Le fardeau des idoles


TITRE :Le fardeau des idoles

AUTEUR : Tchinguiz Abdoullaïev

TRADUIT par Robert Giraud

EDITIONSde L’aube


Le succès que connaissent les polars venus d’ailleurs, que ce soit de Scandinavie, de Chine ou de Grèce prouve, si besoin était, que la littérature policière  peut proposer, outre un divertissement et une part d’exotisme, une grille de lecture privilégiée d’une société donnée. Les lecteurs ne seront pas déçus par le thriller politique de Tchinguiz Abdoullaïev, écrivain azéri et russophone qui met en scène un privé chargé de démêler une intrigue qui se déroule dans cette Russie nouvelle, désossée, désenchantée, manipulée, hantée elle aussi par la menace terroriste islamiste, alors qu’en son cœur se nouent de redoutables alliances entre politiques, mafieux et anciens agents du KGB devenus désormais leurs hommes de main.

Dans cette deuxième enquête publiée par les éditions de L’aube, nous retrouvons Drongo, étrange personnage, beau gosse solitaire, taciturne et fatigué, bien qu’à peine quadragénaire, esthète et séducteur, sans être pour autant un consommateur effréné. Il ne boit pas comme un trou, soigne sa mise, n’aime pas se lever tôt et son cœur bat la chamade, selon lui « sa conscience était soumise à trop de pressions, et son cœur peinait  à supporter ces investigations, ces tensions, ces tracas qui faisaient  la trame de sa vie. »

Avec l’effondrement de l’empire, Drongo a perdu la nationalité soviétique. Natif de Bakou en Azerbaïdjan, il partage son temps entre les deux capitales,  passe aux yeux des Russes pour un Azéri et  aux yeux des Azéris pour un Russe. Avec les changements politiques, il a aussi perdu son travail d’agent du KGB. Il a été débarqué de la grande maison dans les années 90  et a fait le choix, insolite en Russie, de devenir détective privé.  Dans ce pays qu’il ne reconnaît plus, il passe pour un sympathisant communiste, continue à assumer les exigences de sa fameuse conscience et à  défendre, seul, les valeurs auxquelles il croit : celle d’une nation pluriethnique, celle du droit contre l’injustice et la corruption, celle de l’abnégation contre les intérêts personnels et de la sensibilité contre le cynisme.

Cette fois Drongo est sollicité par le directeur d’un journal pour enquêter sur la mort d’un de ses collaborateurs, Zvonariov,  jeune journaliste dont la curiosité n’a d’égale que l’ambition. L’enquête sur fond de campagne présidentielle l’amènera à  démêler une intrigue pleine de rebondissements qui permet au passage à l’auteur de replacer en perspective l’URSS, pour laquelle lui aussi,  ancien membre des services secrets, partage sans doute avec son héros une certaine nostalgie. La société qu’il dépeint la rendra  sinon légitime, au moins compréhensible aux yeux du lecteur occidental qui pourra ainsi trouver quelque éclairage sur l’état d’esprit d’une partie de la population. 

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