Récit d’un enfant traqué


TITRE : Le Baptême des barreaux

AUTEUR : É. Kotcherguine 

ÉDITIONS : Noir sur blanc

TRADUIT PAR  Julie Bouvard


Il a quatre ans. De son père, arrêté comme ennemi du peuple, il n’a déjà aucun souvenir lorsqu’à son tour sa mère est arrêtée comme espionne. C’est à elle qu’Édouard Kotcherguine, devenu un célèbre scénographe, dédie ce récit autobiographique publié soixante ans plus tard. 

En 1942, le petit garçon arraché à sa famille est évacué du blocus de Léningrad vers la Sibérie dans un orphelinat-prison pour les enfants des ennemis du peuple. Il ne parle que le polonais, la langue de sa mère il décide de se taire et de se faire si discret qu’on l’appelle le Passe-muraille. Il est chétif et ne peut rivaliser avec les plus forts    il distrait ses camarades en fabriquant des cartes à jouer ou en dessinant avec du fil de fer le profil de Staline et de Lénine.

Il décide en 1945 de s’évader pour retrouver sa mère à Saint-Pétersbourg. Commence alors un incroyable périple, avec pour tout bagage, au fond de ses poches, pour gagner sa vie, deux bobines de fil de cuivre, l’une pour « le Moustachu », l’autre pour « le Chauve ».  

Entre cavales et orphelinats, avec la faim et le froid, les autorités qui le traquent, les dangers qui le menacent, le voyage dure six ans.

Jamais très loin des voies ferrées et des gares où grouille une foule chatoyante et bruyante : soldats estropiés ou valides rendus à leur famille ou en partance pour le futur front oriental, femmes qui attendent le retour improbable d’un fils ou d’un mari, ouvriers, cheminots, voleurs, personnages cruels et veules, parfois lumineux et bons comme Mitiaï, compagnon d’infortune, comme le Khanty qui lui apprend l’art du feu ou comme Oncle Siao, le Chinois qui l’initie à la technique du pochoir et à l’art du tatouage.  

À travers ses yeux d’enfant en cavale, Édouard Kotcherguine donne un témoignage nouveau, étonnant et rare sur la Russie pendant la période stalinienne.

Tout contribue à donner à ce récit d’apprentissage un parfum de liberté qui triomphe du malheur : l’exploit du jeune garçon qui parvient à échapper à l’administration totalitaire et le portrait des personnages rencontrés, brossée avec l’acuité espiègle de l’artisan des profils en cuivre.

Jusqu’à la langue, savoureux idiolecte émaillé de mots d’enfants, d’emprunts à l’argot des voleurs et des camps, qui contraste fortement avec la langue de bois emblématique de l’époque. 

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