Rugby : la Russie cherche à faire sa place

Vladimir Ostrouchko (à gauche) et Matteo Pratichetti (à droite). Crédit photo :  Reuters / Vostock Photo

Vladimir Ostrouchko (à gauche) et Matteo Pratichetti (à droite). Crédit photo : Reuters / Vostock Photo

Il y a un an, l’équipe nationale de Russie de rugby à XV a pour la première fois pris part à la Coupe du monde qui s’est tenue en Nouvelle-Zélande. La sélection russe a alors occupé le dernier rang de son groupe à l’issue de la phase de poules, ayant perdu quatre matchs sur quatre. La Russie a quand même réussi à laisser sa marque sur le principal tournoi de rugby du monde.

Les Ours russes ont non seulement introduit en Nouvelle-Zélande une mode locale pour les ouchankas (chapeaux traditionnels russes), mais aussi sont parvenus à inscrire trois essais dans le match contre l’équipe australienne. Certes, la Russie s’est tout de même inclinée devant les Wallabies sur le score humiliant de 68-22, mais aucune autre équipe de ce tournoi sauf les Ours n’a réussi à inscrire autant de points face à l’Australie. Au total, la Russie a marqué huit essais dans quatre matchs, un record pour les débutants du championnat.

La participation des Russes à la Coupe du monde de 2011 a été l’illusration parfaite de la devise olympique : pour eux, l’essentiel n’était pas de gagner mais de participer. Atteindre la phase finale du tournoi, c’était déjà un grand exploit pour un pays où le rugby est toujours considéré comme un sport plutôt exotique. Mais les débuts de la sélection russe sur la scène internationale auraient pu se dérouler selon un scénario bien différent.

L’un des meilleurs joueurs de rugby de l’histoire de l’épreuve est venu au monde en 1916 dans la capitale russe de Pétrograd (actuellement Saint-Pétersbourg). C’était Alexandre Obolensky, prince de la dynastie des Riourikides. Il avait un an lorsque sa famille a quitté la Russie pour s’installer en Angleterre. C’est là-bas que le jeune prince est entré dans un collège de l’université d’Oxford et a rejoint l’équipe locale de rugby. L’athlète, baptisé par ses fans « le Prince volant », est très rapidement devenu un des meilleurs joueurs du pays et, après avoir obtenu la nationalité britannique en 1936, a rejoint la sélection anglaise.

Cette même année, lors de son premier match pour l’équipe nationale, le joueur russe a inscrit deux essais contre la Nouvelle-Zélande ; les Anglais ont remporté le jeu sur le score 13-0. C’état la première victoire de la sélection anglaise face aux All-Blacks, Obolensky devenant une légende chez les fans de rugby.

Malheureusement, la carrière du « Prince volant » n’a pas duré longtemps, tout comme sa vie. À peine ayant intégré le 54e escadron de la Royal Air Force, le joueur est décédé lors d’un entraînement, le 29 mars 1940.

Crédit photo :  Reuters / Vostock Photo

70 ans plus tard, un monument dédié au prince a été inauguré dans la ville britannique d’Ipswitch, où il trouva sa dernière demeure. La cérémonie s’est tenue en présence de fans, d’anciens combattants des forces aériennes et de proches du prince. La construction du monument a été partiellement financée par le milliardaire russe Roman Abramovitch.

Actuellement, le rugby russe est en manque des héros comme Alexandre Obolensky. En 2013, Moscou accueillera le championnat du monde de rugby à sept, variante du rugby classique. Et bien que la Russie n’ait jamais accueilli des tournois de rugby de haut niveau, les fonctionnaires essaient de mette au point des moyens pour attirer le public aux matchs, qui seront tenus au stade Loujniki.

« Les spectateurs, c’est la première source d’inquiétude pour nous. Comme vous le savez bien, les divertissements sont variés et abondants à Moscou, et il sera très difficile pour nous d’attirer assez de gens au stade », explique Dmitri Chmakov, responsable chargé du développement du rugby en Russie.

« Maintenant, nous essayons d’aborder ce problème : nous projetons d’organiser un festival musical, ainsi que plusieurs spectacles et promotions. Auparavant, l’administration moscovite se servait du programme spécial appelé « Spectateur » dans le cadre duquel on fournissait des bus pour transporter des groupes organisés des gens vers le stade, il s’agissait principalement d’écoliers et d’étudiants. Mais nous ne sommes pas en Corée du Nord et nous ne pouvons pas utiliser de telles méthodes. On estime que de 10 à 15 milliers de fans internationaux assisteront au tournoi. Mais, j’espère que les Moscovites, eux aussi, s’y rendront », indique-t-il.

