« Ce sont le Qatar, la Libye et les Saoudiens qui paient »

Mahmoud al-Hamza : « Israël gagne à ce que les Syriens eux-mêmes détruisent la Syrie.« Crédit : RIA Novosti

Mahmoud al-Hamza : « Israël gagne à ce que les Syriens eux-mêmes détruisent la Syrie.« Crédit : RIA Novosti

La semaine dernière, on a appris les plans de Washington visant à créer un nouvel organe de direction de l'opposition syrienne : le Conseil national d'initiative (CNI), voué à remplacer le Conseil national syrien (CNS) accusé par la Maison Blanche d’avoir épuisé son efficacité. Le représentant des insurgés syriens et membre du CNS Mahmoud al-Hamza, dans une interview au journal Vzgliad, explique pourquoi les Etats-Unis ont proposé de remplacer l’organe de direction de l'insurrection.

Il y a un an, en Libye, les rebelles ont créé le Conseil national de transition, qui a gouverné sur le territoire pris aux troupes de Mouammar Kadhafi. Quelle est la différence entre l'analogue libyen et le Conseil national syrien ?


En Libye, l'opposition était très faible. Sous Kadhafi, la vie politique était pratiquement inexistante. Leur activité politique n'avait pas encore commencé, et ils ont immédiatement entamé la résistance armée. Ils ont été aidés par le fait que, pendant une semaine, l'OTAN est intervenue et le soulèvement a commencé. Par conséquent, le Conseil national de transition a vu le jour dès le début, et tous se sont rassemblés autour de lui.

Mais la Syrie a une longue histoire, elle est au coeur du monde arabe et y exerce une influence. Par conséquent, l'activité politique du peuple est plus importante en Syrie qu'en Libye. Et le Conseil national syrien n’a été formé que sept mois après le début du conflit, en octobre.

Donc cette vie politique vigoureuse fait obstacle à l’unification ?


Il était très difficile de rassembler les gens. Parmi les opposants règnait une atmosphère de crainte et de méfiance, les gens avaient peur les uns des autres. Ainsi, au cours des sept premiers mois, les gens se rendaient uniquement à des manifestations pacifiques, et le gouvernement utilisait la violence en réponse. Mais dès le début du soulèvement, les gens se sont peu à peu armés de courage et ils ont commencé à chercher des moyens de se rassembler.

Pourquoi êtes-vous brouillés avec le Département d’Etat américain ?


Depuis le début, les États-Unis ont prononcé des propos grandiloquents : nous soutenons le peuple syrien, nous sommes pour la démocratie, pour les droits de l'homme et ainsi de suite. Mais en fait, pendant 20 mois, non seulement les Américains n'ont pas aidé, mais ils ont en outre retardé l'aide. Je comprends que les intérêts des États-Unis sont liés à ceux d'Israël. Israël gagne à ce que les Syriens eux-mêmes détruisent la Syrie. Assad détruit l'infrastructure, il bombarde toutes les villes. Il réalise en réalité le plan dont Israël à besoin.

Cependant, vous avez accepté d'entrer dans le Conseil national d’initiative (CNI). Qu'espérez-vous de cet organe?


La nouvelle organisation vise à fédérer l'opposition. Je connais la structure proposée : le CNS occupera environ 1/3 du nouvel organe, un autre tiers sera représenté par la jeunesse révolutionnaire de Syrie, et le tiers restant par différentes organisations et individus. Ceci semble bon en principe. Il est nécessaire de réunir l'armée et toute l'aide dans un seul organe central.

Y aura-t-il dans la direction du CNI suffisamment de figures influentes capables d’unifier l’opposition ?


Peu nous importe qui sera à sa tête. Cela ne dépend pas des personnes. Tout est dans la ligne politique qui mènera le nouvel organe. Quant à l'aide financière accordée au CNI, il est difficile d’en parler pour le moment. Les Etats-Unis n'ont rien payé du tout. Ce sont le Qatar, la Libye, et les Saoudiens qui paient. Les Américains ont peut-être uniquement fourni un soutien avec de l'aide humanitaire.

Est-il vrai que, parmi les rebelles, Al-Qaïda joue un rôle croissant, et qu’on voit arriver de plus en plus de fanatiques islamiques de différents pays ? Quelle est la part des islamistes parmi les rebelles?


C'est un mensonge absolu, il s'agit d'une exagération énorme. La révolution syrienne est la plus grande révolution de l'histoire de l'humanité. Mais dans le monde entier on cherche à la ternir. Concernant la proportion des islamistes, je peux vous dire que 95% ou plus est strictement constitué de Syriens. Mais, bien sûr, les frontières de la Syrie sont ouvertes de presque tous les côtés, car le pouvoir de Bachar al-Assad ne peut pas assurer la sécurité du pays. Et n’importe qui y pénètre. Nous ne les avons pas invités ! Très franchement, ils nous causent du tort.

Texte abrégé. Original sur le site de Vzgliad. 

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