Orthodoxie et économie en Russie

La question des liens avec l’église et la modernisation est capable d’avoir « des conséquences pleinement positives ». Crédit : Itar-Tass

La question des liens avec l’église et la modernisation est capable d’avoir « des conséquences pleinement positives ». Crédit : Itar-Tass

Le miracle économique dans un pays orthodoxe est possible. Mais seulement si l'orthodoxie n'est pas remplacée par l'inertie et le paternalisme. Jusqu'à présent, leur niveau dans notre société est tel que les entreprises comme les citoyens ne sont pas prêts à prendre des risques raisonnables, mais se reposent plutôt sur le hasard russe.

Le moment de reproduction


L'orthodoxie russe est un mirage. Il donne l’espoir du confort pour certains, à d’autres il inspire la crainte dans l'avenir du pays et cherche à devenir un bastion du fondamentalisme religieux. La réaction naturelle à des conditions changeantes est devenue méfiance, le rejet et le désir pour quelqu'un de pauvre au gouvernement ou à l'église. Et l'Église elle-même au fil des ans s’est « appuyée » de plus en plus sur le pouvoir et exprimer des idées de puissance, proches de nombreux citoyens de l'ère soviétique. « Le mouvement est venu de plusieurs côtés, du côté de l'église, de celui des autorités, et de la majorité de la population », constate Boris Doubine du Centre Levada. Dans les années 2000, l'alliance précédemment naissante s’est renforcée.

« Les gens sentent une sorte de soutien dans le fait que les autorités ne sont pas étrangères à l'orthodoxie et que l'orthodoxie n'est pas étrangère aux autorités, dit le sociologue. Ce n'est pas une symbiose temporaire. Elle a des racines plus profondes et, je pense des perspectives plus lointaines que les seules six années du mandat du président actuel. » Voilà un partenariat prometteur, construit sur le rejet de sa propre responsabilité, malheureusement, ça n’augure rien de bon pour l'économie russe.

Code culturel de l'anarchie


Au final, bien que l’orthodoxie, comme les religions  avec une hiérarchie (Catholicisme et Islam) ne peuvent être considérées comme les plus profitables pour le développement économique (à la différence du protestantisme et du confucianisme), la croyance en elle-même dans l’enfer et le paradis n’a encore nuit à personne. Cependant chez les Russes (dont 75% se considèrent comme orthodoxes) on est mauvais en croyance (seule 58% de la population croit aux cieux, indique une étude du Centre Levada en 2010.). Selon la méthode du sociologue hollandais Geert Hofstede, le niveau d’individualisme des Russes a été évalué à 39 points sur 100 possibles. En outre, les Russes ont reçu 36 points pour la masculinité (ce qui implique la stabilité, la volonté de succès, le souhait d’être un gagnant), 95 pour éviter l'incertitude et 93 - pour la distance du pouvoir (disons, la volonté de croire que la puissance publique est distribuée de façon inégale et certains « égal » d'autre part, le paternalisme et l'autoritarisme). L’évaluation des Russes selon des paramètres d’« orientation à long terme » n’est pas donnée sur le site du centre Hofstede, mais dans ses travaux précédents et dans ceux d’un certain nombre d’autres sociologues, ce chiffre a été estimé entre 40 et 50 avec des scores faibles.

L’individualisme et la distance vis-à-vis du pouvoir sont dans tous les cas des facteurs décisifs corrélés à l’efficacité du gouvernement, la primauté du droit et les résultats des règles de lutte contre la corruption. En conséquence, le niveau de corruption en Russie doit être élevé, et la primauté de la loi et l’efficacité du gouvernement ne sont pas pris en charge. De plus, les coefficients Hofstede apparaissent être significatifs pour le niveau de diversification de l’économie et bien sûr la croissance économique.

Risque et culture


Au niveau des entreprises, le code culturel russe indique une impréparation à prendre des risques, ce qui est particulièrement visible dans les branches risquées par définition, par exemple en ce qui concerne le développement du secteur financier, le secteur des hautes technologies ou des ressources géologiques. En cela la capacité à prendre des risques n’est pas moindre que chez les organisations plus importantes.

Si les petites et moyennes entreprises sont prêtes à tout, « les plus grosses organisations se révèlent incapables de « créer une orientation sur l’innovation d’une culture corporative », indique un membre de l’entreprise Ernst and Young Galina Malochenko. Selon ses propres mots, c’est véritablement remarquable dans les entreprises qui ont été créées il y a plusieurs années sans avoir dépassé la mentalité de l’époque soviétique. Fuir l’incertitude apparaît dans le fait que pour atteindre de nouvelles technologies, les entreprises préfèrent acheter les petits joueurs que ces technologies ont déjà approuvés avec succès.

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Les managers essayent non pas de changer les choses pour un résultat optimal, mais de minimiser les dégâts possibles du changement, et leur motivation personnelle mène de plus en plus souvent à de gros salaires. « Le peuple comprend de plus en plus que l’initiative est commandée et la montrer n’est pas nécessaire, les exécutants sont plus estimés que les innovateurs dans notre système économique », indique le directeur de la faculté de système économique et social et de politique sociale VchE, Natalia Tikhonova.

 La matrice : le redémarrage


Les valeurs et les dispositions (et, en conséquence, les coefficients de Hofstede) peuvent changer avec le temps, mais ce sont des changements lents. « Il faut juste travailler avec des problèmes, comme le haut niveau de fuite et de ou la haute distance au pouvoir », - indique l’économiste Aleksandre Aouzane.

Il remarque que selon les données d’une analyse corrélée, parmi trois coefficients de Hofstede (la faible distance au pouvoir, l’individualisme et l’orientation à long terme) avec la modernisation est aussi liée la monté des rationalités séculaires à la place des valeurs traditionnelles et l’autoréalisation à la place de l’aspiration à la seule survie. En cela, à en juger par les exemples de nos compatriotes travaillant dans le secteur de l’innovation en Allemagne, aux Etats-Unis et en Russie, inhérent et l’individualisme (entre autre conflictuel), et l’aspiration a l’autoréalisation. C’est pourquoi ils s’inscrivent bien dans les petites entreprises en Allemagne et aux États-Unis et s’en sortent mieux que d’autres avec des tâches peu standards, mais il ne leur est pas possible de construire une carrière dans de grandes entreprises.

La religion, croit l’économiste, n’est pas un obstacle au processus, une autre expérience montre que la question des liens avec l’église et la modernisation est capable d’avoir «  des conséquences pleinement positives ». On peut prendre pour exemple l’empreint qui avait été réalisé à la fin du siècle dernier par les catholiques dans les régions catholiques du Sud en Allemagne, quand « les Bavarois sont devenus en quelque sorte de plus grands protestants que les protestants eux-mêmes, car en une décade après le deuxième Conseil du Vatican, l’église catholique a catégoriquement changé son interprétation des valeurs et des comportements ».

Article original en russe disponible sur le site de Kommersant

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