Savoir utiliser l'union douanière

Les investisseurs européens suivent de près la réalisation par la Russie de ses obligations envers l’OMC. Source : service de presse

Les investisseurs européens suivent de près la réalisation par la Russie de ses obligations envers l’OMC. Source : service de presse

Quels sont les avantages et risques potentiels liés aux investissements sur le marché russe ou dans d’autres pays membres de la CEI ? Des experts se sont rassemblés le 16 octobre à Moscou au forum « Business européen : de la Russie vers l'Ukraine, le Kazakhstan et la Biélorussie », organisé par la Chambre de commerce franco-russe, afin de tenter de répondre à cette question.

Il y 21 ans, la Russie et les anciennes républiques de l’Union soviétique ont dû faire un choix pour l’avenir de leur développement politique et économique. Selon Andreï Kouchnirenko, directeur du département de coopération économique du Comité exécutif de la CEI, la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan et l’Ukraine ont choisi la même voie, à savoir l’adoption d’une économie de marché tout en misant sur une intégration à l’économie mondiale.

« Ces pays ont tous connu une augmentation de leur PIB par habitant durant cette période, mais à des degrés différents. Au Kazakhstan et en Biélorussie, cet indice a doublé, ce qui n’est pas le cas de l’Ukraine par exemple », ajoute Kouchnirenko.

Stabilitéducours


« On observe une forte demande de matières premières auprès des nouveaux acteurs économiques  sur les marchés mondiaux », indique également Kouchnirenko. Boris Kisselevsky, adjoint du chef des Services de l’ambassade de France en Russie, confirme ces propos en prenant comme exemple la rapide croissance du secteur des hydrocarbures au Kazakhstan. Ce pays offre d’ailleurs plusieurs avantages, tels que sa stabilité macroéconomique ou son économie diversifiée et moderne, mais aussi une stabilité politique assurée par la constance du pouvoir. Noursoultan Nazarbaev occupe en effet le poste de président du Kazakhstan depuis 1990 et compte briguer un nouveau mandat aux prochaines élections en 2016.

Daulet Kuatbekov de Deloitte Kazakhstan précise que parallèlement aux matières premières (hydrocarbures et uranium par exemple), le Kazakhstan est sur le point de devenir un acteur incontournable dans le secteur du blé, tout en développant activement son réseau de transport, point particulièrement important au vu de sa position entre la Chine et l’Iran. Kuatbekov compte également parmi les avantages du pays son inflation et son cours désormais sous contrôle, ainsi que la balance commerciale excédentaire du pays.

Mais les experts français estiment également que le marché kazakh présente des points négatifs tels que la rude adaptation politique du pays aux nouvelles règles du marché mondial et les difficultés pour trouver de la main d’œuvre qualifiée. De plus, le problème de l’évasion fiscale n’est pas encore réglé.

Un autre marché potentiellement intéressant est la Biélorussie qui, comme le Kazakhstan, se différencie par sa stabilité politique garantie par le président Alexandre Loukachenko.

« Si cette situation peut poser question d’un point de vue des droits de l’Homme, il s’agit d’un avantage dans le domaine des affaires », estime Dmitri Demidenko, directeur général de Skif Consulting.

« Les décisions prises en concertation avec les autorités et bénéficiant de garanties présidentielles sont ainsi pratiquement irrévocables. Ce sont principalement les investisseurs arabes et chinois qui profitent de cette situation à l’heure actuelle, et ce pour des raisons politiques. Par exemple, un parc industriel sino-biélorusse est déjà en place, mais les investisseurs d’autres pays pourraient en profiter. Si les investisseurs européens décident de prendre des risques, ils seront probablement récompensés », indique Demidenko.

Toujours selon lui, l’investisseur étranger est traité comme « une vache sacrée » en Biélorussie, statut qui lui offre un tas d’avantages comme, par exemple, la possibilité de travailler dans des zones économiques libres. Il faut bien se préparer aux nombreux contrôles fiscaux et à l’évaluation du potentiel de l’investisseur d’un point de vue de l’attribution d’emplois et des contributions sociales.

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Politisationdesdécisions économiques


Si l’économie biélorusse se caractérise par son absence d’élites régionales (toutes les décisions se prennent au centre), la situation en Ukraine est tout autre. Dans cet État, les liens entre les oligarques régionaux et le pouvoir politique sont très étroits. Dimitri Demidenko de Skif Consulting précise que les grandes entreprises souffrent beaucoup de l’instabilité politique dans le pays, provoquée par les changements successifs de pouvoir et d’élites économiques, contrairement aux PME qui ne sont presque pas touchées. Le haut niveau de corruption et les problèmes de remboursement d’impôts sur les bénéfices concernent néanmoins tout le monde.

Arnaud Dubien, directeur de l'Observatoire franco-russe, souligne une autre particularité de l’Ukraine, à savoir sa politique d’indépendance envers la Russie adoptée par les derniers leaders ukrainiens.

À la veille des élections législatives du 28 octobre prochain en Ukraine, les experts russes et européens jugent possible la politisation démesurée de la situation dans le pays.

Qu’attendre de l’adhésion àlOMC ?


Le marché russe est un des plus ouverts pour les investisseurs étrangers. Selon des sondages de l’Association des entreprises européennes, les principaux attraits du marché russe sont son potentiel élevé et ses prévisions positives, l’augmentation de son marché conditionnée par la création de l’Union douanière, le haut niveau de qualification de ses travailleurs, les bas prix des énergies et le faible niveau de concurrence. Les experts font également remarquer que la question de l’évasion fiscale est mieux gérée grâce à la mise en place de procédures dans les trois mois.

Selon Anna Brzozowskaya de la Représentation de l’UE en Russie (dont elle est expert en chef du département économique et commercial), les nouveaux investisseurs attendent de la Russie qu’elle renforce sa base législative afin de faciliter les échanges, qu’elle améliore ses infrastructures, qu’elle lutte contre la bureaucratie, et qu’elle améliore la mobilité des personnes. Elle ajoute également que les investisseurs européens suivent de près la réalisation par la Russie de ses obligations envers l’OMC, car leur respect ou non influencera leur comportement.

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