L’aide publique à l’industrie automobile divisée par trois

Ces dernières années, les principaux bénéficiaires des aides publiques étaient les entreprises GAZ et Sollers. Crédit : Itar-Tass

Ces dernières années, les principaux bénéficiaires des aides publiques étaient les entreprises GAZ et Sollers. Crédit : Itar-Tass

Le soutien de l’État aux constructeurs automobiles passera de 60 milliards à 45 milliards de roubles d’ici 2020 (de 1,5 milliard à 1,125 milliard d'euros). De plus, les subsides octroyés en 2012 sont presque trois fois moins élevés que le montant défini par le gouvernement en août dernier (245 millions d'euros). C’est ce qu’indique le rapport du ministère russe de l’Industrie et du Commerce envoyé au gouvernement. Les analystes expliquent ces restrictions par la volonté du ministère des Finances de limiter les dépenses sans réduire le budget, mais aussi par le fait que les producteurs automobiles se sont bien sortis de la crise.

Fin octobre, le ministère de l’Industrie et du Commerce a envoyé un rapport à la Maison blanche de Moscou en prévision d’une réunion du gouvernement consacrée au développement du secteur dans le cadre de l’adhésion du pays à l’OMC. Le document contient des informations sur le montant des subsides accordés aux producteurs automobiles russes afin de compenser une partie des dépenses (jusqu’à 90% du taux de refinancement de la Banque centrale) et payer les intérêts sur les emprunts contractés en 2009 et 2010 ainsi que des projets d’investissements, mais également pour des prêts « anticrise » en 2009 et 2010.

Selon le rapport, les subsides devraient s’élever à 3,9 milliards de roubles (97,5 millions d'euros) en 2012, contre 4,8 milliards (120 millions d'euros) en 2013 et 5,6 milliards (140 millions d'euros) en 2014. Entre 2015 et 2020, le soutien public à l’industrie automobile devrait représenter 31 milliards de roubles (775 millions d'euros). Le montant total des subsides d’ici 2020 est ainsi estimé à plus de 45 milliards de roubles (1,125 milliard d'euros). 

De plus, en vertu de l’arrêté du 13 août 201 sur « l’allocation de subsides aux entreprises de construction automobile russes », le gouvernement a approuvé un budget pour le secteur considérablement élevé, basé sur des propositions du ministère de l’Industrie et du Commerce. Les subsides devraient ainsi s’élever à 9,8 milliards de roubles (245 millions d'euros) en 2012, 7,6 milliards (190 millions d'euros) en 2013, 6,6 milliards (165 millions d'euros) en 2014 et 5,6 milliards (140 millions d'euros) en 2015. En outre, si l’État comptait initialement accorder 29,6 milliards de roubles (740 millions d'euros) à l’industrie automobile entre 2012 et 2015, cette somme a été réduite de moitié. D’ici 2020, il était prévu d’allouer jusqu’à 60 milliards (1,5 milliard d'euros) pour le soutien public au secteur. L’étalement des subsides annuels a également été modifié : alors qu’auparavant, le gouvernement prévoyait des dépenses budgétaires importantes pour 2012 et 2013, le montant maximal des aides devrait être reporté à 2014. Et les 31 milliards de roubles (775 millions d'euros) promis aux producteurs automobiles d’ici 2020 feront en réalité partie du budget établi après les trois prochaines années. 

Ces dernières années, les principaux bénéficiaires des aides publiques étaient les entreprises GAZ et Sollers. Avtovaz et la joint-venture Renault-Nissan ne ressentiront quasiment pas la baisse des aides pour le remboursement des intérêts sur les crédits : durant la période de crise en 2009 et 2010, les entreprises ont contracté des prêts sans intérêts auprès de l’entreprise publique russe Rosstekhnologuii, qui ont été prolongés par la suite. « Les financement sont convenus avec les constructeurs automobiles et les réductions sont établies en fonction de la situation du secteur. Nous actualisons notre programme d’investissements environ cinq fois par an. Le ministère de l’Industrie et du commerce surveille ce processus de très près et consacre les moyens supplémentaires à d’autres objectifs », a expliqué à Izvestia Elena Matveïeva, représentante de l’entreprise Russian Machines

Les analystes estiment que la diminution des financements est due au fait que le secteur automobile n’est plus en crise. « La baisse du soutien public résulte des nouvelles demandes formulées par les producteurs automobiles pour financer les intérêts. Mais les moyens dégagés à ces fins sont parfois trop élevés. L’argent suffit cependant pour les programmes d’investissements qui existent et les subsides seront reçus dans leur entièreté », est convaincu l’analyste de VTB Capital Vladimir Bespalov. « Il est en effet peu probable qu’un constructeur automobile refuse volontairement des aides. Le ministère des Finances cherche des secteurs dont les financements pourront être réduits. Il estime que le secteur automobile en fait partie, et c’est probablement vrai. La pression de la dette sur les producteurs nationaux est encore forte, mais la balance entre les créances et les revenus permet aux entreprises de la gérer et d’investir dans la production. C’est pourquoi le soutien de l’État diminue », précise l’analyste de Sberbank Investment Research Mikhaïl Ganieline.

Mis à part la limitation des aides aux constructeurs automobiles, le ministère de l’Industrie et du Commerce compte également réajuster le financement du programme de crédits automobiles des personnes physiques. Ce programme, qui proposait un financement partiel du taux d’intérêt sur les prêts des particuliers, a pris fin l’année passée. Les remboursements aux banques continueront jusqu’en 2014, mais le budget prévu par le ministère de l’Industrie et du Commerce est passé de 6,4 milliards de roubles à 6,1 milliards (de 160 millions à 152,5 millions d'euros). Le financement des crédits autos passera de 3,3 milliards à 3,2 milliards de roubles (de 82,5 millions à 80 millions d'euros) cette année, et de 2,1 milliards à 1,7 milliard de roubles (de 52,5 millions à 42,5 millions d'euros) l’an prochain. On s’attend néanmoins à une hausse d’1 à 1,2 milliard de roubles (de 25 à 30 millions d'euros) pour 2014. Les experts pensent que ces restrictions budgétaires résultent du souhait et des capacités des acheteurs à amortir leur crédit de manière anticipée. Au ministère des Finances, on estime apparemment aussi qu’après l’entrée de la Russie à l’OMC et l’introduction d’une taxe écologique, les Russes seront obligés d’acheter de nouvelles voitures fabriquées dans le pays et sans conditions préférentielles pour leurs crédits. 


Article original (en russe) disponible sur le site d'Izvestia.

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