La Saint-Georges de l'opposition

Sergueï Parkhomenko, journaliste et écrivain : « Le but de la marche est la collecte de 100 000 voix de vrais gens, bien vivants, pour soutenir un ensemble de revendications politiques simples et claires ». Crédit : Itar-Tass

Sergueï Parkhomenko, journaliste et écrivain : « Le but de la marche est la collecte de 100 000 voix de vrais gens, bien vivants, pour soutenir un ensemble de revendications politiques simples et claires ». Crédit : Itar-Tass

En décembre, le Conseil de coordination de l'opposition prévoit de célébrer le premier anniversaire des protestations russes avec un événement de grande envergure.

Le Conseil de coordination (CC) de l'opposition examine la possibilité d'organiser aux environs du 10 décembre une parade de grande envergure pour marquer le premier anniversaire des manifestations de protestation russes. C'est ce qu'a déclaré un membre du CC, le journaliste et écrivain Sergueï Parkhomenko. Sur sa page Facebook, il a indiqué « avoir envoyé il y a deux jours à tous les membres du Conseil de coordination une lettre décrivant la proposition collective (...) sur la façon de marquer l'anniversaire du début des événements de protestation de l'hiver 2011 ». L'idée de la proposition appartient, comme l'indique le journaliste et membre du CC, à un « groupe de citoyens », qui comprenait (dans l'ordre des suffrages obtenus) neuf personnes : l'écrivain et journaliste Dmitri Bykov, l'animatrice de télévision Ksenia Sobtchak, le docteur ès biologie Mikhaïl Guelfand, les présentateurs Mikhaïl Chatz et Tatiana Lazareva, Sergueï Parkhomenko, le journaliste Filipp Dziadko, le blogueur Roustem Adagamov et le cinéaste Vladimir Mirzoïev.

La lettre propose de formuler l'ordre du jour de décembre afin de passer plus rapidement au travail d'organisation proprement dit. Parmi les points « pressentis » de cet ordre du jour figurent les évènements suivants : le débat sur la date à laquelle mener l'action – le 8 ou le 9 décembre – c'est le 9 qui est proposé (« soit dit en passant, c'est la célèbre Saint-Georges », a déclaré Sergueï Parkhomenko) ; mener l'événement sous forme d'une parade et d'une collecte de signatures sans meetings, tribune et discours de conclusion ; décréter le Conseil de coordination initiateur et organisateur, un groupe de représentants devant présenter les documents requis à la mairie de Moscou.

« Le but de la marche est la collecte de 100 000 voix de vrais gens, bien vivants, pour soutenir un ensemble de revendications politiques simples et claires. C'est cette fameuse initiative politique de 100 000 citoyens qui, selon Poutine, sera examinée par la Douma en tant qu'initiative législative », écrit M. Parkhomenko. Chaque participant à l'action de la Saint-Georges se verra proposer de venir avec un formulaire pré-imprimé, où l'initiative formulée sera signée de son nom, et de la remettre à la sortie aux bénévoles chargés de la collecte. Les objectifs de l'événement futur sont au minimum d'assurer un renouvellement du pouvoir (grâce au retour du mandat de quatre ans du Président et de la Douma d'Etat et à l'annulation des dispositions de l'article 5 de la loi fédérale « Sur le référendum » interdisant de soumettre au vote les questions politiquement significatives) et « la mise en œuvre de la principale revendication, passer des mots aux actes, formulée par le peuple aux militants de l'opposition ».

M. Parkhomenko a déclaré que la décision finale sur la date des actions devrait être prise par le Conseil de coordination le 24 novembre, lors d'une réunion régulière. Il est à noter que les décisions des membres du Conseil de coordination ne peuvent être prises que lors d'un vote présentiel. Résumant les discussions sur les événements de décembre, M. Parkhomenko a déclaré qu'il s'agissait d'une « grande campagne politique, dont le sens est la formation progressive d'un programme politique de l'opposition et l'élargissement du cercle de ses partisans ».

Parallèlement, un sondage mené récemment par le fonds Opinion publique a montré que près d'un quart (24%) des Russes connaissaient ou avaient entendu parler du Conseil de coordination de l'opposition. Parmi eux, la majorité (35%) estime que ce Conseil ne constituera pas une force politique influente. Seuls 8% pensent le contraire (57% ne se prononcent pas). Il est à noter que la plupart de ceux qui croient que le Conseil deviendra une force politique majeure sont prêts à participer à des actions de protestation. Il s'agit de jeunes possédant un diplôme de l'enseignement supérieur, de l'électorat de Mikhaïl Prokhorov et de Russie Juste. Ils estiment que « le pouvoir a besoin de l'opposition » que « ce Conseil n'a pas été élu en vain et qu'il faudra désormais faire avec », que « le Conseil de coordination exprime les opinions d'une grande partie de la société » et qu' « il comprend des gens décents, influents et énergiques qui ont des idées nouvelles ».

L'avenir du Conseil de coordination de l'opposition laisse principalement sceptiques les Moscovites, les gens gagnant plus de 20 000 roubles (500 euros), les habitants des villes ayant une population de 250 000 à 1 million d'habitants, et les personnes d'âge moyen diplômées de l'enseignement supérieur. Selon eux, « les autorités ne permettront pas au CC de conquérir de l'influence », « les gens qui en font partie ne génèrent pas de confiance, ils sont méconnus et ne bénéficient pas d'un soutien massif », « il n'y a pas de consensus au sein du Conseil, et ses membres n'ont pas d'objectifs communs », et « le Conseil agit grâce à de l'argent occidental ».

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Selon la Fondation Opinion publique, 21% des Russes veulent que le CC devienne une force politique influente, contre 34% ne le souhaitant pas. Parmi ceux qui souhaitent que le Conseil devienne influent, on trouve principalement des jeunes ayant un diplôme de l'enseignement supérieur, des personnes décidées à participer à des manifestations, et des partisans de Mikhaïl Prokhorov. Sont opposés à ce que le Conseil gagne de l'influence les Moscovites et les habitants de villes de 250 000 à un million d'habitants.

Les répondants ont également été invités à exprimer leur impression à l'égard des 20 membres du Conseil de coordination de l'opposition ayant obtenu le plus de voix lors de l'élection de cet organe. Les trois leaders sont l'animatrice de télévision Tatiana Lazareva (31% des citoyens ont une impression positive à son égard, 8% une impression négative, 37% ne la connaissent pas), le joueur d'échecs et leader du Front citoyen uni Garry Kasparov (28% ont une impression positive à son égard, 13% une impression négative, 28% ne le connaissent pas) et l'animateur Mikhaïl Chatz (18% ont une impression positive à son égard, 8% une impression négative, 52% ne le connaissent pas). Le membre le plus célèbre du Conseil de coordination de l'opposition est l'animatrice de télévision Ksenia Sobchak : seuls 11% des Russes ne la connaissent pas. Toutefois, elle entre dans le classement des leaders les plus mal vus : 49% des citoyens ont une impression négative à son égard et seuls 16% l'apprécient. 7% des sondés sont favorables à Sergueï Oudaltsov et à Alexeï Navalny. 21% ont une impression négative à l'égard d'Oudaltsov et 52% des Russes ne le connaissent pas. Navalny n'est pas apprécié par 16% des Russes, et 55% des sondés ne le connaissent pas.

Paru en russe sur le site de l'Expert le 16 novembre 2012.

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