Régionales : test pour des méthodes nouvelles

Evguenia Tchirikova, candidat au poste de maire de Khimki, et Alexeï Navalny. Crédit : Kommersant

Evguenia Tchirikova, candidat au poste de maire de Khimki, et Alexeï Navalny. Crédit : Kommersant

Lors des prochaines élections régionales du 14 octobre, 4870 scrutins se tiendront dans 77 régions de Russie. Cette fois, ce sera une véritable mise à l’épreuve non seulement pour les divers partis mais aussi pour le système dans son ensemble.

Selon la loi fédérale russe, les élections régionales se tiennent deux fois par an et servent en général aux politiques pour déterminer l’équilibre des forces dans l’arène politique. Or, ces éléctions d’octobre 2012 présenteront un intérêt particulier. Ce n’est pas seulement les partis ou les candidats qui vont passer à la loupe mais le système dans son ensemble. L’assouplissement de la législation en matière d’enregistrement des partis politiques a provoqué une nette augmentation de la quantité de joueurs sur l’échiquier politique : c’est dorénavant une quarantaine de partis politiques de courants divers qui se battront pour obtenir une place à l’assemblée législative ou dans le fauteuil de maire. Mais la problématique reste la même : qui sera le plus fort dans chaque région, le parti dit « du pouvoir », Russie unie ou l’opposition ?

Khimki


L’élection du maire dans la ville de Khimki, ville de l’oblast Moscou, aurait pu passer inaperçue si ce n’est quelques facteurs déterminants. Premièrement, Khimki est la ville la plus peuplée et la plus riche de la région de Moscou. De plus, sous le précédent maire elle a été à plusieurs reprises au centre de gros scandales, le plus connu étant celui du chantier de l’autoroute Moscou – Saint-Pétersbourg qui menaçait de destruction la forêt de Khimki et qui a provoqué de vives protestations des habitants de la ville. Troisième point qui attire l’attention sur les élections dans cette ville est la liste des candidats. Dès le début de la campagne, il y avait déjà 26 prétendants au fauteuil de maire, dont des personnalité assez éloignées du monde politique comme le chanteur de rock Sergueï Troïtski, alias « Paouk » (l’araignée). Toutefois, la véritable confrontation se jouera entre le maire actuel Oleg Chakhov et les deux opposants écologistes : Oleg Mitvol et Evguenia Tchirikova. Les politologues misent sur la victoire candidat du parti du pouvoir, Chakhov.

« C’est le candidat officiel, soutenu par Russie unie, bien qu’il se soit présenté formellement tout seul. Si tout se passe comme prévu, sans désaccords internes, l’électorat de Russie unie plus la ressource administrative devraient mener Chakhov à la victoire », considère le politologue Pavel Sviatenkov.

Les sondages confirment ces pronostics. Selon les chiffres du Centre panrusse d’étude de l’opinion publique, à une semaine des élections 41% des habitants de Khimki soutenaient Chakhov, 16% Tchirikova et 18% Mitvol.

Kaliningrad


Cette ville enclave russe en Occident intéresse les politologues non pas seulement par son traditionnel soutien de l’opposition et sa tendance à suivre volontiers les mouvements de protestation. Mais aussi car le futur maire devra, dans les cinq ans à venir, gérer plusieurs milliards de roubles d’investissements, destinés aux préparatifs de la ville pour accueillir la Coupe du monde de football de 2018.

Les candidats en lice sont : Alexandre Ïarochouk pour le parti du pouvoir et le seul candidat de l’opposition de gauche, le communiste Ïouri Galanine. Les spécialistes locaux évitent de se prononcer sur les résultats, se rappelant le flop de Russie unie aux législatives de décembre 2011 qui n’avait récolté alors que 25% des voix (l’un des pires scores du pays) battu par les communistes avec 31%. Etant donné qu’aujourd’hui, qu’à l’électorat communiste de Galanine s’ajoute celui du parti d’opposition Russie juste, il risque de faire un meilleur score encore. Toutefois, nombre d’experts continuent de douter de sa victoire, comme par exemple l’un des principaux organisateurs du mouvement de protestation à Kaliningrad, le député régional Solomon Ginzbourg. « Aucun représentant de l’opposition n’a su dépasser ses principes idéologiques et proposer un programme adapté à la ville alors que les citoyens ont besoin d’un bon administrateur. De fait, Ïarochouk se retrouve seul dans la compétition », considère Ginzbourg.

Le politologue Konstantin Kalatchev est également loin de parier sur la victoire de l’opposition. « Les habitants de Kaliningrad ne sont pas satisafaits du parti du pouvoir, mais ils ne voient pas d’alternative. C’est comme si Ïarochouk avait gagné d’avance avant même l’élection », a déclaré l’expert.

Nijni Taguil


Cette ville abrite la fameuse usine Ouralvagonzavod, connue pour produire la plupart des tanks russes mais aussi pour être très proche du président Vladimir Poutine. Durant les manifestations de l’hiver dernier, les représentants de la corporation avec à leur tête Igor Kholmanskikh ont déclaré être prêts à « débarquer à Moscou avec leurs gars pour disperser les manifestations ». Depuis, Nijni Taguil s’est forgé l’image d’une ville qui soutient en tous points le président, tandis que Kholmanskikh a obtenu le poste de représentant permanent du président dans la région.

Les élections du 14 octobre montreront à quel point les habitants de la ville partagent la position de Kolmanskikh et associés. Le duel électoral opposera Sergueï Nossov du parti du pouvoir et le candidat de l’opposition Andreï Mourinovitch.

Dans cette région également, les experts misent sur la victoire du candidat du pouvoir. Le chef du commité électoral régional Valéri Tchaïnikov émet toutefois des réserves. « Peut-être pour vous le résultat est évident, a-t-il avancé aux journalistes. Pas pour moi. Je suis quelqu’un de superstitieux. Cette fois-ci, 12 partis sont en lice. Qui va gagner, je vous le dirais le 15 octobre. »

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