La nostalgie des anciens du KGB

TITRE Dressé pour tuer

AUTEUR Tchinguiz Abdoullaïev

TRADUIT par Robert Giraud

ÉDITIONS de l'Aube


Nombreux seront ceux qui se réjouiront de retrouver Drongo, le héros du troisième opus de Tchinguiz Abdoullaïev publié aux éditions de l’Aube, dans une traduction toujours impeccable de Robert Giraud.

L’ex-agent du KGB, reconverti en privé au cœur fragile revient avec une enquête qui l’amène une fois encore à débrouiller les intrigues autour du pouvoir non sans donner au passage un éclairage sur la société russe et quelques coups de griffe, notamment aux nouveaux Russes : « Je ne peux pas souffrir ces goujats au mufle de bouledogue, affublés de chaînes, de bracelets et de montres en or. Ils déshonorent notre pays aux yeux du monde ». Glisse au passage un personnage secondaire.

Cette fois c’est une personnalité politique le ministre des Finances du gouvernement russe dont il est une des figures clé, Artiom Sergueïevitch Polétaïev, qui est la cible de deux tentatives d’assassinat dans la même journée. L’agent chargé du dossier est gravement blessé et le FSB doit se résoudre à faire appel à Drongo qui va travailler en duo avec la belle Elena Souslova, agent du contre-espionnage, avec laquelle il a eu jadis une aventure. Le temps de trois journées qui les conduisent de Moscou à Londres, tous deux vont tenter de protéger Polétaïev et de dénouer les fils d’une intrigue qui se joue au cœur même du pouvoir et le met en péril.

Tchinguiz Abdoullaïev fait le choix original de nous donner dès le départ les clés puisque ce sont les coupables que l’on suit durant les cent premières pages. À leur tête, Slepniov, un ancien colonel du KGB, victime lui aussi du démantèlement de l’URSS. Comme nombre de ses anciens collègues déboussolés, Slepniov s’est reconverti dans la criminalité ; son audace et sa cruauté en font un ennemi redoutable auquel nos deux héros devront s’affronter.

Mais qui a intérêt à déstabiliser le pouvoir en recourant aux services de Slepniov ? L’auteur réussit à tenir son lecteur en haleine par un récit alerte plein de rebondissements et traversé par les histoires de cœur et de corps du beau Drongo.

N’espérez cependant rien de torride, la pudeur de Drongo l’interdit. Car notre héros est profondément marqué par son éducation soviétique – comme l’auteur il est né et à grandi à

Bakou (1) – que l’on retrouve non seulement dans cette pudeur, mais aussi dans son patriotisme et surtout dans la nostalgie de l’URSS qui continue de l’habiter. Comme il l’écrit : « Le souvenir de cet autre pays où il avait vécu et pour lequel il avait versé son sang provoquait en lui une douleur lancinante, comme celle d’un membre amputé. Il savait que l’ex-superpuissance du XXème siècle n’avait aucune chance de ressusciter … mais personne ne pouvait le priver du droit de mémoire ».

(1) Tchinguiz Abdoullaïev est né en 1959 à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, au bord de la mer Caspienne.

Agent de renseignement soviétique jusqu’en 1987, il a été blessé en opération et décoré.

Depuis 1988, il publie des « thrillers », principalement politiques, déjà traduits en 17 langues et distribués dans 23 pays.

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