Smartphone contre corruption

Au moment de l'écriture de ce texte, la somme totale des pots de vin avoués depuis le 24 septembre se montait à 144 000 roubles (environ 3 600 euros), dont 52,5% avaient été perçus par la police de la route.  Crédit : Itar-Tass

Au moment de l'écriture de ce texte, la somme totale des pots de vin avoués depuis le 24 septembre se montait à 144 000 roubles (environ 3 600 euros), dont 52,5% avaient été perçus par la police de la route. Crédit : Itar-Tass

Le site Bribr.org est une nouvelle façon anonyme de dénoncer la corruption. Les fondateurs du projet veulent amplifier le phénomène de rejet de la corruption dans la société et rappeler aux Russes que les fonctionnaires ne sont pas les seuls coupables en la matière.

Le site Bribr est arrivé sur la toile russe début octobre. Il s'agit d'une application mobile pour dénoncer des faits de corruption. Les créateurs soutiennent qu'il s'agit d'un projet apolitique : son objectif est la lutte contre la petite corruption ordinaire et non la mise en accusation de vastes phénomènes de corruption.

Bribr fonctionne ainsi : l'utilisateur télécharge l'application sur son iPhone et admet anonymement avoir versé un pot de vin alors qu'il conduisait en état d'ivresse. Il faut indiquer la somme, l'endroit où a été donné le pot de vin et choisir une catégorie. Le site Bribr.org donne des statistiques. Au moment où était rédigé cet article, la somme totale des pots de vin dénoncés s'élevait à 144 000 roubles (environ 3 600 euros), dont 52,5% avaient été perçus par la police de la route. Une carte sur laquelle sont pointés les lieux de prélèvement des pots de vin occupe la plus grande partie de l'interface.

« La corruption est le principal problème en Russie, mais la colère est dirigée contre les grands patrons, pas contre soi », explique la créatrice du site Evguenia Kouïda.


Dans son manifeste, l'équipe de Bribr prévient qu'elle ne peut pas garantir la véracité de chaque réponse et qu'elle compte sur la responsabilité des utilisateurs. Tous les messages sont modérés, les messages absurdes sont supprimés, sur la base du bon sens, les envois massifs depuis un même téléphone sont bloqués. « Nous ne prétendons pas être fiables à 100%. Il s'agit d'information et c'est un moyen de provoquer un sentiment de responsabilité de façon ludique », poursuit la créatrice. Les auteurs de Bribr ont l'intention de développer leur idée de rejet de la corruption hors-ligne. Des piles de billets de zéro rouble ont été imprimées, billets que l'on pourra imprimer à partir du site pour, par exemple, payer la police de la route ou bien les afficher ostensiblement au bureau. Nokia et Androïd préparent aussi des applications pour toucher les gens sur le sujet et mènent des discussions avec la représentation russe du centre international de recherche contre la corruption, Transparency International, sur un soutien du projet. La communauté d'experts et les célèbres opposants à la corruption restent pour l'instant circonspects quant à l'avenir du projet. « C'est un projet intéressant mais il est très spécifique et orienté vers une portion congrue de la population : les utilisateurs d'iPhone », estime Ivan Begtine, directeur de l'association à but non lucratif Culture d'information. « Comment font-ils pour identifier les fausses déclarations et les erreurs et pourquoi n'y a-t-il pas d'application pour Android ? », poursuit-il.

Les responsables du projet anti-corruption Rospil, créé par Alexeï Navalny, s'interrogent également sur le projet Bribr. « Pour une raison inconnue, les organisateurs refusent de prendre en compte les pots de vin importants, qui changeraient d'un seul coup leurs statistiques. Cela fausse le tableau d'ensemble. Ils vont cacher la grande partie de la corruption monumentale en Russie derrière la petite corruption domestique », d'après le juriste de Rospil Andreï Michtchenkov. 

Sources d'inspiration


En dehors du site indien « j'ai payé un pot de vin » (ipaidabribe.com), les fondateurs du site bribr.ru se sont inspirés du projet du journal The Economist, l'indice Big Mac, dont le but n'est pas d'apporter des données exactes mais de mesurer « la température moyenne ». Les journalistes comparent les prix du Big Mac dans différents pays du monde. À la base se situe la théorie de la parité du pouvoir d'achat : la valeur est liée à un produit donné. En prenant les Etats-Unis comme valeur moyenne et en comparant le prix dans plusieurs pays, The Economist est parvenu à la conclusion que le franc suisse était surévalué de 62%.

Projets analogues


Il y a un an, l'application pour iPhone Rosvziatka a été lancée par la compagnie iLabs. Le principe était exactement le même que pour Bribr. Une application à télécharger sur son iPhone, un clic sur l'aigle à deux têtes pour spécifier ensuite l'endroit et l'importance du pot de vin versé et choisir une catégorie. Les informations sont ensuite cartographiées. Le créateur du programme, Gueorgui Rozhko, raconte que l'application ne fonctionne pas aujourd'hui car « elle n'est pas à la hauteur ». Le projet Roskomvziatka a vu le jour en mars 2011. Le serveur permet aux utilisateurs de déclarer des pots de vin, de rentrer leurs informations sur la carte et, en même temps, de contrôler les informations relatives à la corruption dans le domaine public. L'information figure sur la carte. Aujourd'hui, les pots de vin révélés dépassent la somme globale de 2 millions de roubles (50 000 euros).

Article original en russe publié sur le site de Moskovskie Novosti.

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