La robotique et l’intelligence artificielle au service de l’armée russe

Le missile Granit reconnaît les caractéristiques physiques des navires ennemis.

Le missile Granit reconnaît les caractéristiques physiques des navires ennemis.

Sergeï Savostyanov / TASS
Si les drones de combat de l'armée russe n’en sont qu’à l’apprentissage de la détection de cibles, les premiers missiles russes à intelligence artificielle Granit et Onyx sont déjà capables de «frapper» l'ennemi par leur discernement.

Les scientifiques russes ont réussi à mettre au point les premiers missiles à intelligence artificielle pour la force de dissuasion nucléaire et les armements navals dès les années 1970. Il s’agit du missile de croisière antinavire le plus secret des forces navales russes, le Granit (SS-N-19 Shipwreck, selon le code de l’Otan).

Particularités du Granit

C’est le premier système d’armement doté d’une intelligence artificielle. En raison de sa vitesse, de son caractère imprévisible et de sa puissance, il a été baptisé de missile « tueur de porte-avions ». Ce missile est venu doter les croiseurs à propulsion nucléaire du Projet 1144 Orlan et les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins du Projet 949 Anteï.

« Le trait particulier de ce missile est que son ordinateur de bord contient les portraits électroniques et physiques des bâtiments de guerre étrangers », a indiqué à RBTH Vladimir Poliatchenko, du musée de l’entreprise NPO Mashinostroyenia, qui a mis au point cette arme.

Selon lui, il s’agit non seulement des dimensions et des contours des superstructures, mais également des champs électromagnétiques et de forces propres à un bâtiment concret.

« En outre, le système possède des données tactiques sur la formation du convoi, ce qui lui permet de préciser s’il s’agit d’un groupe aéronaval ou d’un groupe amphibie et d’en attaquer les cibles principales », a-t-il expliqué.

Un croiseur ou un sous-marin est doté de 24 silos contenant des Granit qui sont tirés en salve : le premier missile sorti « attendra » tous les autres, jusqu’au vingt-quatrième, pour effectuer des manœuvres communes.

Crédit : Dmitry Roguline / TASSCrédit : Dmitry Roguline / TASS

« Lorsque tous les engins se seront dégagés, ils formeront un rang et lanceront une attaque concertée même si la cible n’est repérée que par l’un d’entre eux. C’est lui qui +racontera+ aux autres l’emplacement et le genre de la cible à atteindre, qui proposera une tactique et qui distribuera les rôles : les uns attaqueront tandis que d’autres se sacrifieront pour détourner l’attention des systèmes de DCA ennemis. Après quoi commencera le combat », a-t-il noté.

Quand la cible principale aura été touchée, les missiles redistribueront les rôles pour continuer à détruire les autres cibles les unes après les autres, par ordre d’importance.

Il est impossible d’éviter une attaque de Granit, car ces missiles approchent à une vitesse supérieure à celle du son et manœuvrent facilement, ce qui les rend pratiquement invisibles pour les radars. Ainsi, l’attaque ne peut être décelée que visuellement, quand il ne reste pratiquement plus de temps pour prendre une décision.

Le successeur du Granit

À l’heure actuelle, les missiles Granit sont progressivement remplacés par les nouveaux P 800 Onyx (SS-N-26 Strobile selon le code de l’Otan). Le nouvel engin est plus petit, mais il hérite du système d’intelligence artificielle.

Le logiciel mis au point pour la nouveauté permet d’ores et déjà de diriger un groupe de six engins, a dit à RBTH Alexandre Motchalkine, responsable du groupe scientifique-industriel des systèmes de réseau centré NPK SP. Lors des essais, les données de renseignement étaient retransmises sous différents angles, ce qui a permis d’obtenir une image 3D du territoire. Avec le temps, la « nuée » sera capable d’attaquer des avions, des hélicoptères et des missiles de croisière ennemis, affirment les concepteurs.

Le principe de fonctionnement est en somme assez simple : les drones sont dotés d’un logiciel spécial, d’un système capable de calculer leur trajectoire vis-à-vis des autres membres de la « nuée », ainsi que de plusieurs capteurs pour s’orienter dans l’espace.

Toutefois, personne ne laissera encore les drones « partir à l’aventure » : ils sont contrôlés par des opérateurs tenant des boîtes de commande en main.

Les spécialistes ne peuvent pas dire pour l’instant quand la situation pourra changer. « Même si le problème de l’organisation des robots a été résolu, on n’arrive pas encore à leur faire prendre des décisions dans une situation en changement. Ainsi, ce n’est pour le moment qu’un système robotisé, ce qui signifie que sans opérateur, il est incapable d’agir », a souligné Alexandre Motchalkine.

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