La médecine russe va se financer en bourse

Le groupe Medsi, un des leaders du marché russe de la médecine privée, a également trouvé au printemps un investisseur. Crédit : Kommersant

Le groupe Medsi, un des leaders du marché russe de la médecine privée, a également trouvé au printemps un investisseur. Crédit : Kommersant

Le gynécologue en chef de Moscou Mark Kourtser a créé la première et unique clinique d’accouchement privée en Russie et a même introduit sa compagnie en Bourse de Londres. Cet évenement est la preuve évidente, mais pas la seule, de la sortie de la médecine privée russe au niveau mondial.

L’introduction en bourse de l'entreprise chypriote MD Medical Group Investments (MDMG), créée par le gynécologue en chef de Moscou Mark Kourtser, s’est achevée la semaine dernière à Londres. Comprenant actuellement une série de cliniques de gynécologie privées ainsi que plusieurs hôpitaux et un centre périnatal, l'entreprise avait suscité au début de son existence des doutes chez les investisseurs, mais comme l’a montré la pratique, ces craintes étaient infondées. Lors de l’IPO à Londres, le prix de la société a été évalué à 900 millions de dollars, dans le haut de la fourchette indicative. M. Kourtser a, quant à lui, réussi à vendre 35% des actions pour 311 millions de dollars.

« La médecine privée est, actuellement, le secteur le plus attrayant de l’économie russe », estime le médecin interviewé par Kommersant-Dengui. « Nous avons été dispensés de l’impôt sur le revenu, tandis que la demande de services de qualité reste gigantesque, si bien que les bénéfices sont très importants. Et c’est la première fois que l’État nous aide réellement ».

Les deux vies d’un gynécologue

M. Kourtser a commencé sa carrière dans le secteur privé au début des années 1990, bien avant la fondation de la MDMG, créée en 2010.

« Comme beaucoup d’autres personnalités remarquables de notre domaine, il a très vite compris que les patients ne recevaient pas tous les soins médicaux dont ils avaient besoin, et que ce n’est pas dans un hôpital mais à la maison qu’on peut se faire de l’argent », indique l’académicien Alexandre Roumiantsev, chef du Centre d’hématologie, d’oncologie et d’immunologie infantile. « Mark et ses collègues ont alors créé ce type de service de soins médicaux ».

Jusqu’à présent, M. Kourtser fait tout son possible pour ne pas abandonner la pratique médicale. « J’ai toujours été médecin, chaque jour de ma vie. Tous les jours à sept heures du matin je suis dans le bloc opératoire de l’hôpital, souvent la nuit je fais accoucher, et même maintenant, alors que mon entreprise est prospère, la plupart du temps je suis un médecin », avoue le gynécologue.

Au milieu des années 1990, M. Kourtser s’est lancé dans l’élaboration d’un nouveau concept du business : la surveillance de la femme enceinte et du bébé pendant les premières années de sa vie. C’est sur la base de ce concept qu’au début des années 2000 a été fondé le réseau de cliniques « Mère et enfant ». Puis le médecin a ouvert un centre périnatal, ce qui lui a permis de recueillir la somme nécessaire pour son troisième projet : un hôpital surveillant non seulement la mère et l’enfant, mais aussi tous les membres d’une famille tout au long de leur vie.

« Pourquoi personne d’autre n’a créé une clinique d’accouchement privée en Russie? Ils ont peur de la responsabilité. Mais moi, je sais que quoi qu’il arrive avant, pendant ou après l’accou chement, j’assisterai à l’opération et tout se passera bien. Et j’ai la même confiance en mes médecins », déclare M.Kourtser.

Cette année a été très favorable pour la médecine privée russe. À l’instar de la MDMG, plusieurs autres entreprises ont réussi à attirer d’importants investissements. Cette expérience a été la première du type pour la plupart d’entre elles. A la fin du printemps, la Société financière internationale (SFI) a acheté 6% des actions de l’entreprise médicale Meditsina pour 35 millions de dollars. Et un mois plus tôt, le groupe d’investissement Baring Vostok Capital Partners a acquis 27% de l’European Medical Center (EMC), basé à Moscou, pour 100 millions d’USD. En outre, le groupe Medsi, un des leaders du marché russe de la médecine privée, a également trouvé au printemps un investisseur, bien qu’il s’agisse de la participation de l’État : le portefeuille d’actions bloquant de la société a été acheté par le Centre médical de l’intendance du maire de Moscou. Outre les investissements, le groupe Medsi a reçu de l’État plusieurs hôpitaux de nuit qu’il ne possedait pas auparavant.

Les médecins contre le marché gris


Selon plusieurs experts, le marché russe de la médecine privée affichera en 2012 une croissance de 20% et conservera ce rythme pendant encore plusieurs années. « La capitalisation des entreprises médicales privées a déjà atteint des dizaines de millions de dollars, mais les investisseurs de portefeuille s’attendent clairement à la croissance ultérieure de ce secteur. La prochaine réforme du régime d’assurance qui donnera aux cliniques privées le droit de participer au système d’assurance maladie obligatoire contribuera sans aucun doute à cette croissance, ce qui stimulera le marché », explique Vladimir Gourdous, PDG de Team Drive, qui dirige deux grands projets médicaux du groupe public russe Rosnano.

Cependant, toujours d’après certains experts, le facteur de risque principal pour le marché de la médecine privée, c’est la concurrence de la part des médecins des hôpitaux publics qui participent au marché gris, c’est-à-dire qui reçoivent le paiement directement des patients et pas de leurs hôpitaux. Le volume de ce marché est estimé à plusieurs centaines de millions de dollars par an. « Les perspectives du marché de la médecine privée sont très prometteuses, mais son développement est freiné par le marché gris, dont le volume est comparable à celui des services médicaux commerciaux. La situation peut changer suite à la reforme du régime d’assurance qui ouvrira l’accès aux services payants pour les simples patients », estime David Dounoua, chef du Centre d’endochirurgie et de lithotripsie.

Article original disponible sur le site du journal Kommersant.

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