Les Cosaques de retour à Paris

Crédit : Maria Tchobanov

Crédit : Maria Tchobanov

Des cosaques du Don participant à la randonnée équestre Moscou-Paris ont parcouru en 70 jours près de 3 000 km à cheval, traversant le territoire de six pays, avant d'achever leur périple avec un défilé solennel dans la dernière résidence de l'empereur Napoléon à Fontainebleau.

Un détachement de 23 cosaques, parti de Moscou le 12 août, a suivi le même itinéraire que les troupes russes il y a 200 ans, quand elles se lancèrent à la poursuite de l'armée en retraite de Napoléon. Peu avant la fin du périple, les participants ont déposé une gerbe au pied du monument à l'empereur français dans la ville Montereau. « Nous ne sommes pas venus ici pour célébrer la victoire à laquelle ont participé nos ancêtres. Nous avons fait ce voyage pour honorer la mémoire de tous les soldats qui sont morts à cette époque pour leur patrie », a assuré l'auteur de l'idée et meneur de cette randonnée sans précédent, l'éleveur de chevaux Pavel Mochtchalkov.

Durant l'élaboration de l'itinéraire, c'est lui qui a insisté pour que cette action ne se transforme pas en spectacle folklorique où l'on déplacerait les chevaux dans des camions spéciaux, mais permette de montrer les capacités de la race des chevaux du Don. Mochtchalkov est lui-même cosaque de père en fils, son grand-père l'a mis sur un cheval à l'âge de trois ans. Aujourd'hui, le retraité de 70 ans rêve de faire revivre la race des chevaux de Don, qui est sur le point de disparaître.

Historiquement, les Cosaques étaient chargés de préserver et de perpétuer la race, raison pour laquelle ils ne combattaient jamais sur des juments. Cependant, on ne compte aujourd'hui en Russie que 200 juments de race Don. « Afin de préserver la race, il faut tout un réseau de haras et un soutien de l'État. À cet égard, j'envie vertement mes collègues européens », a reconnu M. Mochtchalkov.

Les chevaux résistants et faciles à vivre ont été élevés spécialement pour les randonnées de longue distance. Napoléon lui-même rêvait d'en posséder dans son armée. Ce n'est pas surprenant : après avoir parcouru 3 000 km, les chevaux du don n'ont perdu ni en grâce, ni en allure. Le public a pu s'en convaincre avec le spectacle final des cosaques, qui a eu lieu samedi 20 octobre au Stade équestre du Grand Parquet de Fontainebleau.

Non seulement les chevaux n'avaient pas l'air fatigué, mais ils caracolaient parfois sous les Cosaques du fait de leur trop-plein d'énergie, montrant de tout leur être qu'ils étaient prêts pour de nouveaux exploits. Et quand les Cosaques ont montré un des éléments de l'art équestre, galopant le long des tribunes l'épée dégainée, ils ont littéralement déclenché un tonnerre d'applaudissements.

La préparation de la randonnée et la direction du détachement de Cosaques a été assurée pendant tout le chemin par l'ataman Alexander Kolyakine. Durant sa vie, il s'est essayé à de nombreuses professions : cinéaste, directeur du palais de la culture, projectionniste, conducteur de moissonneuse, maçon, conducteur, et même secrétaire du Komsomol. Pendant plus de 20 ans, il a entraîné des participants à des sauts d'obstacles, préparant plus de 1 500 athlètes.

Quand en 2011, on lui a pour la première fois présenté l'idée d'une randonnée Moscou-Paris, il y a immédiatement cru. « Etre cosaque c'est un état d'esprit, c'est être prêt à traverser toutes les épreuves, en respectant les traditions et les canons selon lesquels nos ancêtres ont vécu. Bien sûr, ce n'était pas facile. La fatigue s'est accumulée. Nos familles sont restées à la maison. La préparation a duré une année entière. Mais les gars ne m'ont pas déçu : personne ne s'est plaint, et pourtant il fallait parfois dormir à la belle étoile, rester sans dîner, gravir des pentes rocheuses escarpées », a raconté Alexander Kolyakine.

Les participants de la randonnée ont visité le cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois pour honorer la mémoire des Cosaques ayant fait le chemin douloureux de la Guerre civile et de l'émigration. Ils ont également visité le Musée du Régiment cosaque de la garde impériale dans la ville de Courbevoie (banlieue parisienne). Ce musée contient la plus grande collection au monde de reliques et de trophées accumulés au cours de 150 ans d'histoire du régiment, formé en 1775 sur ordre de l'impératrice Catherine II.

Enfin, certains membres de l'expédition ont décidé de se remémorer le bain historique des chevaux par les cosaques dans la Seine et ont plongé dans la rivière, malgré la pluie et la couleur hivernale de l'eau.

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