La Russie a fermé son marché à la viande américaine

Aux Etats-Unis, il y a des entreprises qui produisent de la viande sans ajouter de ractopamine et la fournissent à des pays de l'Union Européenne, à la Chine et à d'autres pays. Source: Shutterstock

Aux Etats-Unis, il y a des entreprises qui produisent de la viande sans ajouter de ractopamine et la fournissent à des pays de l'Union Européenne, à la Chine et à d'autres pays. Source: Shutterstock

L’interdiction concerne la viande de porc et de boeuf. Les fonctionnaires déclarent que cette restriction est temporaire, mais les perspectives de sa levée ne sont jusqu’à présent pas claires.

Les fermiers américains ne pourront plus livrer leur viande en Russie. En fait, cette fois-ci, l’interdiction ne concernera pas les viandes de poulet, surnommées dans les années 90 à Moscou par « les cuisses de Bush » (à cette moment là, en Russie, on préférait acheter principalement des cuisses de poulet) mais la viande de porc et de bœuf.

A partir du 11 février, le Rosselkhoznadzor (Institut chargé de la veille sanitaire) va imposer une interdiction temporaire sur l’étalage de ces marchandises en provenance de Etats-Unis, mais aussi des matières premières porcines et bovines et de la production industrielle. Les représentants de l’administration ont expliqué cette décision par la découverte à plusieures reprises dans la viande américaine de traces de ractopamine, hormone de croissance interdite sur le territoire des pays de l’Union douanière. Déjà en novembre 2012, la Russie avait averti quatre états utilisant cette substance pour la production (les Etats-Unis, le Canada, le Mexique et le Brésil)  sur le caractère inadmissible de tels défauts. Les trois pays avaient accepté de corriger ces défauts et avaient demandé une pause pour une mise aux normes, a indiqué le collaborateur du chef de l’administration, Alexeï Alexeïenko, à la Russie d’Aujourd’hui. Les Etats-Unis, au contraire, ont ignoré les exigences russes, en continuant à fournir de la viande contenant de traces de ractopamine et ont éxigé que la Russie renonce à de telles restrictions.

En conséquence, la Russie a pris la décision d’imposer des restrictions temporaires sur la livraison de viandes de porc et de bœuf américain, étant donné qu'il y a eu une menace de pertes pour les importateurs russes. En effet, dans le cas d’une découverte manifeste de non respect des règles de l’Union douanière, il leur revient soit de procéder à la destruction d’une telle production, soit d’organiser à leurs frais le renvoi dans les  pays d'origine. « Il n’y a aucune raison de faire le travail à la place des vétérinaires américains. Nous ne voyons aucun but logique à dépenser de l’argent du budget là-dessus », a noté Alexeïenko.

Les autorités phytosanitaires russes rejettent l’hypothèse selon laquelle ces nouvelles normes phytosanitaires seraient une réponse asymétrique de la Russie au remplacement de la loi Jackson Vanik par la loi Magnitski au sénat américain. Alexeïenko a rappelé que la prise de ractopamine constitue un facteur purement économique, cette substance permettant d’augmenter sensiblement la masse musculaire des animaux en respectant les besoins de nourriture. Cela pourrait s’arrêter là, mais dans un certain nombre de cas, cette subtance pourrait porter atteinte à la santé des Russes.

L’utilisation de la ractopamine est par exemple déconseillée aux personnes avec des pathologies du système cardio-vasculaire. « Cela fait suffisamment longtemps que nous informons de nos exigences sanitaires, et cela bien avant que les Etats-Unis ne commencent à penser à la loi Magnitski », rappelle Alexeïenko en rejetant la supposition qu’une telle mesure contredirait les normes de l’OMC, dans laquelle la Russie est entrée il y a peu de temps. Il a noté que les mêmes exigences envers la qualité de la viande prévalent pour l’Union Européenne, la Chine et d’autres pays. « La pression se concentre sur nous, on essaie de faire pression politiquement, mais on ne résoud pas le fond du problème bien qu’il soit digne du niveau des experts et des spécialistes », a-t-il souligné.

