Russie et Tchéquie préparent un réacteur « propre »

Assemblage du réacteur dans le secteur « propre » du block BN-800 à la station de Beloyarsk. Crédit photo : RIA Novosti

Assemblage du réacteur dans le secteur « propre » du block BN-800 à la station de Beloyarsk. Crédit photo : RIA Novosti

Une alliance entre un groupe russe et des sociétés tchèques a été formée pour créer conjointe-ment un réacteur nucléaire in-dustriel à neutrons rapides sans déchets radioactifs.

À la mi-octobre 2012, lors du Forum industriel atomique d’Europe centrale « Atomex-Europe », qui se tenait en République tchèque, la société russe « KME-engineering » et 13 entreprises tchèques ont signé un accord de coopération dans le développement d’un réacteur à neutrons rapides SVBR-100.

 

L’avantage de ce réacteur dont le fonctionnement est à base de neutrons dits rapides réside dans le fait qu’il consomme presqu’entièrement le combustible nucléaire et, par conséquent, ne produit pas de déchets. Jusqu’à présent, les scientifiques ne parvenaient à créer que des modèles expérimentaux, et il n’existe pour le moment aucun réacteur industriel rapide dans le monde.

 

« Les réacteurs rapides aideront à trouver la réponse à l’une des principales questions de la filière nucléaire : que faire du combustible nucléaire usé ? La Russie, les États-Unis et la France ont accumulé une vaste expérience d’exploitation expérimentale de ces réacteurs, qui peuvent devenir une source fiable d’énergie », a déclaré le directeur de l’Institut pour le développement sûr de l’énergie nucléaire de l’Académie des sciences de Russie, le professeur Leonid Bolchov.

 

Des quantités énormes de combustible usé sont aujourd’hui accumulées, et leur stockage pose un problème environnemental majeur. Selon le scientifique, la mise au point de réacteurs à neutrons rapides doit permettre de boucler le cycle du combustible nucléaire.

 

« Pendant le fonctionnement du BN-600, on a accumulé une énorme expérience. Les experts nucléaires russes ont perfectionné la conception du réacteur, et ont appris à manier le sodium comme fluide de refroidissement. Si après avoir supporté tous les débats et obtenu toutes les licences, le BN-1200 voit finalement le jour, alors il pourrait devenir le premier réacteur à neutrons rapides de grande puissance commercialement viable au monde », estime M. Bolchov.

 

Le projet SVBR-100, rejoint par des sociétés nucléaires européennes, est l’évolution naturelle de l’expérience acquise par la Russie dans l’exploitation de réacteurs à neutrons rapides plomb-bismuth dans des sous-marins nucléaires. Ce bloc énergétique possède un autre avantage concurrentiel important – il peut effectuer le dessalement de l’eau. Une usine nucléaire de dessalement avec un réacteur à neutrons rapides BN-350 a été installée en 1972 dans la ville de Manguychlak (Kazakhstan), où elle dessalait de l’eau de mer pour toute la ville.

 

D’ici la fin de l’année 2014, on prévoit de mener des travaux de recherche et de conception concernant le réacteur SVBR-100 et le bloc énergétique pilote, le lancement physique et énergétique étant programmé pour 2017. En fait, le SVBR-100 pourrait devenir le premier réacteur commercial à faible puissance de quatrième génération, utilisant du liquide de refroidissement à base de métaux lourds. Sur la base des réacteurs SVBR-100 produits en série, on pourra équiper les centrales nucléaires de blocs énergétiques modulaires de faible et moyenne puissance,   de 400-600 MWt (el), ce qui permettra d’assurer, grâce à leurs capacités, 10 à 15% de la production mondiale d’énergie nucléaire.

 

 

L’histoire des réacteurs « éco »


L’histoire du « domptage » des neutrons rapides a commencé en 1939 avec les conjectures du scientifique Enrico Fermi, qui pensait qu’il convenait de s’attendre, lors de la fission de l’uranium, à une émission de neutrons avec une énergie cinétique élevée, et que si le nombre des neutrons émis dépassait celui des neutrons absorbés, le chemin vers la réaction en chaîne serait ouvert. Les États-Unis ont été les premiers à mettre au point cette technologie, devant la France.

 

L’URSS a lancé en avril 1980 son premier réacteur rapide au sodium BN-600 dans la centrale de Beloïarsk, qui s’est convertie en plateforme expérimentale pour tester les caractéristiques d’exploitation des blocs énergétiques de ce type. En 25 ans de fonctionnement, le réacteur a démontré sa fiabilité, sa sécurité et ses performances. Aujourd’hui, la Russie développe cette technologie, construit un nouveau réacteur BN-800, élabore le projet BN-1200, et s’efforce de créer un réacteur à neutrons rapides capable de remporter un succès commercial.

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