Le Taquet de Evgueni Grichkovets

TITRE : Le Taquet

AUTEUR : Evgueni Grichkovets

ÉDITIONS Bleu autour

TRADUIT par Stéphane Dudoignon

Connu pour ses pièces de théâtre et pour ses mises en scène, l’auteur du Taquet, Evguéni Grichkovets se décrit comme « un néoromantique urbain qui parle des villes à travers le prisme des gens, de ces petites fourmis qui y vivent.»

Il nous offre avec Le Taquet un recueil de six récits légers et drôles qui mettent en scène avec une bienveillante ironie des héros ordinaires dans toute leur dimension humaine. Ils s’agitent avec la fragilité et l’opiniâtreté de fourmis, leurs motivations sont floues et leur agitation vaine, on pourrait la trouver absurde tant elle échappe à leur conscience et à leur contrôle.

Le héros du récit qui donne son nom au recueil est en ce sens emblématique. La cinquantaine bien tassée, Igor Semionovitch est un bagarreur assagi et un sévère buveur. Venu de son lointain Oural pour affaires, l’homme, plutôt rustre, est bouleversé par la rencontre fortuite d’une femme dont il tombe amoureux. Rencontre platonique et fugace. Igor Semionovitch est en proie à des émotions qu’il ne comprend pas, comme ce phénomène incontrôlé qui lui est propre, ce déclic intérieur, ce taquet qui s’abat soudain, coupant l’inquiétude et la douleur, et le délivre de ses angoisses d’homme mieux que les pires beuveries.

Dans la vie des héros de Grichkovets, les intentions avortent et l’action, lorsqu’elle est déployée, n’aboutit jamais à ce vers quoi elle était dirigée : qu’il s’agisse comme dans les premiers récits de deux conscrits contraints par la lubie de leur chef à porter des heures durant, sur des kilomètres, un vieux transfo rouillé et qui découvrent, épuisés, les mains en sang, que le transfo ne peut pas passer par l’écoutille du bateau (les Autres) ; qu’il s’agisse de Kostia qui rêve de partir à Moscou et laisse passer sa chance (La cicatrice), ou du soldat qui risque sa vie pour tenter d’’organiser une fête, son vingtième anniversaire, moment tellement symbolique, et contre qui tout se ligue pour l’en empêcher (La dernière fête) ; qu’il encore du jeune cadre insomniaque qui rêve d’aller à Paris et n’en verra rien sauf sa chambre d’hôtel (Un sommeil réparateur ).

« Qu’importe ! » Nous dit le fameux fatalisme russe. « Après tout, qu’il aille se faire foutre ce transfo!», s’exclame en d’autres termes le chef. Et le narrateur de dire : « A cet instant s’est révélée en moi la grandeur d’une sagesse présente de façon diffuse dans l’univers mais qui ne m’était jamais encore apparue avec une telle évidence. J’ai compris que la sagesse était partout, que c’est elle qui imprimait à toute chose son mouvement régulier et répétitif… Je me suis senti léger… Comme si une plaie avait disparu

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