Le Nouvel an et Noël à Saint-Pétersbourg avant la révolution

Le Nouvel an, 1913. Crédit : Kommersant

Le Nouvel an, 1913. Crédit : Kommersant

Le Nouvel an n’est devenu une grande fête en Russie que pendant la période soviétique. Dans la Russie impériale, au début du XXe siècle, on célébrait plusieurs fêtes au tournant de l’année.

La population de la capital de l’Empire russe, Saint-Pétersbourg, était composée de couches sociales aussi imperméables les unes aux autres que les castes indiennes. Il n’y avait que quelques rares dates que partageaient la haute société, les ouvriers, les domestiques, les étudiants, et les mendiants,

Comme les Pétersbourgeois étaient orthodoxes aux quatre cinquièmes et parce que les fêtes religieuses des catholiques, protestants et orthodoxes sont voisines dans le calendrier, le Nouvel an et la Nativité (deuxième fête chrétienne la plus importante après Pâques) étaient célébrés pratiquement par toute la ville. Noël, c’était deux semaines de festivités, de la Nativité au Baptême du Christ (du 25 décembre au 6 janvier selon le calendrier julien, ce qui correspond au 6 au 19 janvier sur le calendrier grégorien).

La Nativité

La Nativité est une fête familiale, mais surtout celle des enfants. A cette période, chaque journal digne de ce nom publiait des contes et des poèmes dont le héros était miraculeusement sauvé de l’emprisonnement le jour de la sainte fête.

Les vitrines des magasins de jouets étaient surchargées de poupées, jeux de société, ballons et raquettes, pistolets-jouets et maisons de poupée, meubles, vêtements, maquettes électroniques de moulins à vapeur et chemins de fer, voitures… La nouveauté de la saison 1913 était un télégraphe-jouet sans fil, de fabrication anglaise selon les technologies dernier cri.

Les petits fonctionnaires et les clercs s’arrachaient les « cadeaux piégés », dont l’objectif était de ridiculiser les amis, cousines ou belles-mères. Par exemple, le flacon de parfum, qui aspergeait d’eau des pieds à la tête celui qui l’ouvrait ; ou encore des allumettes qui s’allumaient toutes seules, des diablotins qui surgissaient de la boutonnière…

Et la table de fête ?... Une autruche sur ses œufs : le corps était fait avec une noix de coco, une banane en guise de cou, la tête en pomme, et le bec en amande. Et comme le précisait un guide, « on se passait rarement de la gélinotte de Noël ou de l’oie traditionnelle ». Jusqu’à la Nativité, on tenait un jeûne rigoureux (même si peu de gens à Saint-Pétersbourg respectaient strictement le carême).

Dans chaque famille, on décorait un sapin de Noël. Cette tradition, empruntée par les Pétersbourgeois aux Allemands, dans les années 1830, s’est ensuite répandue dans toute la Russie. Les jouets et les décorations pour le sapin étaient d’ailleurs massivement importés d’Allemagne à la veille de Noël.

Il y avait sous l’arbre des cadeaux pour tous les enfants invités, tandis que les sucreries, soldats de plomb, fruits et noix qui décoraient le sapin devenaient des prix pour les vainqueurs des charades, anagrammes, et une infinité d’autres jeux de salon.

Le soir de la Nativité, les familles se rendaient à la messe puis se réunissaient autour de la table servie avec toutes sortes de gourmandises. On ouvrait les cadeaux.

Le lendemain matin, les enfants pauvres du quartier venaient dans les « maisons respectables », pour présenter leurs vœux aux hôtes, louer le Christ et recevoir des cadeaux, généralement de la monnaie, quelques kopeks par personne. Puis c’était le défilé des policiers, ramoneurs, sonneurs de cloches, éboueurs, et autres pompiers locaux qui venaient présenter leurs vœux de Noël. On leur offrait de la vodka et de l’argent.

La fête de Noël dans la famille impériale se distinguait surtout par le nombre de sapins (un par personne), par le fait que les adultes offraient des cadeaux aux enfants et vice-versa, et bien sûr, par la valeur des présents (bijoux, armes, peintures, porcelaine).

Le Nouvel an

Longtemps, le Nouvel an n’a pas été considéré comme une fête : c’était une journée de travail ordinaire. Ç’en était autrement dans les campagnes où l’on célébrait, le 1er janvier, la Saint Basile. Ce saint, évêque de Césarée, était considéré comme le protecteur des porcs, c’est pourquoi on mangeait un cochon de lait ce jour-là dans toute la Russie. 

Au début du XXe siècle, un certain rituel du Jour de l’An s’est instauré dans la capitale. Le1er janvier était une date charnière, le temps du bilan.

D’un autre côté, la nuit du Réveillon était un moment de débauche pour la jeunesse urbaine célibataire. On troquait la boue hivernale des rues pétersbourgeoises pour la chaleur des restaurants et des tavernes. Des bals masqués étaient organisés dans les théâtres et les palais.

Jusqu’au Baptême du Christ inclus

Les vacances d’hiver duraient deux semaines, durant lesquelles les espaces publics accueillaient des fêtes de Noël pour les élèves des écoles de la capitale. Des spectacles étaient organisés dans la journée, autour d’un immense sapin électrique, et les enfants de moins de dix ans recevaient des cadeaux.

Après le Jour de l’an, les jeunes filles se réunissaient pour des séances de prédiction de l’avenir. On espérait évidemment découvrir le nom du futur fiancé, en donnant de l’orge à un coq, en faisant fondre de la cire, en dispersant des bouts de papiers avec des noms de potentiels fiancés dans un baquet de bois…

Le temps de Noël se terminait avec les célébrations religieuses du jour du Baptême du Christ (Epiphanie). Ce jour-là, les orthodoxes se rendaient en masse au « jourdain » (on appelait ainsi l’endroit d’un fleuve, lac, canal, où l’eau était bénie pour célébrer le Baptême). Des processions quittaient les nombreuses églises pour se diriger vers l’eau. On creusait des trous dans la glace et on érigeait des chapelles à côté.

Paru sur le site d'Ogoniok le 24 décembre 2012.

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