La librairie du Globe fêtera survie à ses 60 ans !

François Deweer, directeur de la Librairie du Globe. Crédit : Maria Tchobanov

François Deweer, directeur de la Librairie du Globe. Crédit : Maria Tchobanov

Cette année, la Librairie du Globe, maison du livre russe à Paris, fondée à l’époque soviétique, fête son 60e anniversaire. Au lieu de la fermeture, c’est la renaissance du magasin qui sera célébrée.

Il y a quelques mois, on a vu apparaître dans la vitrine de la Librairie du Globe, boulevard Beaumarchais, une annonce : liquidation totale du stock, 50%  de remise sur tous les livres. En janvier 2012, le directeur de la librairie, François Deweer a lancé pour la première fois publiquement à tous les sympathisants un appel au secours : il faut sauver de la faillite la principale tribune de la littérature russe en France. Toute la communauté russophone de Paris a retenu son souffle dans une attente anxieuse. « Le Globe n’était pas seulement une  librairie, mais également un club de discussion, un centre qui attirait des personnalités artistiques extraordinaires, indépendamment de leurs convictions politiques, et simplement un lieu de rencontre », assure Irina Monthéard, enseignante de russe et fidèle cliente du magasin.

Fondée en 1952, la librairie était l’un des outils de la propagande soviétique, et à la fois l’unique endroit qui vendait des livres publiés en URSS. La majorité des acheteurs étaient des étudiants de langue et littérature russes, il y en avait alors beaucoup plus qu’aujourd’hui. La librairie servait de point de ralliement de tous ceux qui se passionnaient pour les écrivains soviétiques et russes. On y trouvait Raspoutine et Astafiev, tandis que Paoustovski, Aitmatov, Ouspensky et Rybakova venaient dédicacer des livres à leurs admirateurs.

Sur la vague de la perestroïka, avec l’intérêt renouvelé pour tout ce qui est russe, la librairie a connu une heure de gloire, mais dans les années 1990 elle a perdu ses subsides et a commencé à couler.

Après avoir travaillé pendant quelques années en Russie, Fançois Deweer, spécialiste de langue et civilisation russes, rentre en France, en 2001. Il rencontre par hasard des gens en train de se battre pour sauver la librairie qu’il connaissait bien depuis le banc d’école, puisqu’il a commencé à apprendre le russe en 6e. En 2003, la Librairie du Globe finit par faire faillite et mettre la clé sous la porte. C’est alors que François et deux amis trouvent l’argent nécessaire pour le rachat de son fonds de commerce. La nouvelle version de la librairie indépendante ouvre, sous sa direction, en 2004. « Nous considérions que Paris devait avoir une librairie présentant la Russie dans toute sa diversité, et qui permettrait, à travers le livre, de découvrir la culture russe », explique François Deweer.

Ces dernières années, les plus grandes plumes de la littérature russe sont venues au Globe pour rencontrer les lecteurs : Oulitskaïa, Sorokine, Prilépine, Kourkov, Guelassimov, Marinina, Akounine.

En 2010, la librairie a obtenu le label L.I.R, créé pour reconnaître, valoriser et soutenir les choix et le travail qualitatifs des libraires indépendants. Malgré toutes les difficultés du monde du livre, le Globe a réussi à se maintenir à flot pendant quelques années. Mais avec le développement de l’édition numérique et la baisse en France du nombre d’établissements scolaires enseignant le russe, sur fond de crise dans l’édition et la diffusion, la librairie a commencé à éprouver de plus en plus de difficultés financières qui ont fini par devenir insurmontables pour le petit commerce spécialisé et indépendant.

La direction a tenté par tous les moyens de trouver une sortie de l’impasse, en cherchant des sponsors, en s’adressant à des organisations gouvernementales et non-gouvernementales. Finalement, il s’est trouvé un mécène, qui désire garder l’anonymat.

Désormais le Globe aspire à se reconvertir en véritable plateforme culturelle, offrant des cours de russe, un club d’échecs, un studio pour enfants et un salon de thé. La librairie est ouverte à toutes les initiatives associatives, artistiques et pédagogiques.

La vente de livres par Internet devrait étendre sensiblement le réseau des clients, tandis que le contenu vidéo et audio du site du magasin élargira l’auditoire des rencontres littéraires et soirées thématiques. Le catalogue des livres pour enfant sera enrichi ce qui permettra de rassembler autour de la librairie les parents soucieux de préserver le russe au sein de la famille.

La direction a aussi des ambitions éditoriales, par exemple une nouvelle édition, retravaillée et adaptée, du dictionnaire franco-russe, et, dans l’avenir, la création de nouveaux dictionnaires, en collaboration avec les maisons d’édition russes. « Avec la baisse de l’enseignement du russe en France, les éditeurs russes ont cessé de s’intéresser à la publication de manuels et de dictionnaires », regrette François Deweer. Et de conclure, optimiste : « La personne qui a accepté de nous soutenir veut créer cette plateforme culturelle protéiforme. Pour nous, il est essentiel de ne pas devenir un centre d’influence idéologique et de ne pas présenter la Russie que d’un seul côté ».

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