Armes russes : volumes en hausse, clients en baisse

L'hélicoptère Ka-60 Kasatka Source : kamov.ru

L'hélicoptère Ka-60 Kasatka Source : kamov.ru

Bien que les exportations d’équipements militaires de la Russie aient atteint un niveau record cette année, le nombre de clients potentiels des armes russes est en baisse.

En intervenant au cours d’une conférence de la Commission gouvernementale pour  la coopération militairo-technique, le président russe Vladimir Poutine a appelé les participants à cette réunion à renforcer la promotion des armements russes à l’étranger.

« Les exportations d’équipements militaires de la Russie ont atteint en 2012 le niveau record de 14 milliards de dollars (10,5 md EUR), a déclaré le chef de l’État russe, tandis que les nouveaux contrats conclus cette année représentaient plus de 15 milliards USD (11,3 md EUR). »

En outre, M. Poutine a fait remarquer que le portefeuille de commandes de l’industrie russe d’armement pourrait encore augmenter grâce au renforcement du pays sur le marché de la modernisation et de la réparation des équipements militaires. « Participer à la réparation et à la modernisation, c’est également se doter d'un portefeuille de commandes assez grand », a déclaré le président.

Le leader russe a souligné : « La Russie va bien évidemment poursuivre la coopération avec ses partenaires traditionnels dans le domaine de l’industrie militaire, mais il est aussi important pour nous de trouver de nouveaux marchés et d’augmenter la gamme des produits et des services proposés. »

Une telle approche du président est très d’actualité pour les exportations des armements russes, car Moscou pourrait perdre une des régions-importateurs les plus rentables : le Proche-Orient ou les armes soviétiques, puis russes, ont toujours été en demande.

Encore en automne, le Centre russe d’analyse du commerce global des armes (TSAMTO) a publié un rapport stipulant, entre autres, que l’introduction des sanctions du Conseil de sécurité de l’Onu visant l’Iran, l’instabilité persistante en Syrie et le « printemps arabe » en général ont conduit à un affaiblissement de la Russie sur le marché d’armements du Proche-Orient.

« Parmi les trois plus grands explorateurs d’armes vers les pays du Proche-Orient durant la période e 2012 à 2015 figureront les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. La Russie avec un volume de quelques 2,94 milliards de dollars (2,2 mds EUR, si les contrats avec la Syrie sont réalisés) n’occupera que la cinquième place, dépassée en outre par l’Allemagne, dont les exportations militaires prévues se chiffreront à 3,93 milliards de dollars (2,97 mds EUR) », énonce le document. Et il est à noter que la Russie occupait précédemment le troisième rang du classement des pays-exportateurs des armes vers le Proche-Orient.

Selon les analystes du TSAMTO, la part russe du marché d’armement du Proche-Orient passera durant la période entre 2012 et 2015 à 3,4% (contre 8,4% entre 2004 et 2011), tandis que la part des pays du Proche-Orient dans les exportations des équipements militaires de la Russie pour la même période sera réduite à 8,16% (contre 14,4% pour 2004-2011).

Cet « espace libre » sera probablement occupé par les États-Unis, ce qui aboutira effectivement à la monopolisation totale du marché par Washington. Selon les prévisions, les États-Unis fourniront entre 2012 et 2015 près de 66% du volume prévu des armements importés par les pays de la région. Ces réussites des USA sont principalement dues au début de la réalisation des contrats immenses signés avec l’Arabie saoudite et plusieurs autres pays du Proche-Orient.

Les États-Unis ont donc monopolisé le marché très lucratif de l’Arabie saoudite, la Russie ayant perdu le marché prometteur de l’Iran en raison de l’embargo du Conseil de sécurité de l’ONU. Selon le TSAMTO, les pertes de Moscou à la suite de l’effondrement de la coopération militaire russo-iranienne sont estimées à entre 11 et 13 milliards de dollars (8,3 à 9,8 mds EUR).

« Parmi les autres pertes de la Russie causées par le printemps arabe et l’instabilité intérieure, figure le Yémen qui discutait récemment avec la Russie d’un contrat prévoyant la fourniture d’armes pour une somme de presqu’un milliard de dollars (0,75 milliard d’euros). Désormais il ne peut s’agir que de petits accords », précise le rapport du TSAMTO.

À cet égard, M. Poutine a reconnu durant la conférence que la Russie sera obligée de faire face à des concurrents très forts sur le marché d’armements. « Pour réussir dans cette lutte, nous devons être proactifs, donner à nos concepteurs et nos producteurs plus d’opportunités pour démontrer leur potentiel scientifique et technique, et promouvoir les informations sur les nouvelles armes russes dans le cadre de salons spécialisés. »

Actuellement, les entreprises russes de défense présentent leurs produits aux 20 plus grandes expositions internationales. La Russie accueille annuellement quelque dizaines de forums internationaux, comme par exemple le salon aérospatial MAKS, le salon de la défense maritime de Saint-Pétersbourg, et l’exposition des armes de Nijni Taguil.

Pourtant, ces efforts ne suffisent pas si Moscou veut être un leader sur le marché d’armement mondial. D’après les dernières données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les ventes mondiales des armes ont augmenté en 2012 de 1 %, se chiffrant à 411,1 milliards de dollars (310,4 Md EUR). Pour l’instant, les entreprises russes produisant des équipements militaires ne s’élèvent pas au-dessus de la 20ème place, donnant effectivement la paume aux producteurs américains et britanniques.

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