Rennes découvre des Moscovites saisis tels qu’ils sont... ou étaient

Le duo italien présente des clichés réalisés lors de trois pé-riples à Moscou. Quarante-cinq photographies sont exposées sur la place de l’Hôtel de Ville de Rennes jusqu’au 4 novembre.

« Moscou Plages » est la contraction de deux expositions parallèles des photographes italiens Albert & Verzone, qui travaillent ensemble depuis 21 ans. Une collaboration qui a justement démarré à Moscou en 1991, lorsqu’ils réalisèrent une série de portraits de Moscovites, deux semaines à peine après le putsch des colonels du KGB. 

Le côté Plages de l’exposition correspond au projet « SeaEuropeans », un voyage dans l’Europe balnéaire. Mais la partie la plus intéressante est la moscovite, qui n’a évidemment rien de balnéaire. Alessandro Albert et Paolo Verzone se sont rendus trois fois ensemble dans la capitale russe pour y capter l’âme de ses habitants à trois époques distinctes : 1991, 2001 et 2011. Pour eux, l’appareil photo « peut devenir une machine à voyager dans le temps ». D’autant plus que Moscou a tendance à faire des sauts bizarres dans le temps, en arrière comme en avant. Ce qui se traduit sur les visages et les accoutrements de ses habitants. 

Non russophones, les deux artistes ont disposé des panneaux expliquant en russe aux passants qu’ils cherchaient des gens prêts à poser dans la rue. Les lieux qu’ils ont choisis pour réaliser les portraits sont des endroits qualifiés de « stratégiques »,  porteurs d’une signification historique, et même s’ils ne sont pas dévoilés dans le cadre de la photographie, ils inspirent les artistes et influent sur l’attitude du sujet photographié.

Au fil des trois séquences réalisées chacune à une décennie d’intervalle, les sites sont presque toujours les mêmes. Au contraire des sujets, midinettes aguicheuses, militaires, femmes au foyer, vétérans de la Seconde Guerre mondiale, employés de bureau, immigrés, hommes d’affaires, bandits, grand-mères, ex-taulards, fliquettes... des gens ordinaires pour la plupart, saisis dans des poses d’un naturel confondant. 

Les photographes expliquent qu’ils ont eu recours à des stratagèmes psychologiques pour obtenir des passants des poses non étudiées. Verzone souligne qu’il préfère l’improvisation à un long travail directionnel de la part du photographe. Les deux artistes se positionnaient intentionnellement à côté de l’objectif, et non pas derrière, pour déstabiliser leurs modèles mais aussi pour  que la séance de pose ne soit pas conventionnelle, ce qui aurait conduit les passants à se figer dans des attitudes convenues.

Saisis dans des expressions intermédiaires, les Moscovites laissent échapper leur naturel. La variété des visages, des accoutrements et parfois même des expressions faciales a quelque chose de frappant. Les différences d’une décennie à l’autre  sont notables dans les vêtements, alors que la spécificité des  individus demeure évidente.

Presque tous portent en eux quelque chose de typiquement russe (ou soviétique). Ils gardent un côté exotique, étranger, que ce soit sur des clichés de 1991 ou de l’année dernière. Le talent d’Albert & Verzone réside dans le fait qu’ils ont su capter l’essence de la Moscovie, une sorte de monde parallèle en évolution rapide, mais qui, grâce à leur travail, nous est plus proche. 

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