Le SPIEF 2013, entre intox et amnistie

Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), qui s'est achevé samedi 22 juin, a été ponctué de surprises pendant presque toute sa durée. Crédit : Itar-Tass

Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), qui s'est achevé samedi 22 juin, a été ponctué de surprises pendant presque toute sa durée. Crédit : Itar-Tass

Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), qui s'est achevé samedi 22 juin, a été ponctué de surprises pendant presque toute sa durée. Au cours de ces trois jours, on a décidé le destin des réserves nationales, qui se déverseront telles une pluie d'or sur les sociétés d'infrastructure, et surtout, les Chemins de fer russes. Le SPIEF a apporté la promesse d'amnistie de milliers d'hommes d'affaires emprisonnés, une réforme majeure du système judiciaire, et a mis à mal le monopole de Gazprom.

L'un des événements les plus inquiétants, cependant, a eu lieu avant le forum : les plus grands médias russes ont diffusé une déclaration citant le service de presse du gouvernement annonçant la démission présumée du chef de Chemins de fer russes, Vladimir Iakounine.

Canard dans les médias et coq dans l'assiette

Iakounine a lui-même fait savoir plus tard qu'il était en train de dîner du coq en daube avec le président russe Vladimir Poutine, et que la fausse démission n'avait gâché l'appétit de personne. C'est après, en marge du SPIEF, qu'il a déclaré à l'agence PRIME qu'il avait « vu rouge » et avait l'intention de trouver qui se cache derrière cet incident.

Ce « canard » dans les médias était encore plus savoureux que le coq : la situation a été commentée par presque toutes les plateformes et en marge du forum. Le premier vice-Premier ministre Igor Chouvalov y est allé de sa déclaration concernant les attaques de pirates. Selon lui, cette provocation visait à la fois Iakounine et son adjoint Alexandre Micharine (qui selon la fausse nouvelle prenait la tête des Chemins de fer russes), et le gouvernement dans son ensemble.

Le coup de sang de Iakounine a été plus que compensé un jour plus tard par Vladimir Poutine. Le président a déclaré que la Russie allait investir 450 milliards de roubles (plus de 10 milliards d'euros) via le Fonds de bien-être national dans des projets d'infrastructure rentables, et par la suite fournirait jusqu'à la moitié des sommes. Le président a nommé les trois premiers projets : la ligne ferroviaire à grande vitesse Moscou-Kazan, le Périphérique automobile central, ainsi que la modernisation du chemin de fer transsibérien.

Toutefois, M. Poutine a averti que l'argent était fourni temporairement, et le principal critère pour le financement des projets via le Fonds de bien-être national sera la disposition des capitaux privés à y participer. Les investisseurs privés ne sont pas déclarés pour le moment.

Guerre des devises

Le ministre des Finances Anton Silouanov avait des raisons de cacher sa tête dans le sable. Plus tôt cette semaine, il a déclaré que le ministère des Finances achèterait en août des devises étrangères sur le marché intérieur, ce qui conduirait à un affaiblissement du taux de change de la devise russe de 1 à 2 roubles. La déclaration de la ministre a immédiatement fait dévisser le rouble et a fourni aux participants du forum un sujet riche de débat.

Elvira Nabioullina, qui le 23 juin a pris le poste de chef de la Banque centrale, a jugé de tels propos « inadmissibles », car « même une allusion à un possible affaiblissement du taux de change entraîne des conséquences négatives ». Elle a été soutenue par le premier gouverneur adjoint de la Banque centrale Alexeï Oulioukaïev, qui a expliqué qu'un rouble faible n'était pas  profitable à tous les secteurs.

Les propos du régulateur ont été clairement illustrés par la banque VTB. « Ces déclarations ont compliqué notre problème de liquidité : les entreprises, entendant parler d'un affaiblissement du rouble, ont commencé à convertir leurs dépôts en dollars, ce qui a réduit la liquidité du rouble et a augmenté celle des devises, et tout a été chamboulé », a déclaré à l'agence Prime le directeur financier de VTB Herbert Moos.

Pari sur la Banque centrale

Evoquant le thème principal du SPIEF - les responsables de l'absence de croissance, et les mesures à prendre pour la renforcer - les représentants des autorités financières ont été étonnamment unanimes, endossant pleinement la responsabilité. « La raison principale est que nous avons étouffé la dynamique de croissance que nous avions en 2011-2012 par des taux d'intérêt élevés, des droits de douane trop importants et un renforcement du rouble », a déclaré le ministre du Développement économique Andreï Belooussov.

Selon les participants du forum, la Russie n'a qu'une solution : stimuler l'investissement. Le vice-ministre du Développement économique Andreï Klepatch a déclaré que la Banque centrale devait dès maintenant réduire les taux, car ils limitent les prêts à l'économie.

Si les mesures proposées par le gouvernement visant à limiter les tarifs des monopoles fonctionnent, et que la hausse des prix ralentit, la Banque centrale pourrait entreprendre un certain assouplissement, mais la principale priorité de l'institution est l'inflation, a déclaré Elvira Nabioullina. Elle a laissé entendre que les banques disposaient de leurs propres leviers pour réduire les taux d'intérêt sur le crédit : par exemple, tailler dans les coûts.

Bataille pour le GNL

Le SPIEF a apporté une nouvelle très attendue par les producteurs indépendants de gaz de Russie et a ébranlé la position du monopole gazier Gazprom. À l'heure actuelle, ce dernier possède le droit exclusif d'exporter du gaz. Le plus grand producteur de gaz indépendant Novatek et Rosneft, qui compte à augmenter sa production de GNL, ont demandé au gouvernement d'annuler son monopole.

Poutine, lors de la session plénière, les a soutenus et a annoncé une libéralisation des exportations de GNL. Pendant que le gouvernement prépare sa décision, Rosneft, sans perdre une seconde, s'est mis d'accord sur les conditions de livraison de GNL avec trois sociétés.

La partie commerciale du forum de cette année a été très productive : les entreprises participantes ont signé 102 contrats d'un montant total de 9,6 milliards de roubles (223 M EUR), a déclaré à l'issue du SPIEF le vice-ministre du Développement économique Sergueï Beliakov. Ici aussi, Rosneft a brillé, en concluant un contrat sans précédent de livraison de pétrole à la Chine pour 270 milliards de dollars (205 milliards d’euros) .

Amnistie d'entreprise

Une grosse surprise pour les participants du SPIEF a été l'approbation par le président d'une amnistie économique, étant donné qu'il y a tout juste un mois, M. Poutine critiquait son projet initial. Le président a fixé des limites strictes à l'amnistie : elle s'applique aux personnes condamnées pour la première fois, ayant déjà remboursé ou prêtes à réparer les dégâts. Cette décision n'affecte que ceux qui ont commis un délit dans le domaine de l'entrepreneuriat, a précisé M. Poutine.

L'amnistie pourrait toucher 5 à 6.000 personnes, et les premiers pourraient sortir de prison dès cet été, a déclaré le délégué russe aux droits des entrepreneurs Boris Titov. Selon lui, l'amnistie pourrait concerner les personnes mises en examen : les procédures pénales engagées contre des dizaines de milliers d'entrepreneurs pourraient être closes.

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