Pourquoi les actions russes n’ont pas la cote

Les analystes boursiers hésitent toujours quant aux placements en Russie. Crédit : Alexeï Filippov/RIA Novosti

Les analystes boursiers hésitent toujours quant aux placements en Russie. Crédit : Alexeï Filippov/RIA Novosti

Comparé à Londres ou New-York, l’introduction des titres des entreprises publiques à la bourse de Moscou ne donne pas les résultats escomptés. Les raisons : une infrastructure financière inadaptée, la faible demande domestique et le manque d’investisseurs institutionnels.

« La privatisation doit servir à stimuler la croissance et accroître la capitalisation de notre marché de fonds intérieur, et non pas à réchauffer les marchés financiers étrangers », a déclaré récemment le président Poutine, indiquant clairement où devaient être placés les titres des compagnies d’Etat.

En 2013, l’Etat prévoit au moins trois privatisations sous forme d’IPO : la vente de 10-25 % des actions de VTB, 7-14% d’Alros et 25-50% de Sovkomflot. VTB ouvrira la danse et il serait préférable, selon le quotidien Vedomosti, que l’opération ait lieu au cours du premier semestre 2013 en raison du durcissement des exigences de capitaux. En fin de semaine dernière, le PDG de VTB Andreï Kostine a affirmé que la banque d’Etat est prête à « montrer l’exemple » en plaçant la majorité des actions à la bourse de Moscou. Comme un délai est nécessaire entre les opérations importantes, la privatisation d’Alros et Sovkomflot sera certainement reportée au deuxième semestre.

Les analystes boursiers hésitent toujours quant aux placements en Russie, considérant que la Bourse de Moscou est encore loin du niveau de Londres ou de New-York. « De nombreux investisseurs institutionnels manifestent un intérêt certain pour les  privatisations de VTB et Alros, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils viendront acheter ces titres à Moscou », considère James Friel, directeur de Rothschild en Russie et dans la CEI. Comme l’affirme un employé d’une banque d’investissement internationale, « Moscou peut tout à fait récolter 300 millions de dollars, même 500 ou 700 millions ».

Le problème demeure que la plupart des investisseurs étrangers ignorent tout du marché financier russe, surtout aux Etats-Unis, selon Taras Vajnov, partenaire de Link Capital. « Les chefs des plus gros fonds d’investissements, gérant des portefeuilles de plusieurs dizaines de milliards de dollars, posent des questions du genre :  Les entreprises russe peuvent-elles payer les dividendes aux actionnaires étrangers ? ou – Les audits du Big Four sont-ils présents en Russie? », explique l’analyste.

L’impopularité de la bourse russe est dûe à ses difficultés internes. Le problème essentiel est l’insuffisance d’investisseurs de long terme locaux. Fin novembre 2012, la bourse de Moscou enregistrait près d’un million de personnes physiques, dont seulement 70 000 étaient véritablement actifs, c’est à dire qui effectuaient plus d’une opération par mois. En guise de comparaison, les Etats-Unis comptent plus de 90 millions d’investisseurs individuels, la Chine, 94 millions, et le Brésil, 20 millions.

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Les investisseurs institutionnels qui font la pluie et le beau temps avec de gros placements ne sont pas assez nombreux. Les fonds de pension et les compagnies d’assurance représentent 90% du marché à Varsovie, plus de 70% à New-York et Londres, alors qu’en Russie ce chiffre ne dépasse pas les 10 %. « Pourquoi le gouvernement russe compte autant sur les investissements étrangers ? » s’étonne Elena Lowen de Swedbank Robur Rysslandsfond. « Les investisseurs étrangers ne suivront que si les fonds de pension russes sont actifs, c’est ce qui se passe à Varsovie et sur les autres marchés émergeants. » Or, en Russie, les fonds de pension ne peuvent tout simplement pas participer à une IPO. Un groupe de travail a été constitué auprès du ministère des Finances pour préparer une réforme du système des retraites, qui devrait entrer en vigueur en mai prochain. Après cette libéralisation, même en gardant leur modèle conservateur, les fonds de pension pourraient participer à 20-30% aux IPO, assure Vladislav Kotchetkov, directeur de la Finam.

Modernisation de l’infrastructure

Selon Kostine, il n’y a pas d’obstacles majeurs pour l’introduction en bourse de VTB en Russie, « à condition de consolider l’infrastructure ». Ces derniers mois, il y a eu deux avancées considérables sur ce plan : la Russie s’est dotée d’un dépositaire central et les dépositaires européens Euroclear et Clearstream se sont engagés sur le marché russe.

Plus d’un millier d’émetteurs ouvriront un compte auprès du dépositaire central d’ici le 1er avril, les autres rejoindront le système d’ici le 6 novembre prochain, selon la législation. Il doit également être reconnu par la communauté financière internationale.

Euroclear a ouvert son compte au dépositaire central fin décembre, mais il n’a pas encore été activé. Pour le moment, Euroclear reste limité au marché obligataire et n'aura accès au marché boursier que l’année prochaine, ce qui a une incidence négative sur le prix des actions.

« La plupart des banques prendront confiance une fois que le dépositaire fonctionnera à plein régime. Ensuite, les vérifications dureront plusieurs mois. Le processus risque donc de prendre un certain temps », prévient le collaborateur d’une banque d’investissement. « Si la privatisation a lieu avant que l’infrastructure ne soit au point, la somme récoltée peut s’avérer moindre. Beaucoup d’investisseurs étrangers ne voudront pas participer », met en garde un employé de la banque d’investissement en charge de la SPO de Sberbank.

Source : Vedomosti

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