Renault-Nissan autorisé à prendre le contrôle de Lada

Crédit : Itar-Tass

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Le service fédéral anti monopole russe (FAS) vient de donner son accord au groupe Renault-Nissan pour l’acquisition du paquet de contrôle d’actions du géant de la construction automobile russe AvtoVAZ, ce qui donne à l’alliance franco-japonaise le contrôle sur plus d’un tiers du marché russe des automobiles. Les investisseurs étrangers semblent viser davantage encore.

L'usine d'AvtoVAZ à Togliatti. Crédit : Itar-Tass

La demande officielle du groupe franco-japonais est examinée par les autorités anti monopole depuis août. Le directeur du service fédéral Igor Artemiev avoue se réjouir d’un tel accord. « Nous attendons de recevoir les documents officiels pour déterminer la nature du contrat. Mais ce que nous savons déjà, c’est que ce projet d’investissement de deux grosses entreprises étrangères alliées entre elles et qui veulent s’impliquer sur le marché automobile russe est extrêmement important pour la Russie. C’est une très bonne chose », a-t-il déclaré aux journalistes au printemps dernier. À l’époque, il était question du rachat du paquet majoritaire d’AvtoVAZ par le biais d’un coentreprise créée entre l’alliance Renault-Nissan et la corporation d’Etat Rostekhnologii. Les autorités anti monopoles ont fini par donner l’accord à cette transaction en précisant tout de même que, comme leur part de marché atteindra 35%, elles veilleraient à ce que la hausse des prix sur les voitures Renault, Nissan et AvtoVAZ fabriquées en Russie ne dépasse pas les 15% par an.

Le fond du contrat


Aujourd’hui, AvtoVAZ est détenu à 28,89% par Rostekhnologii, à 25% par Renault, et à 20,14% par la banque d’investissement Troïka Dialog. Les Français n’ont jamais caché leur volonté de prendre le contrôle du leader de l’industrie automobile russe, capable d’assurer le cycle de production dans sa totalité, depuis l’esquisse jusqu’à la commercialisation et le service après-vente grâce aux nombreux  garages répartis sur l’ensemble du territoire russe. Pour cela, d’ici la fin de l’anné,e Renault-Nissan et l’entreprise d’Etat Rostekhnologii projettent de créer une coentreprise avec une participation de 67,1% et 32,9%, qui d’ici à juillet 2014 devra détenir 75% d’AvtoVaz, plus 2 actions. C’est à dire que Renault-Nissan détiendra  50% d’AvtoVAZ plus une action et Rostekhnologii, 25% plus une action. Pour le rachat de l’ensemble des parts, y compris des actions de Troïka Dialog, la somme prévue était de 750 millions de dollars, dont 300 millions déboursés par Renault et 450 millions par Nissan. Or, aujourd’hui, il semble impossible à savoir combien en réalité devront dépenser les investisseurs étrangers pour l’acquisition du paquet de contrôle du géant automobile de Togliatti. Lors de la réunion du conseil d’administration qui s’est tenue à Paris la semaine dernière, le directeur de Rostekhnologii Sergueï Tchemezov a annoncé que le montant définitif du contrat sera déterminé à la fin de l’année. « En mai, nous avons conclu un accord de principe, stipulant la volonté réciproque de rentrer dans un cadre contractuel. Ensuite, nous avons entamé un audit préalable d’acquisition et commencé à constituer le dossier juridique. Mercredi s’est tenu le conseil d’administration d’AvtoVaz. Une fois encore, nous avons confirmé avec le Pdg de Renault-Nissan Carlos Ghosn sa venue à Moscou en mi-décembre pour conclure le contrat définitif sur la création d’une coentreprise et la réunion des parts en une seule main », a déclaré dans son interview au journal Kommersant Sergueï Tchemezov.

Il a signalé également que les Français ont évoqué le souhait de conserver au maximum le personnel dirigeant du géant russe, particulièrement le directeur actuel d’AvtoVAZ Igor Komarov. Le poste de président du conseil d’administration d’AvtoVaz sera occupé tour à tour par le PDG de Rostekhnologii Sergueï Tchemezov et le Pdg de Renault-Nissan Carlos Ghosn. « Je serai à la tête du conseil d’administration durant la première moitié de 2013. En juin, une réunion du conseil est prévue, et ce sera autour de Carlos Ghosn de remplir cette fonction, je serai alors son adjoint. Et on tournera, l’année suivante », a expliqué Sergueï Tchemezov.

Objectifs atteints ?


Selon les prévisions de l’agence Avtostat, cette année, le marché russe atteindra 2,72 millions d’immatriculations de voiture neuves, 180 000 voiture utilitaires et 130 000 camions légers et poids lourds, ainsi que 18 000 autobus. Le marché global compte ainsi 3,48 millions d’unités, ce qui représente une hausse de 10% par rapport à l’année dernière. De plus, d’après le directeur d’Avtostat Sergueï Tselikov, plus de 70% des automobiles vendues en Russie sont de fabrication russe. C’est à dire que le volume total de production d’automobiles et d’autobus en Russie sera de 2,22 millions d’unités, dont 1,95 millions de véhicules légers, soit une hausse de 12% par rapport à l’année dernière.

Le cumul du paquet de contrôle d’AvtoVAZ et des usines Renault-Nissan déjà existantes en Russie constitue, selon les calculs du service fédéral anti monopole, près de 35% du marché global des véhicules légers en Russie. Beaucoup d’experts restent sceptiques quand à ce chiffre et ne croient pas beaucoup aux perspectives pour AvtoVAZ d’accroître les ventes de leur marque Lada. Après la fin du programme de recyclage des vielles voitures, la présence d’AvtoVAZ sur le marché russe ainsi que le volume de production de son usine d’Ijevsk ont chuté à 20%. Il a été forcé, pour maintenir l’équilibre financier, d’augmenter le prix de ses voitures à trois reprises déjà cette année.

Toutefois, la stratégie du leader automobile russe sous la direction des Français sous-entend la conservation de la marque Lada et la hausse des ventes d’au moins 25% en Russie. « À condition que le volume total des véhicules légers produit par l’alliance Renault-Nissan et AvtoVAZ constitue plus de 50% du marché », précise Sergueï Tchemezov. En principe, la capacité de production de l’usine de Togliatti permet de sortir 1 million de voitures par an, celle d’Ijevsk, jusqu’à 250 000, l’usine moscovite Avtoframos, 160 000. C’est-à-dire que d’ici à 2015, l’alliance franco-japonaise pourrait assurer en Russie une production de 1,4 millions de voitures par an. En espérant que les acheteurs soient au rendez-vous.

Retrouvez l'article original (en russe) sur le site de l'Expert.

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