Le Temps des femmes


TITRE : Le Temps des femmes

AUTEUR : Elena Tchijova

TRADUIT par Marianne Gourg-Antuszewicz

ÉDITIONS Noir sur blanc


Le roman d’Elena Tchijova Le Temps des femmes se déroule à Léningrad, une quinzaine d’années après la seconde guerre mondiale, cette guerre qui fut dévastatrice en URSS plus encore qu’ailleurs. Beaucoup d’hommes ne sont pas revenus, d’autres ont été directement envoyés dans les camps staliniens, d’autres encore souffrent de blessures et d’un fléau endémique en Russie, l’alcoolisme. Dans les années 1960 ce sont les femmes qui tiennent le pays à bout de bras et la Russie restera longtemps encore un matriarcat.

Les cinq femmes mises en scène par Elena Tchijova et qui portent tour à tour la narration illustrent à merveille cette société de l’époque du dégel : Antonina est ouvrière. Elle est venue de la campagne et s’est laissée séduire par le premier venu. Mère célibataire d’une petite fille muette de sept ans, elle trouve refuge dans l’appartement communautaire de trois vieilles femmes : Evdokia, Glikeria et Ariadna. Le quotidien des cinq femmes est marqué par les conséquences de la guerre, du terrible blocus de 900 jours que connut Léningrad, par les privations qui continuent et par la menace latente des autorités toujours prêtes à intervenir – ici à travers le comité d’entreprise - dans la vie privée des individus et qui pourraient retirer l’enfant à sa mère en raison de son handicap.

Le livre d’Elena Tchijova n’est pas comme on pourrait le penser un livre de femme sur les femmes. Bien sûr, les sujets intimes sont abordés - recettes de contraception et tâches dévolues aux femmes : la préparation périlleuse de repas, la lessive, les queues interminables, les ouvrages manuels, mais il permet surtout de montrer les rouages de la société soviétique et aussi les mentalités : la peur, la faim, les interprétations erronées et toujours suspicieuses du « collectif » qui induisent les comportements et conduisent les individus à des stratégies tragiques. Face à cette menace, les trois vieilles, telles les trois Parques, sont porteuses de valeurs immuables de la Russie éternelle : la foi, la culture populaire, la société ancienne, l’une d’entre elles fait même l’apologie du servage. Elles inculquent à la petite Sofia ce qui, selon elles, pourra la sauver dans le futur : le respect de la religion, le goût de la lecture, le lien avec la culture populaire et l’apprentissage du français. Elles encouragent aussi son goût du dessin.

Quel sera le destin de cette petite fille qui dessine tout le temps, s’imprégnant en silence de tout ce qu’on ne veut pas qu’elle entende et que bien sûr, comme tous les enfants, elle entend et interprète à sa façon, en y mêlant ses rêves ?

 

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