L’opposition renouvelle ses exigences

dirigeant du mouvement Solidarnost Ilia Iachine. Crédit photo : RIA Novosti / Alexey Kudenko

dirigeant du mouvement Solidarnost Ilia Iachine. Crédit photo : RIA Novosti / Alexey Kudenko

Les actions de protestation, le contrôle sur les élections régionales et la lutte pour la libération de manifestants emprisonnés seront les principaux thèmes soulevés par l’opposition russe durant cette nouvelle saison politique. Certains membres de l’opposition ont accepté d’aborder ces sujets, jugés comme fondamentaux, pour La Russie d’Aujourd’hui. Les analystes s’attendent à des changements stratégiques de l’opposition : les actions de protestation seront désormais accompagnées d’exigences sociales et de slogans anticléricaux.

Ilia Iachine, un des leaders du mouvement « Solidarnost », a parlé aux journalistes de la possibilité d’utiliser des slogans à caractère social. Selon le politologue Alexeï Moukhine, ils auront plus d’impact à l’automne, lorsque les Russes seront rentrés de vacances et auront senti les effets de la hausse des prix dans le secteur du logement. Les nouveaux tarifs sont entrés en vigueur le 1er juillet, mais ces mesures sont quelque peu passées inaperçues : la population s’intéressait en effet à d’autres sujets comme l’affaire du projet de loi sur les agents étrangers ou le procès des Pussy Riot.

Les slogans sociaux restent très populaires chez les Russes, mais d’après Moukhine, l’opposition ne devrait pas abuser de ce thème pour se concentrer sur la critique des démarches des autorités jugées répressives. « Cela ira des Pussy Riot au scandale lié au retrait du mandat de député à l’opposant Dmitri Goudkov, en passant par la situation des personnes arrêtées dans l’affaire du 6 mai, que les opposants considèrent comme des prisonniers politiques », estime Moukhine.

Les demandes de libération de prisonniers politiques sont encore assez fréquentes dans opposition. Cependant, le statut de prisonnier politique n’est pas défini par la loi russe, ce qui complique la situation. Les nationalistes, par exemple, considèrent Nikita Tikhonov et Evguenia Khassis, incarcérés pour meurtres, comme des prisonniers d’opinion, alors que les libéraux exigent la libération des Pussy Riot, dont les actions ne sont pas du tout en phase avec les idées des conservateurs russes.

Les opposants seront néanmoins d’accord sur 13 noms : ceux des personnes arrêtées et soupçonnées d’avoir attaqué des policiers lors de la « Marche des millions », qui s’est déroulée le 6 mai au centre de Moscou et a été considérée par les organes de sécurité comme des désordres massifs.

Après les actions de soutien au groupe punk Pussy Riot, les rassemblements pour la défense de ces prisonniers et la collecte de fonds afin de payer leurs avocats ont considérablement occupé l’opposition durant les vacances politiques. Et lors de la prochaine « marche des millions », qui se déroulera le 15 septembre, les demandes de libération des prisonniers du 6 mai constitueront un des thèmes principaux, comme le souligne Sergueï Vlassov, représentant du mouvement de défense des droits de l’Homme « Rosuznik ».

« Évidemment, il n’y aura pas le même battage médiatique que pour les Pussy Riot, mais le thème des arrestations du 6 mai aura une place importante », estime-t-il. Lev Ponomarev, leader du mouvement « Pour les droits de l’Homme », considère quant à lui que seules des manifestations de masse permettront de faire réellement bouger les choses.

L’opposition non représentée aura également à cœur de se légitimer. C’est pourquoi des élections à la Commission de coordination seront organisées fin octobre dans les rangs de l’opposition. Cette structure aura ainsi pour objectif de rassembler les politiciens protestataires. Plusieurs tentatives de créer un tel organe avaient déjà été entreprises par le passé, mais jusqu’à présent personne n’avait réussi. Dans le cas de cette commission, les chances de succès sont bien plus grandes car les opposants comptent organiser de véritables élections. Celles-ci auront lieu sur Internet et dans de vrais bureaux de vote partout en Russie.

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Le président de la commission d’élection, le politicien d’Ekaterinbourg Leonid Volkov, estime que plus de cent candidats se présenteront à ce scrutin et que les électeurs seront plus de 100 mille. Parmi les candidats, il y aura non seulement des politiciens professionnels tels que Boris Nemtsov, auteur d’ouvrages anti-Poutine, mais aussi des militants inconnus du grand public, comme par exemple l’artiste contemporain Artiom Loskoutov, originaire de Novossibirsk.

« L’un de mes objectifs est d’aborder le sujet de l’anticléricalisme dans les rangs de l’opposition. Les politiciens ont peur de le faire et essayent de se désolidariser des actes des Pussy Riot. Si les politiciens n’ont pas assez de courage pour dénoncer les liens entre l’Église et l’État, je le ferai moi. Cela ne plaira pas à tout le monde, mais je tenterai de défendre la société contre la cléricalisation », indique Loskoutov.

Selon le politologue Vladimir Pribylovski, l’anticléricalisme pourrait effectivement constituer un des thèmes abordés par l’opposition. « Les leaders de l’opposition ont des exigences envers l’Église : ils trouvent qu’elle s’implique trop dans la vie sociale et politique du pays. L’anticléricalisme entrera toutefois difficilement dans le top 10 des revendications », estime le spécialiste.

Par le passé, ce thème a été soulevé de plusieurs manières par les mouvements d’opposition. Ils avaient déjà accusé l’ancien patriarche Alexeï II de commerce de tabac et d’alcool, et reprochent à son remplaçant Cyrille son goût pour le luxe, qui ne colle pas trop avec le christianisme (sa photo avec une montre Breguet fait le tour des réseaux sociaux depuis 2009 déjà).

Mais avant le jugement des Pussy Riot, qui n’ont pas vraiment réussi à convaincre une grande partie de la population que leur action était politique, et non antireligieuse, l’anticléricalisme n’avait jamais été au centre des préoccupations des mouvements sociaux.

Une des revendications les plus anciennes et qui ne perd pas de sa force est l’appel à des élections justes. Lors de la saison politique précédente, durant laquelle ont eu lieu les élections législatives et présidentielles, les mouvements citoyens ont joint l’acte à la parole : ils ont commencé à s’inscrire en tant qu’observateurs et à organiser des groupes mobiles pour prévenir les irrégularités. Les opposants promettent de maintenir ce contrôle lors des élections régionales prévues le 14 octobre.

« Durant les élections à la Douma, j’ai travaillé en tant qu’observateur dans la ville de Kassimov, où le candidat de « Russie unie » n’a pas remporté 95%, mais seulement 55% des voix. Désormais, le champ de bataille sera Khimki, à proximité de Moscou, où nous aurons à cœur d’empêcher toutes les tentatives de fraude », indique Roustam, membre de l’« Union des observateurs de Russie ». La Commission électorale centrale a d’ailleurs déjà annoncé qu’elle s’attendait un afflux record d’observateurs dans les bureaux de vote.

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