Martin Hinoul : « Skolkovo, l’avenir de la Russie contemporaine »

Martin Hinoul Crédit : Victor Onouchko

Martin Hinoul Crédit : Victor Onouchko

Le directeur du service de développement de l’entreprise KU Leuven Research & Development (LRD) Martin Hinoul n’a pris connaissance du projet de parc technologique de Skolkovo par la presse. Il avait déjà eu la possibilité de travailler en tant que conseiller du président du Fond Skolkovo, Victor Vekselberg. En décembre 2012, il a présenté Leuven Connaissance Economie Région à des représentants russes. A l’occasion de cette présentation, le correspondant Victor Onuchko de La Russie d’aujourd’hui a eu un entretien avec lui.

Martin, que pensez-vous du projet Skolkovo pour lequel les opinions sont partagées ?

Martin Hinoul : C’est projet unique dont la Russie ne peut se passer si elle souhaite opérer une modernisation durable et construire une économie contemporaine. Sans cela, les résultats du pays seront catastrophiques. Comme par le passé, vous resterez à l’état d’exportateurs de matières premières d’une industrie arriérée. 

En votre qualité d’expert, comment percevez-vous la situation des activités de Skolkovo ?

M.H.: Je suis convaincu qu’en 2013 les dirigeants du projet seront immanquablement amenés à se concentrer sur des plans concrets et à définir un objectif clair. Il y a eu assez de réflexions, il est temps de passer à l’action. Nous sommes déjà précisément au fait des expériences étrangères, maintenant il faut aller de l’avant.

Et, quelle expérience considérez-vous être optimale pour Skolkovo ?

M.H.:Skolkovo a besoin d’un modèle simple et clair, comme le notre à Leuven. On a beaucoup parlé de la Silicon Valley. Mais une variante de la Silicon Valley est compliquée à mettre en place et ne conviendrait pas, à mon avis, pour Skolkovo.

Vous pensez donc qu’il faut agir plus rapidement ?

M.H.: L’emploi du mot « rapide » n’est pas tout à fait opportun. Je faisais plutôt référence à autre chose : il faut surtout définir une stratégie et disposer d’un plan précis.
 
Quelles sont vos idées sur cette stratégie ?

M.H.: L’idée devrait s’articuler autour de cinq piliers de Skolkovo, à savoir les technologies informatiques, d’efficacité énergétique, nucléaires, cosmiques et biomédicales, ce qui constituerait en-soi quelque chose de formidable. Mais je crois que commencer directement avec tous les cinq serait une erreur, ça serait trop. Il faut en choisir, disons trois, et avoir pour 2013 une compréhension claire de ce qu’il convient de faire. Et il est impératif de choisir très rigoureusement et minutieusement ses partenaires. A Leuven, nous sommes très conservateurs dans ce domaine. Nous examinons soigneusement, voire avec chicanerie, chaque proposition. Beaucoup aiment rester largement pantois et promettre beaucoup. Mais il ne faut pas être d’accord avec n’importe quoi. Il convient d’étudier, de sélectionner les business plans qui se doivent d’être compréhensibles et clairs. En outre, il faut inviter des gens talentueux de tous les pays. On en attire déjà vers Skolkovo, mais il y en a encore peu.

Et combien de temps peut-on attendre des résultats concrets d’un tel projet ?

M.H.: Dans tous les cas, ne croyez pas que cela se produira dans l’espace d’un an. Mais Skolkovo peut commencer à donner un retour sur investissements dans 5 ou 10 ans. Nous avons fondé LRD il y a 40 ans. La Russie a un avantage, elle a pu connaître l’expérience des autres. Je crois que le centre d’innovations de Skolkovo peut, avec de la volonté, être sur pied dans les 10 ans à venir.

Ce projet suscite pourtant de nombreuses critiques.

M.H.: C’est vrai, je sais. Il y en a beaucoup en Russie parmi les spécialistes, les sceptiques qui doutent des perspectives de Skokovo. J’ai déjà eu l’occasion de défendre l’idée Connaissance Economie Région devant des universitaires russes. Beaucoup m’écoutaient avec une grande méfiance, et au final quelques uns ont déclaré que rien de tout cela ne se réaliserait. Je leur ai répondu que s’ils avaient cet état d’esprit, alors cela pouvait échouer.

Mais, il se peut qu’il existe des raisons sérieuses pour rendre compte d’une telle défiance ? Le niveau de corruption, par exemple ?

M.H.: Je suis d’accord avec vous. Une telle raison a tout a fait la capacité d’effrayer des gens sérieux et de les empêcher de croire au succès du projet.

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