Un fermier bio à l'assaut des gros propriétaires

Andreï Machouk : "Si le fermier ne contrôle pas toutes les étapes, il ne peut pas appeler sa production "naturelle". Crédit : Kommersant Photo

Andreï Machouk : "Si le fermier ne contrôle pas toutes les étapes, il ne peut pas appeler sa production "naturelle". Crédit : Kommersant Photo

Andreï Machouk, patron de la marque Priamo s fermy (Tout droit de la ferme) nous révèle à combien revient une ferme en Russie et comment concurrencer les grosses compagnies agro-alimentaires.

Pourquoi l’exploitation agricole est devenue si populaire en Russie ? Cette activité est-elle rentable ?

Il y a tout juste deux ans que les consommateurs se sont réorientés vers  les produits de qualité. Après les steaks congelés et les jus à base de concentré qui ont envahi le marché russe dans les années 90, les gens souhaitent revenir à une alimentation naturelle. Prendre soin de sa santé et avoir une bonne alimentation est devenu à la mode. C’est à ce moment que les fermes ont commencé à se développer. Pour ce qui est du chiffre d’affaire, il n’est pas question de grosses marges. Il ne faut pas compter sur un retour d’investissement très rapide. Nous avons débuté comme un simple magasin internet qui proposait des produits naturels et avons obtenu notre premier profit un an et demi plus tard. Nous avions beaucoup de frais publicitaires et dépensions beaucoup pour la logistique en continu, ainsi que pour l’installation de notre local de production et de stockage. Aujourd’hui, nous avons également des parts dans d’autres fermes. Nous faisons notre marge sur les volumes de vente.

Combien faut-il investir pour créer une ferme de 100-150 vaches en partant de zéro?

Au départ, il faut compter 1,5-2 millions de dollars. Ensuite, il faut mettre en place la verticale de l’entreprise : du personnel pour traire les vaches, le vétérinaire, la préparation de la nourriture des bêtes, etc. Il faut faire sa propre nourriture car sinon vous êtes dépendants de la fluctuation des prix et n’avez aucune garantie de qualité. De même, si vous n’avez pas votre propre vétérinaire, vous risquez de ne pas remarquer une maladie et le consommateur se retrouve avec un lait plein de bactéries, de staphylocoques. Si le fermier ne contrôle pas toutes ces étapes, il ne peut pas appeler sa production « naturelle ».

Avoir sa propre infrastructure doit coûter cher. Qui vous finance ?

Malgré les risques, cette activité est assez populaire. Vous pouvez demander une aide à l’Etat ou bien trouver des investisseurs. Il existe des programmes gouvernementaux de soutien à la production agricole, qui par exemple proposent une compensation du taux versé pour un crédit bancaire. En général, nous essayons de travailler avec des fermiers qui savent comment obtenir des financements, qui comprennent en quoi l’Etat peut leur être utile. Cela démontre leur motivation, leur expérience, leur connaissance du marché, etc.

Les investisseurs étrangers s’intéressent-ils aux fermiers russes ?

De nombreux investisseurs étrangers montrent de l’intérêt pour notre exploitation et celles  de nos partenaires.

Les fermes peuvent-elles concurrencer les grosses entreprises agroalimentaires ?

En fait, la part des produits fermiers sur le marché russe n’est pas si infime. Selon les statistiques, les grosses entreprises agroalimentaires couvrent moins de la moitié de la demande des consommateurs. Ce sont les PME et les fermes de taille moyenne qui s’en chargent. Par conte, il est plus difficile pour celles-ci d’être visibles sur le marché. Elles n’ont pas les mêmes moyens pour le marketing, la publicité et aussi pour les équipements performants. Il est plus simples pour elles de vendre le lait à ces grosses entreprises. Les chaînes de magasins préfèrent également avoir à faire à des holdings, qui ont déjà une large gamme de produits, une logistique au point et des budgets publicitaires. Toutefois, je me répète, les petites fermes pourraient potentiellement assurer la moitié de la demande de viande et de produits laitiers en Russie.

Les produits « Priamo s fermy » sont présents sur les étals des grosses chaînes comme Metro, Cash&Carry. Ca a été difficile de négocier avec les représentants de ces hypermarchés ?

Aujourd’hui, nous sommes présents dans nombreux super et hypermarchés à Moscou. Je ne peux pas dire que cela s’est fait sans embûches. Il a fallu passer un audit, changer l’emballage, les techniques de livraison, mais c’était plus facile pour nous, avant tout grâce à nos prix, les plus bas dans le secteur des produits naturels. Une supermarché ne peut pas toujours se permettre de vendre du fromage faisselle fermier à 30 dollars le kg (son équivalent industriel coûtant à partir de 3 dollars le kg - NDR)

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