La première interview de Poutine après l’investiture

Crédit photo : kremlin.ru

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Dans sa première interview après l’investiture, le président russe Vladimir Poutine a dévoilé ses espoirs concernant le sommet de l’APEC qui se déroule actuellement à Vladivostok (Extrême-Orient russe) et a commenté les questions d’actualité liées à la politique intérieure et extérieure de la Russie : conflit syrien, présidentielle américaine et procès du groupe punk feministe Pussy Riot.

L’économie avant la politique

A la question de savoir s’il considérait que le dialogue économique tenu dans le cadre du sommet de l’APEC comme menacé par les divergences politiques des pays participants, notamment concernant le conflit syrien, M. Poutine a répondu : « L’APEC a été conçu comme un forum pour la discussion des problèmes économiques. Et c’est sur cet aspect que nous envisageons de nous concentrer en tant que pays-hôte : nous voulons discuter de problèmes économiques et socio-économiques ».

Le chef de l’État russe a également abordé le problème de la crise de la zone euro, assurant que Moscou voulait que « la zone euro survive ». « Il s’agit des principaux marchés pour nos produits. S’ils commencent à reculer, on observera chez nous une chute de la production », a déclaré le dirigeant russe, en notant cependant que la Russie était mieux préparée pour l’éventuel retour de la crise financière, car le pays « a déjà surmonté la vague précédente et nous comprenons maintenant ce que nous devons faire, nous avons des instruments pour lutter contre la crise ».

Aucune repression prévue

Les manifestations


Un rassemblement antigouvernemental, tenu en mai dernier place Bolotnaïaà Moscou, a dégénéré faisant plusieurs dizaines de blessés et quelque 400 interpellés. Suite à ce meeting, les autorités ont durci la législation sur les manifestations suscitant l’indignation de l’opposition et de vives critiques de l’Occident.

Commentant la politique intérieure de la Russie, le président a assuré que les autorités du pays poursuivraient la politique de démocratisation. Balayant les affirmations selon lesquelles l’Etat « resserrait les boulons » à l’égard de l’opposition depuis son retour au Kremlin, M. Poutine a  déclaré : « Si cela veut dire que tout le monde, y compris les représentants de l'opposition, doivent respecter la loi, alors oui, cette exigence sera appliquée avec constance ».

Le président a en outre abordé la situation autour de l’action scandaleuse organisée par les punkettes du groupe Pussy Riot dans la Cathédrale du Christ-Sauveur et qui a suscité une vive réaction aussi bien en Russie qu’à l’étranger. Selon ses dires, le président se situe « en dehors » de l’affaire, suivant cependant de près son évolution. Quant à la soi-disant « prière-punk », organisée par le groupe, M.Poutine l’a qualifiée d’ « orgie ».

Le dirigeant a évoqué l’aube de l’époque soviétique, une période extrêmement dure pour tous les croyants, et pas seulement pour les orthodoxes, toutes les confessions ayant été frappées par les autorités soviétiques. « L’Etat a l’obligation de protéger les sentiments des croyants », a estimé le président russe.

Changement - oui, sang - non

Passant à la politique extérieure, M.Poutine à confirmé que Moscou n’envisageait pas de changer de position sur la crise syrienne. « C’est peut-être à nos partenaires de revoir leur position/ Voyez-vous, lorsque je me souviens de ce qui s’est passé ces dernières années, je m'aperçois que certaines initiatives prises par nos partenaires n'ont pas abouti aux résultats escomptés”, a indiqué M. Poutine.

Crise syrienne


La Syrie traverse depuis dix-sept mois une crise politique aigüe qui a déjà fait 17 000 victimes, selon l’Onu. Pour mettre fin aux violences, l’Occident et plusieurs pays arabes appellent le président Bachar Al-Assad à quitter immédiatement le pouvoir. Pour leur part, la Russie et la Chine craignent que toute ingérence extérieure dans la situation et la perte du gouvernement ne fassent qu’aggraver le conflit.

Selon le chef d’Etat, Moscou comprend que la Syrie a besoin de changements, mais cela ne signifie pas que ces changements doivent être accompagnés d’effusion de sang. « J’estime qu’il faut avant tout arrêter les livraisons d’armes dans la zone du conflit, mais elles se poursuivent tout de même », a fait remarquer M. Poutine.

Évaluant globalement la situation au Moyen-Orient, le chef de l’État russe a supposé que les événements du printemps arabe ont été provoqués par les dirigeants des pays de la région qui avaient raté l’occasion de réformer. « Les dirigeants de ces pays (...) n'ont pas senti les tendances qui se dessinaient dans leur propre pays et dans le monde, et n'ont pas engagé de réformes en temps opportun », a-t-il noté.

M.Poutine a en outre tourné son attention vers les projets américains de développer un système global de défense antimissile, notamment son secteur européen (Euro-ABM). Depuis longtemps, ce problème constitue une pierre d'achoppement dans les relations entre Moscou et Washington.

« Peut-on régler ce problème si le président sortant américain Obama est réélu à son poste? En principe, oui. Mais il ne s'agit pas seulement du président Obama », a indiqué M. Poutine. « Il y a également le lobby militaire et le Département d'Etat qui a un mécanisme assez conservateur ». Le président russe a estimé que « pour résoudre le problème du bouclier antimissile, il faut que nous réalisions que nous sommes des partenaires fiables et des alliés ».

À ce propos, M. Poutine a qualifié d’ « éronnée » la rhétorique antirusse du candidat à la présidentielle américaine du parti républicain Mitt Romney qui a désigné la Russie comme « l’ennemi géopolitique numéro un » dans un discours de sa campagne électorale. M.Poutine a qualifié ces propos de « rhétorique pré-électorale », tout en assurant que Moscou coopérerait avec M. Romney en cas d’élection. « Nous travaillerons avec celui qui sera élu par le peuple américain », a conclu le président.

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