Les chemins de fer russes convoitent la logistique française

Chemins de fer russes a proposé à GEFCO une prime importante. Source : service de presse

Chemins de fer russes a proposé à GEFCO une prime importante. Source : service de presse

Les Chemins de fer russes (RZD) négocient l’achat de GEFCO, filiale logistique du constructeur automobile français PSA Peugeot Citroën, pour 800 millions d'euros. Il s'agit du premier gros actif du monopole ferroviaire à l'étranger. Toutefois, les dirigeants de Russian Railways espèrent développer grâce GEFCO les transports de conteneurs en Russie.

PSA Peugeot Citroën a annoncé hier le lancement de « négociations exclusives » avec les Chemins de fer russes (RZD) sur la vente de sa filiale logistique GEFCO. Pour acquérir plus de 75% des actions de la société de logistique, le monopole ferroviaire russe devra débourser 800 millions d'euros. Mais avant la transaction, GEFCO versera à PSA un dividende de 100 millions d'euros. En outre, Russian Railways s’est engagé à ne pas réaliser de changements au sein de la direction de la société.

PSA espère conclure l’accord de vente de GEFCO avant la fin de l'année, selon les matériaux de PSA. L’accord a déjà été approuvé la semaine dernière par le conseil d'administration des chemins de fer russes et le gouvernement, a confié un employé de Chemins de fer russes. Désormais, l'accord doit être autorisé par les autorités de la concurrence russe et française, indique PSA dans des documents. Outre Chemins de fer russes, GEFCO attisait les convoitises de Gores Group, Platinum Equity, PAI, ainsi que du consortium CVC et APE, rapporte l'agence de presse Interfax.

GEFCO a été fondée en 1949 et s’occupe du transport des composants et des véhicules finis de PSA Peugeot Citroën et General Motors, grâce à tous types de transports. Le volume transporté en 2011 a atteint 4 millions de voitures et de composants automobiles. La moitié d'entre eux a été transportée par la route, 30% par mer et 20% seulement par rail. Le parc de la compagnie comprend 3.500 conteneurs, 3.800 wagons plats et 30 navires pour le transport de fret roulant, notamment des automobiles. La société opère principalement en Europe occidentale. Selon Interfax, cette région représente plus de 75% de son chiffre d'affaires. PSA vend la société dans le cadre d’un programme visant à débarrasser l’entreprise de ses actifs non stratégiques. En 2012, GEFCO a signé un contrat sur cinq ans avec PSA Peugeot Citroën et General Motors.

Chemins de fer russes a proposé à GEFCO une prime importante, constate le directeur général d’InfraNews, Alexeï Bezborodov. Il estime l’ensemble de la société à 2-3 indicateurs EBITDA. Tels sont les multiplicateurs de ses concurrents, Panalpina et Kuehne + Nagel. Ainsi, l’ensemble de la société devrait coûter entre 446 et 669 millions d’euros. Cependant, pour acquérir 75% de la compagnie, RZD déboursera en réalité 900 millions d'euros, indique M. Bezborodov.

La partie russe cherche de longue date à pénétrer sur le marché européen, a déclaré un employé des chemins de fer russes. Il existait des entreprises semblables à ces fins, mais seule GEFCO était en vente, a-t-il ajouté. En cas d'achat d'un autre opérateur de transport, la prime aurait été encore plus élevée, assure la source du quotidien Vedomosti.

En vue de l’achat de GEFCO, RZD compte obtenir l'année prochaine un prêt assorti d'une possibilité de refinancement, a déclaré un représentant du monopole russe, ajoutant que des banques prêtes à financer l'opération avaient d’ores et déjà été trouvées. Les chemins de fer russes peuvent se permettre de réaliser un énorme achat à crédit. Fin 2011, la dette nette de la compagnie s'élevait à 189 milliards de roubles (4,7 mds EUR), et sa relation avec l'EBITDA était de 0,56 seulement (voir graphique).

L’intérêt pour la société logistique française est lié à l'intention des Chemins de fer russes de fonder une coentreprise logistique conjointe russo-biélorusso-kazakhe sur la base de Transcontainer (le monopole compte y introduire 50% + 1 action), a déclaré un employé de Russian Railways. On ne prévoit cependant aucun transfert de GEFCO. Mais même sans cela, la synergie sera atteinte grâce au fait que la société française possède des technologies éprouvées afin de travailler avec les clients et de livraison, et la coentreprise - des capacités sous forme de conteneurs, de plates-formes et de terminaux, a-t-il dit. Le but principal de l'achat est d’obtenir une part du marché européen et des technologies de transport de fret, résume un autre employé du géant ferroviaire russe.

Pourtant, le sort de la coentreprise logistique tripartite n’est pas encore scellé, rappelle un représentant d’un des ministères concernés. Il se pourrait que le gouvernement n'approuve pas le projet. En outre, on supposait jusqu'à présent que RZD vendrait une part de Transcontainer. Désormais, il est probable que le monopole russe utilisera l’achat de GEFCO comme prétexte pour conserver une participation dans Transcontainer, assure le fonctionnaire.

Il se peut que le gouvernement accepte d'inclure GEFCO dans Transcontainer afin de vendre par la suite la compagnie unifiée à un stratège, estime l'analyste d’IFK « Metropol » Andreï Rojkov. Dans le cas contraire, il n’aurait tout simplement pas autorisé les chemins de fer à conclure ce contrat, poursuit-il.

D’ailleurs, le sort de Chemins de fer russes lui-même est loin d’être clair. Il se pourrait que le monopole soit forcé de vendre tous ses actifs d’opérateur, se voyant réduit à une entreprise d'infrastructure, estime un des interlocuteurs de Vedomosti. Sur ordre du premier ministre, on a créé au sein du gouvernement un groupe de travail chargé de définir avant fin octobre la stratégie de développement des chemins de fer russes. Pour le moment, les fonctionnaires et les cadres de la compagnie ont des opinions divergentes. « Il existe une position précédemment énoncée selon laquelle Russian Railways devrait se concentrer sur les activités d'infrastructure », a déclaré dans une interview à Vedomosti le premier vice-premier ministre Arkadi Dvorkovitch. Il y a aussi la position du [président Vladimir] Iakounine, selon lequel Russian Railways devrait rester une entreprise logistique, c’est-à-dire s’occuper également des transports proprement dits.

Article original en russe publié sur le site de Vedomosti le 21.09.2012.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.