Le festival d'Honfleur fait place à l’histoire

Ivan atomique, de Vassili Barkhatov, est une comédie passable visiblement destinée à rassurer le public russe sur l’innocuité de l’énergie nucléaire. Source : kinopoisk.ru

Ivan atomique, de Vassili Barkhatov, est une comédie passable visiblement destinée à rassurer le public russe sur l’innocuité de l’énergie nucléaire. Source : kinopoisk.ru

À l’affiche de la vingtième édition : trois films sur la Seconde Guerre mondiale, des œuvres se situant à l’époque actuelle et quatre premières ré-alisations. Tout un programme.

Sept films font partie de la sélection officielle. Une seconde sélection présente quatre premières réalisations. La sélection Un nouveau regard sur l’histoire va révéler au public français la manière dont les cinéastes russes racontent le passé. Et c’est symptomatique : trois œuvres sur la Seconde Guerre mondiale, (dont Tigre Blanc, de Karen Chakhnazarov, sélectionné pour représenter la Russie aux Oscars), plus un film inspiré par la guerre de 2008 avec la Géorgie.

L’acteur Aleksei Guskov, très remarqué par le public français pour Le Concert (sorti en 2009), sera présent au festival avec son nouveau film Quatre jours en mai, qui fait partie de la sélection principale. Ce film - également centré sur un épisode douloureux de la Seconde Guerre mondiale - ne devrait pas à Honfleur susciter des débats aussi houleux qu’en Russie. 

Les autres œuvres sélectionnées - à l’exception de  L’Admiratrice, inspirée de la vie d’Anton Tchekhov - se déroulent dans le monde contemporain. Kokoko, d’Avdotia Smirnova, relate la collision entre une intellectuelle pétersbourgeoise un peu coupée des réalités et une provinciale dévergondée mais fauchée. Elles s’éprennent l’une de l’autre, mais les hommes sèment des embûches dans leur amitié improbable. Une comédie sans prétention où le talent de la pétillante Yana Trovanova saute aux yeux.

La Journée d’un prof, de Sergueï Mokritsky, suit également l’évolution d’un modeste intellectuel, celui-là bien au contact de la réalité russe, et qui proteste contre la dégradation de la culture, avec des côtés Don Quichotte.

Voilà ce qui m’arrive, de Viktor Shamirov, parle sur un ton léger, ironique, d’une tout autre catégorie d’individus : les parvenus moscovites. Gocha Koutsenko, acteur très populaire, incarne un père pris dans les difficultés de communication avec sa fille, qui doute des valeurs matérielles et qui semble gagné par une nostalgie de la Russie soviétique. Un film clairement associé à la tradition des toiles du Nouvel An, c’est-à-dire des comédies intemporelles.

Bandes-annonces :

Tigre Blanc, de Karen Chakhnazarov

Kokoko, d’Avdotia Smirnova

Dans Je serai près de toi, on passe à la tragédie lacrymale. Le destin brise la vie d’Inna, jeune mère célibataire, atteinte d’une maladie incurable. Il lui reste peu de temps pour trouver les parents adéquats capables d’adopter son fils. Récits, de Mikhaïl Segal, touche au thème de la littérature et à son influence mystérieuse et irrésistible sur la vie de personnages contemporains. Une comédie légère avec un scénario original soulignant les liens étroits entre les Russes et leur littérature. Les grands romans russes n’ont-ils pas fortement contribué à modeler ce pays ?

Dans la catégorie des débuts, la sélection est inégale. Ils sont tous partis est l’excellent démarrage dans la fiction d’un réalisateur au nom exceptionnel : Gueorgui Paradjanov. Neveu du génial Sergueï Paradjanov, réalisateur iconoclaste (Chevaux de feu, Couleur de la grenade) et dissident connu dans le monde entier. Gueorgui poursuit sur les traces de son oncle avec une œuvre originale, métissage arménien et géorgien, recherche des racines, poésie indescriptible et folie toute caucasienne. Ivan atomique est une comédie passable visiblement destinée à rassurer le public russe sur l’innocuité de l’énergie nucléaire

Sa fille, d’Alexandre Kassatkine et de Natalia Nazarova, est un drame émouvant sur le deuil d’une jeune femme dans la province profonde. Ce film a déjà été récompensé par la critique, avec un meilleur prix du premier film au festival Kinotavr de Sotchi et un prix de la critique FIPRESCI à Varsovie cette année. Reste à réunir les conditions pour qu’il rencontre un public nombreux hors du circuit honorable mais peu rentable des festivals. Espérons qu’il trouvera un distributeur français courageux à Honfleur !

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.