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Le vrai rêve des fans russes, c’est l’organisation de la Coupe du monde de rugby à XV en Russie. Crédit photo : AFP / Eastnews

Le paradoxe central du rugby russe, c’est que le sport est vraiment populaire dans le pays, mais les matchs restent plutôt ignorés. Il y a plein de fans des Wallabies et des All Blacks en Russie, mais peu d’entre eux connaissent le calendrier des matchs de l’équipe russe. L’un des principaux problèmes est l’absence dans le pays des stades de rugby. Par exemple, l’équipe moscovite Slava joue sur un stade assez modeste, pour ne pas dire plus. Des petites tribunes en plein air sont coincées entre des immeubles au centre de la capitale russe, où circulent quotidiennement à des millions de dollars d’investissements. Mais ces investissements ne profitent pas au rugby.

« Nos groupes publics investissent des sommes astronomiques dans le football et dans le hockey sur glace. Cependant, des moyens beaucoup plus modestes pourraient considérablement stimuler le développement du rugby russe, particulièrement chez les jeunes. La résolution de ce problème dépend du soutien de l’État. Par exemple, en Italie, Sylvio Berlusconi a réussi au cours des 10 ou 15 dernières années à élever au plus haut niveau le statut du rugby », dit Alexeï Sokolov, président de la banque russe Zénit.

Depuis plusieurs années, M.Sokolov est le sponsor principal du rugby russe. Sa banque finance la sélection nationale russe, et en 2008, il a créé le Fonds national pour le développement du rugby jeunesse, dont un des investisseurs principaux était l’ambassadeur néo-zélandais en Russie, Ian Hill.

« Quand nous parlons rugby avec des fonctionnaires, nous tentons de leur faire comprendre que ce sport peut être utilisé pour résoudre des problèmes sociaux. Vous voulez savoir comment occuper des jeunes, particulièrement en province? Ben, voilà! A cet égard, le rugby est un grand sport. Il aide à devenir fort, convient à tout le monde et ne nécessite presque pas d’argent, à la différence de plusieurs autres sports », souligne le banquier.

Le bureau d’Alexeï Sokolov traduit très clairement son hobby. Les murs sont couverts d’affiches des meilleures équipes, et même le rapport annuel est fait en « style » rugby. L’année dernière, la banque a partiellement financé pour ses employés un voyage vers la Nouvelle-Zélande pour qu’ils puissent soutenir les Ours russes à la Coupe du monde.

« J’ai commencé à faire du rugby suivant l’exemple de mon frère aîné, qui était un membre de l’équipe de l’Institut d’aviation de Moscou. J’ai eu une de ces grandes familles au sein desquelles les enfants cadets ont les aînés pour modèle. Durant plusieurs années, j’ai joué dans l’équipe Dinamo, j’ai été médaillé à Moscou. Mais, lorsqu’il était temps d’entrer dans un institut, j’ai dû mettre un terme à ma carrière de sportif. Cependant, j’ai conservé l’amour pour le rugby. Plus tard, après la fondation de la banque Zénit, dès que les affaires ont repris, j’ai eu une véritable occasion de soutenir mon sport favori », dit M.Sokolov.

La banque d’Alexeï Sokolov était le sponsor principal du championnat du monde de rugby à sept à Moscou, ayant débloqué à ces fins 500 000 euros. Mais le vrai rêve des fans russes, c’est l’organisation de la Coupe du monde de rugby à XV en Russie, ce qui nécessiterait des investissements beaucoup plus considérables, premièrement ceux venant de l’État.

Il y a un an, la Fédération nationale russe du rugby a exprimé sa volonté d’accueillir la Coupe du monde de 2023. Mais, pour l’instant, il semble peu probable que la Russie présente sa candidature pour organiser l’événement, ce projet se heurtant au manque de financement et à l’absence d’une infrastructure convenable qui en découle.

La Coupe du monde de football, qui se tiendra en Russie en 2018, pourrait aider à améliorer la situation. Mais pour cela, il est nécessaire que de nouveaux stades soient adaptés non seulement au football, mais aussi au rugby. Ainsi, il faut qu’il y ait un secteur de dix mètres de long au-delà de chaque but pour y organiser les zones d’en-but. Alors, le sort du rugby en Russie dépend de ces dix mètres.

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