Il faut noter que même sans cette décision, la part des Etats-Unis sur le marché russe de la viande diminue sensiblement. Et cela n’est pas seulement le fait de l'augmentation de la production intérieure de viande de volaille et de porc, mais les producteurs d’Amérique Latine ont supplanté avec succès du marché russe la production nord-américaine.

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Pendant 11 mois de 2012, les importations de viande bovine fraiche en provenance des Etats-Unis ont constitué 2,8 % du volume total, la viande congelée comptait pour 7,7%, et la viande de porc et ses produits dérivés pour 12,1%, indique-t-on à l'Association nationale de la viande. Dans de telles circonstances, la position des autorités américaines a étonné les représentants russes du secteur. Aux Etats-Unis, il y a des entreprises qui produisent de la viande sans ajouter de ractopamine et la fournissent à des pays de l'Union Européenne, à la Chine et à d'autres pays. Cela donne à penser que les fonctionnaires américains veulent politiser cette question, estime le représentant de l'association, Sergueï Iouchin. Il est convaincu que dans ce cas de figure se répètera la situation qui était survenue après la restriction par la Russie des livraisons de viande de volaille traitée avec des préparations au chlore. Les Etats-Unis avaient fini par remplir les exigences de la Russie, après quoi les livraisons avaient pu reprendre.

Pourtant, les experts s'attendent dans les deux prochaines semaines à une augmentation des importations sur la marché russe pour faire entrer rapidement des marchandises avant la mise en application de l'interdiction. « La production russe n'est pas suffisamment grande en volume pour satisfaire à la demande, et elle ne pourra pas augmenter si rapidement de volume », rappelle l'analyste d'Investcafé Daria Pitchougina. Selon ses estimations, la part principale a été prise par les producteurs d'Amérique Latine qui en dehors de l'élargissement propre de leur part dans le marché russe pourront recevoir une marge supplémentaire à mettre sur le compte d'une augmentation possible des prix. Les fonctionnaires russes sont également convaincus que la niche qui se forme sera rapidement comblée sans le moindre effort. « Les pays qui avaient accepté nos conditions, le Brésil, le Canada et le Mexique sont prêts à combler ces volumer de production que les Américains ne fournissent plus. Les Australiens suscitent même de l'optimisme. Ils ont indiqué qu'ils étaient prêts à fournir 1,5 fois plus de production sur le marché russe que maintenant », a indiqué Alexeïenko.

D'ailleurs, les citoyens russes moyens doivent faire face à un certain sursaut des prix, cependant, les spécialistes ont du mal à déterminer jusqu'à quel point ce sursaut sera important. « Certains producteurs de saucisson se retrouvent dans une position très difficile, car ils ont absolument besoin pour leur production d'une sorte de viande bon marché que fournissaient les Etats-Unis. Néanmoins, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de ces producteurs. La majorité travaille avec des fermiers locaux ou font partie d'un très grand groupe industriel », a remarqué Pitchougina.

Le 30 janvier 2013, l'adjoint du directeur de Rosselkhoznadzor, Evgueni Nepoklonov, s'est adressé par un courrier au substitut de l'administrateur du Service de sécurité et d'inspection de l'alimentation du Ministère de l'Agriculture américain Ronald Jones dans lequel il a exprimé son regret que malgré les avertissements répétés du Rosselkhoznadzor, la partie américaine n'ait pas présenté de garanties sur l'absence de béta-stimulant ractopamine dans les lots de marchandises de la production destinée au marché russe. Le fonctionnaire a qualifié la restriction en vigueur des importations américains de temporaire, même si les représentants de l'administration dans les conversations privées ont eu jusqu'alors du mal à définir le délai d'action de cette interdiction, en soulignant qu'elle ne pourra être levée qu'une fois que les Etats-Unis rempliront les exigences de garanties demandées par la Russie sur la qualité de la viande en conformité avec les normes russes.

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