisme de Sobtchak concernant la jeune génération russe (ce en quoi il fut soutenu par deux sociologues présents aux débats), soulignant qu’une large majorité reste apolitique et ou partage des valeurs conservatrices.

En dépit du pedigree peu académique de Ksenia Sobtchak, son intervention a été bien accueillie par un parterre largement composé d’experts étrangers découvrant pour la première fois le personnage. Elle est parvenue à tirer le débat vers elle et la plupart des questions du public lui ont été adressée. Elles portaient principalement sur les capacités de l’opposition à se mettre en ordre de bataille et sur le gap entre la jeunesse moscovite et celle des provinces.

D’une manière générale, ce panel fut entièrement dominé par les paradigmes de l’opposition, auquel le public semblait étonnament acquis. A aucun moment ne s’est élevé de la salle une question critique envers les représentants de l’opposition. Il semble que les experts n'aient pas cherché à polémiquer, mais plutôt à faire connaissance avec les opposants.

Seul l’un des intervenants, le directeur de l’institut de sondage VTSIOM Valeri Fyodorov, est parti bille en tête à l’attaque de Sobtchak, l’accusant d’usurper le rôle de représentante de la jeune génération, un concept qui selon lui n’a pas de sens. Sobtchak a répondu du tac au tac en rabaissant le VTSIOM au rand d’instrument de propagande du pouvoir, qui, selon elle, s’est discrédité par ses prévisions inexactes à propos du scrutin municipal de Moscou.

Les trois séance suivantes du club Valdaï furent dans l’ordre des interventions de Sergueï Ivanov, directeur de l’administration présidentielle ; Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères ; enfin Viatcheslav Volodine, adjoint d’Ivanov chargé de la politique domestique. Les opposants présents dans l’audience ont vivement attaqué M. Ivanov sur le népotisme et la corruption gangrénant selon eux le pays.

Malheureusement, les règles du club de Valdaï imposent aux rares journalistes présents de ne point divulguer les réponses des officiels. Sachez cependant, chers lecteurs, qu’aucune nouvelle sensationnelle n’a été révélée. La grande réussite du club de Valdaï fut de proposer un espace de discussion entre l’opposition et le pouvoir. Un premier dialogue s’est ouvert et Messieurs Ivanov et Volodine ont promis de le poursuivre. 

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