Le retour du « Cogneur »

Kirill Svetlyakov, commissaire de l’exposition : « L’Oudarnik est à l’image de l’ère soviétique : à la fois archaïque et moderne ». Source : service de presse

Kirill Svetlyakov, commissaire de l’exposition : « L’Oudarnik est à l’image de l’ère soviétique : à la fois archaïque et moderne ». Source : service de presse

Le légendaire cinéma Oudarnik (« cogneur », en russe), « va redevenir un phare de la vie culturelle moscovite après avoir disparu de la scène pendant plus d’une décennie », se réjouit Chalva Breus, entrepreneur et mécène russe. La fondation ArtChronika, qu’il préside, a reçu de la Mairie de Moscou, propriétaire de l’Oudarnik, un bail de 49 ans pour transformer le lieu en musée d’art contemporain. Construit en 1931, l’Oudarnik a tour à tour été un cinéma et un théâtre qui a fonctionné même aux heures les plus noires de la seconde guerre mondiale. Mais dans les années 90, l’endroit s’est peu à peu dégradé et le rez-de-chaussée a été occupé par un casino. Heureusement, un sursaut culturel observé ces deux dernières années, grâce notamment au changement de maire, a contribué à redonner à l’Oudarnik sa fonction culturelle première.

La première exposition s’y tient depuis vendredi 26 octobre. Celle-ci est dédiée aux artistes nominés pour le Prix Kandinski, la distinction la plus respectée du monde de l’art contemporain russe. Les visiteurs peuvent admirer sur trois niveaux les œuvres de 35 artistes appartenant à deux sélections : le prix de l’année et le prix du meilleur jeune artiste. Dans la 1ère sélection figurent des artistes mondialement reconnus comme les vidéastes d’AES+F, le maître du land art Nikolay Polissky, le sculpteur Dmitry Gutov et le plasticien Andrei Monastyrsky. AES+F est présent avec son dernier projet « Allegoria Sacra » qui a déjà été montré dans divers lieux de la capitale. Nikolai Polisski est plus rarement exposé, sans doute à cause de la taille monumentale de ses œuvres. Son « Esprit Universel » trône au centre du salon d’honneur, tel un cerveau de bois commandant tout l’espace alentour. Le second étage (l’ancienne salle de cinéma) est baignée dans la pénombre, mais grâce à de savants éclairage, plusieurs installations y font merveille, en particulier « l’Heure H » de Grisha Bruskin. Cette série de sculptures blanches représente les phobies du citoyen soviétique, avec un humour et une justesse appréciable.

« l’Heure H » de Grisha Bruskin. Source : service de presse

Tous les médias, tous les supports sont présents, de la vidéo aux installations, à l’art conceptuel. On trouve du post-Duchamp (le ready-made de Jilaev), de la peinture (Safronova), du dessin, des maquettes (la remarquable « Usine Utopie » du groupe ZIP), des collages et bien entendu, beaucoup de photographie (Gavrilova et Khoroshilova). Dans la variété des thèmes abordés, on note la forte présente de la religion, et pas seulement orthodoxe, mais également musulmane (Garunov). Le thème de l’immigration (Khoroshilova) et l’apocalypse (AES+F).

Par Safronova. Source : service de presse

Le jury composé presque pour moitié d’experts internationaux, rendra public une présélection de trois vainqueurs dans chaque catégorie. Les deux vainqueurs ultimes ne seront annoncés qu’au début décembre. Les visiteurs sont d’ailleurs invités à donner leur avis sur le site www.kandinsky-prize.ru, comme lors des éditions précédentes. L’exposition pour sa part, restera ouverte au public jusqu’au 16 décembre prochain. Tout l’espace de l’Oudarnik a été repensé pour accueillir des expositions. Kirill Svetlyakov, commissaire de l’exposition, souligne que l’Oudarnik n’a pas été conçu pour accueillir des œuvres plastiques, mais assure que l’espace sera repensé entièrement à l’aide d’architectes pour tirer au mieux profit de son caractère particulier. « L’Oudarnik est à l’image de l’ère soviétique : à la fois archaïque et moderne. Nous avons conservé ces deux temporalités tout en les synchronisant avec les œuvres d’art. Cela permet au visiteur de jouer avec le temps et de se « synchroniser » lui-même ».

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