« La réussite d’un sommet ne s’évalue pas en quantité d’accords signés »

De gauche à droite : Le président de la Commission Européenne Jose Manuel Barroso, le président russe Vladimir Poutine et le président du Conseil Européen Herman Van Rompuy la veille du sommet Russie-UE. Crédit : Sergueï Gouneev/RIA Novosti

De gauche à droite : Le président de la Commission Européenne Jose Manuel Barroso, le président russe Vladimir Poutine et le président du Conseil Européen Herman Van Rompuy la veille du sommet Russie-UE. Crédit : Sergueï Gouneev/RIA Novosti

Quelles sont les attentes de Moscou par rapport au sommet Russie-UE 2012 ? Réponse du représentant permanent de la Russie auprès de l’Union européenne Vladimir Tchijov.

Comment évaluez-vous les relations actuelles entre la Russie et l’UE ? Beaucoup de thèmes font l’objet de sérieux désaccords : la Syrie, l’Iran, les élections en Biélorussie et en Ukraine, la présence de Gazprom sur le marché européen, la situation politique en Russie.

Vladimir Tchijov : Dans les relations entre la Russie et l’UE, il y a toujours eu du positif et du négatif. D’ailleurs, la Russie n’est pas la seule dans ce cas.

Demandez à n’importe quel pays, du moins un pays développé, s’il est facile d’avoir à faire avec l’UE, il vous répondra systématiquement : l’UE n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais un partenaire facile.

Vous avez cité des sujets de politique extérieure sur lesquels nos visions divergent en effet. Mais il existe des exemples plus positifs.

Par exemple, nous avons de bons résultats de notre travail commun avec l’UE dans le cadre du « quartet » pour le Moyen-Orient qui œuvre pour le maintien de la stabilité dans la région.

Bien sûr, il y a certains thèmes sensibles pour l’UE, notamment la situation politique en Russie. Mais nous aussi, parfois, nous avons des questions par rapport à l’UE, notamment sur le respect des droits de l’homme.

Qu’est ce qui empêche de résoudre cette question de l’exemption de visas pour les détenteurs de passeports de service, ce qui freine tout le processus de l’abolition des visas ?

V. Tch. : Selon les statistiques, en 2011, plus de 5 millions de visas Schengen ont été délivrés aux ressortissants russes. Le nombre des visas russes obtenus par les citoyens de l’UE est moindre, bien que significatif.

Nous menons deux processus de négociation en parallèle. D’un côté, sur l’annulation du régime des visas. De l’autre, sur la libéralisation des conditions d’obtention des visas par le biais de modifications de l’accord bilatéral de 2006.

Sur ce point, nous sommes très proches de la signature d’une nouvelle forme de l’accord de 2006. Il y est question de faciliter la délivrance de visas multiples, d’éclaircir certaines questions et de faciliter les procédures d’obtention. Lors de ces discussions, la Russie  a évoqué l’annulation des visas de court séjour pour les détenteurs de visas diplomatiques et de visas de service.

Pourquoi le processus stagne ? Nos partenaires européens, à l’origine, étaient gênés par le nombre de détenteurs de passeport de service en Russie (bien qu’il y en ait moins qu’en UE). Or, ce nombre élevé est lié au fait que les citoyens qui font leur service militaire dans les pays de la CEI bénéficient aussi de ce passeport  de service.

Pour moi, c’est simplement un manque de volonté politique des pays de l’UE.

Comment va évoluer la situation dorénavant ?

V.Tch. : Attendons de voir comment vont se dérouler les négociations, évitons de trop anticiper. Nous constatons que la plupart des pays de l’UE sont prêts à aller dans ce sens.

En ce qui concerne le premier volet des négociations, peut-on s’attendre à un travail concret sur l’annulation des visas dès le premier semestre 2013 ?

V.Tch. : Du point de vue technique et organisationnel, c’est tout à fait envisageable. Mais, d’ici à savoir si les délais annoncés seront respectés ou pas ? Ceci, une fois de plus, est une question de volonté politique.

Quelles sont les probabilités pour que l’UE signe un équivalent de la « loi Magnitski » ?

V.Tch. : Il en était question au sein du Parlement européen. Mais je pense que la raison prendra le dessus et qu’une telle loi ne passera pas à l’UE.

Où en sont les négociatios sur le nouvel accord de base sur le partenariat bilatéral ?

V.Tch. : La nécessité de signer un nouvel accord de base sur la coopération avait déjà été décidée en 2006. Mais les négociations n’ont démarré qu’en 2008, suite à la décision du Conseil européen. Depuis, douze volets officiels se sont déjà tenus.

Ensuite, il y a eu une interruption, liée à l’entrée de la Russie à l’OMC . A ce jour, les négociations restent officiellement suspendues, mais les discussions informelles se tiennent régulièrement.

La situation avance. Depuis le dernier volet, on constate par exemple un véritable progrès dans le processus d’intégration économique eurasiatique.

Cela a-t-il une influence sur les négociations avec l’UE ?

V. Tch. : Oui, c’est un point important à prendre en compte, puisque la Russie a transmis une partie de ses compétences nationales à la Commission économique eurasiatique.

Que peut-on attendre du prochain sommet en décembre ? La signature de nouveaux accords ?

V.Tch. : La réussite ou non d’une sommet ne s’évalue pas à la quantité d’accords signés. La plupart de nos sommets ne débouchent pas sur la signature d’accords. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient des échecs.

Lors de ces sommets, l’essentiel ne réside pas dans le côté officiel de la cérémonie mais dans le fond des négociations et dans le contenu des accords atteints, même s’ils sont informels.

Version courte. Retrouvez cette interview en intégralité (en russe) sur le site du quotidien russe Kommersant

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