Traçabilité alimentaire : les sanctions doivent être très strictes

Sergueï Dankvert : "Nous avons levé l’embargo sur les importations de porcs et de bétail en provenance des pays européens, mais nous avons imposé aux pays exportateurs certaines exigences à remplir.". Crédit : Monique Lapa

Sergueï Dankvert : "Nous avons levé l’embargo sur les importations de porcs et de bétail en provenance des pays européens, mais nous avons imposé aux pays exportateurs certaines exigences à remplir.". Crédit : Monique Lapa

Le chef du Service fédéral de la surveillance vétérinaire et phytosanitaire de Russie (SFSVP) Sergueï Dankvert a répondu aux questions de La Russie d’Aujourd’hui à l’occasion de son passage à Paris pour l’Assemblée mondiale des Délégués auprès de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

La Russie d'Aujourd'hui : Quels sont les résultats de la participation de la délégation russe à l’Assemblée mondiale de l’OIE ?

Sergueï Dankvert : Tout d’abord, la Russie, soutenue par la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Ukraine et plusieurs autres pays, a proposé au cours de l’Assemblée mondiale de l’OIE de créer un groupe de travail pour étudier la possibilité de l’introduction de la maladie de Schmallenberg (un virus qui affecte le bétail provoquant des maladies congénitales fœtales et de la mortinatalité, NDLR) à la liste des maladies à déclaration obligatoire. Grâce à la façon dont nous avons abordé ce sujet, l’OIE sera obligée de convoquer en août ou en septembre une conférence consacrée à ce problème. Cela est dû à la nécessité de réduire le risque de propagation de ce virus. Les décisions concernant cette maladie, prises par les pays européens, ont été adoptées très rapidement et sans justification suffisante. Après la première manifestation de la maladie, on aurait pu limiter sa propagation en arrêtant le mouvement des animaux en provenance des zones touchées. Le virus n’a pas été ajouté à la liste des maladies à haut risque, ce qui a conduit à sa propagation en provenance de tous les pays européens touchés, et cela pourrait entraîner des conséquences économiques imprévisibles.

Nous avons levé l’embargo sur les importations de porcs et de bétail en provenance des pays européens, mais nous avons imposé aux pays exportateurs certaines exigences à remplir. Notamment, ils doivent mettre en place une platforme d’épidémiosurveillance pour cette maladie, comme le fait la France. Nous attendons des contre-offres.

En outre, nous avons examiné avec nos collègues européens les conditions des importations de la viande réfrigérée. C’est un produit tout à fait spécifique, qui exige un système de surveillance spécial. À l’époque ou nous achetions 100 tonnes de viande réfrigérée par an pour les restaurants, nous pouvions agir d’une autre façon, mais actuellement, dès lors que nous importons 59 000 tonnes de boeuf réfrigéré par an, nous avons le droit de demander aux pays exportateurs d’assumer quelques engagements en ce qui concerne l’organisation des tests de laboratoire nécessaires avant l’arrivée du produit à la frontière. Sinon, nous serons obligés de refuser d’en acheter.

Quelles sont les autres exigences que la Russie impose pour les produits agricoles importés ?

S.D.: Les exigences et les normes en matière de la sécurité des produits, que nous instaurons, sont basées sur le fait que les Russes mangent des produits et utilisent des médicaments qui sont différents de ceux consommés en Europe. À titre d’exemple, les normes dans le domaine du teneur en antibiotiques sont plus strictes en Russie, car certains médicaments qui sont toujours utilisés pour traiter les gens chez nous, sont employés en Europe et aux États-Unis pour traiter les animaux. Et nous savons qu’une partie de ces médicaments est consommée par les gens avec de la viande, ce qui réduit au fur et à mesure son efficacité. Nous agissons conformément à notre législation. Si la teneur maximale en tétracycline est plus basse chez nous, nous devons en être fiers. Et, par conséquent, nous ne certifierons pas les entreprises qui ne se conforment pas à nos normes en cette matière.

Quel est le système de surveillance des produits importés ?

S.D.: Nous organisons des inspections d’une entreprise à l’étranger, et nous en faisons une conclusion sur l’efficacité de son propre service de contrôle. S’il y a beaucoup de réprimandes de notre part, nous engageons ensuite les systèmes de surveillance à l’intérieur du pays et aux frontières. Si les nombreux tests en laboratoire révèlent quelques problèmes, nous appliquons automatiquement des sanctions contre l’entreprise. Vous pouvez voir la liste des entreprises exportatrices avec les mesures adoptées à leur encontre sur notre site, sous la rubrique « Importations-exportations-transit ».

Un système de surveillance « du champ au magasin », est-il mis en place en Russie ?

S.D.: Un système de surveillance susceptible de garantir la traçabilité des produits à l’intérieur du pays est actuellement en développement. Après l’adoption des règlements nécessaires, nous pourrons introduire un tel mécanisme en un an et demi. Mais il y a un autre problème : créer une législation qui permettrait à l’État de lutter d’une manière efficace contre la falsification et les producteurs peu scrupuleux. Actuellement, si vous êtes arrêtés durant une tentative de transporter des porcs infectés par une maladie dangereuse, vous encourez une amende de 75 euros, tandis que les porcs seront relâchés. C’est ridicule. Les sanctions doivent être très strictes, allant jusqu’à l’interdiction de créer une société dans le secteur pour la seconde fois.

Malheureusement, en 2004, l’unité du service vétérinaire du pays a été détruite. Auparavant, sa structure était verticale, comme en France, ou le service est assez efficace. Mais actuellement, plusieurs pouvoirs ont été délégués aux services régionaux, mais sans engagement auprès des autorités fédérales. La situation est donc comme en Allemagne, où il existe une législation pour le gouvernement fédéral et d’autres pour les lands.

Encore un problème : pour pouvoir effectuer les exportations des produits agricoles, le pays doit faire preuve de l’efficacité de ses services vétérinaires dans ce domaine. Nous n’avons jamais organisé l’inspection de nos services, les fonds nécessaires n’étaient pas alloués, et nous ne possédons pas actuellement un nombre suffisant de spécialistes. Ce n’est que maintenant, après notre adhésion à l’OMC, que nous avons amorcé l’inspection de nos services.

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