Un marché du travail à faire pâlir d’envie les Européens

L’offre d’emploi est à la hausse. Le portail Superjob.ru affirme qu’elle a augmenté de 2,2% en mars 2013.  Crédit Photo : Getty Images / Photobank

L’offre d’emploi est à la hausse. Le portail Superjob.ru affirme qu’elle a augmenté de 2,2% en mars 2013. Crédit Photo : Getty Images / Photobank

À l’heure où le taux de chômage enregistre des records en France et en Europe, le marché du travail russe a de quoi faire des jaloux. Les offres d’emploi progressent, avec des nuances.

Au bout de quelques jours à Moscou, quand un touriste européen a épuisé ses questions sur l’eau du robinet, la situation politique et la profondeur du métro, il en vient à s’interroger sur le taux de chômage

C’est normal : en France, 67% des personnes interrogées affirment en avoir discuté en mars 2013 selon l’Ifop. Chaque mois, les statistiques annoncent une augmentation du nombre de chômeurs. En février 2013, ils étaient plus de 3 millions dans l’Hexagone selon Eurostat, soit 10,8% de la population active. En Espagne, c’est pire : le pays compte 26,3% de chômeurs, dont 58,4% ont moins de 25 ans.

En Russie, c’est l’inverse. Selon un communiqué du ministère du Travail le 5 avril, « le nombre de personnes inscrites auprès des services d’aide à l’emploi a encore reculé de 1,75% en mars, soit une baisse de 19 400 personnes ».

 Au total, 1,1 million de Russes sont enregistrés comme chômeurs – soit trois fois moins qu’en France. Le nombre total de personnes sans emploi en Russie s’élèverait toutefois à 4,3 millions de personnes, soit 4,8% de la population active, selon l’agence de statistiques Rosstat.

Les indicateurs sont au vert

« La Russie est bien sortie de la crise, tant en termes de croissance que sur le marché du travail », souligne Olga Koulaeva, spécialiste de l’emploi au Bureau de l’Organisation internationale du travail à Moscou (OIT). 

« Le taux de chômage avait atteint son maximum en février 2009, touchant 9,4% de la population active soit 7,1 millions de personnes. Fin mars 2012, il était déjà retombé à 6,5%, retrouvant ainsi son niveau d’avant la crise », rappelle-t-elle.

L’offre d’emploi est à la hausse. Le portail Superjob.ru affirme qu’elle a augmenté de 2,2% en mars 2013. Les postes les plus recherchés ? Ceux de vendeurs (23,2% des postes vacants), d’ouvriers dans l’industrie énergétique (8,6%) ou encore dans le secteur de la construction (6,6%). 

Toutefois, contrairement à la France où les services à la personne n’ont pas subit de crise, les offres d’emplois connaissent une forte baisse (-24% en mars 2013).

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Les Russes peu angoissés

Qu’en pensent les principaux intéressés ? Ioulia, 29 ans, estime que le chômage n’est pas un vrai problème à Moscou. 

« J’ai quitté mon poste d’assistante de production dans une chaîne de télévision et n’ait eu aucun mal à me reconvertir », témoigne-t-elle. Un mois après sa démission, elle était embauchée comme directrice de projet dans une galerie d’art.

Roma, 42 ans, a déjà travaillé dans trois banques différentes ces deux dernières années, dans les services financiers. « Dans mon entourage, personne ne reste au chômage plus de trois mois », témoigne-t-il.

Une atmosphère générale que reflètent les résultats d’un sondage mené par le Centre de recherche sur l’opinion publique de Moscou (VTsIOM). En décembre 2012, 58% des personnes interrogées affirmaient que pendant les deux ou trois derniers mois, aucun de leurs proches n’avaient perdu leur travail : ils étaient 67% à le dire en mars 2013.

Notons qu’ en avril 2011, 51% des personnes interrogées affirmaient discuter du chômage contre 36% seulement le mois dernier.

Inégalités et marché noir

Tout n’est pourtant pas si rose. Car derrière ce faible taux de chômage se cachent des inégalités géographiques et un marché noir qui a pris des proportions énormes.  Certaines régions ont largement décroché de la locomotive moscovite. 

« Dans le Nord-Caucase, le chômage se situe à 14,9% et à 32,3% en Tchétchénie », souligne Olga Koulaeva.

Et si le taux d’emploi apparaît satisfaisant, il pourrait être en décalage par rapport à la réalité. « En Russie, la moitié de la population active travaille au noir », a déploré Olga Golodets, vice-première ministre, lors d’une conférence à la Haute école d’économie le 3 avril. 

Selon elle, 86 millions de personnes travailleraient aujourd’hui en Russie, dont seulement 48 millions légalement. « Cela vient du fait que dans de nombreuses régions du pays, il est difficile de trouver un emploi déclaré convenable », analyse Olga Koulaeva.

En chiffres

4,8%

Selon l’agence Rosstat, 4,8% de la population active serait sans emploi en Russie.

2,2%

Le nombre de propositions d’emploi a augmenté de 2,2% sur le portail Superjob.ru en mars 2013.

50%

La moitié de la population active travaillerait au noir, selon la vice-première ministre Olga Golodets.

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