La France à l’honneur au salon du Livre international de Moscou

Du 5 au 10 septembre, la capitale russe accueille le 25e salon du Livre international de Moscou, qui rassemble des éditeurs de 45 pays venus présenter plus de 200 000 livres. Cette année, c’est la France qui est à l’honneur.

En entrant dans le pavillon des invités étrangers, le visiteur tombe tout de suite sur le stand français. Inauguré dès le premier jour par l’ambassadeur de France en Russie, Jean de Gliniasty,  les lecteurs sont invités dans l’univers de la littérature française. Les ouvrages sont présentés au salon aussi bien dans leur version originale qu’en traduction russe.

Les Moscovites peuvent rencontrer des écrivains français tels que Marie Darrieussecq, Guillaume Musso et Charles Dantzig, ou encore participer à un master classe avec les dessinateurs de BD André Juillard et Hermann.

« Pour les Français, la littérature russe est avant tout synonyme de lecture sérieuse, même extrêmement sérieuse. Souvent, il s’agit d’ouvrages sur la guerre ou les vicissitudes de la vie. La littérature française est plus légère », commente Hélène Mélat, attachée pour le livre et l’écrit auprès de l’Ambassade de France.

En écho à ses réflexions, les écrivains russes ont débattu sur le thème « Un pont entre la prose sérieuse et la lecture de masse ». Iouri Bouïda (Epître à Madame ma main gauche, Le train zéro), par exemple, considère que ce pont ne sert à rien. « En Europe, les intellectuels restent tapis dans leur trou, tandis que le lecteur de masse vaque à ses occupations. Et tout va bien. Et c’est même une bonne chose qu’il n’y ait pas de mainstream dans la littérature russe actuelle. À l’époque soviétique tout le monde aspirait à l’uniformité. Aujourd’hui, il y a plein de tendances, qui se développent toutes et trouvent leur lecteur ».

Le secret du style


Dans le cadre du salon a eu lieu la présentation de l’ouvrage de Svetlana Makovetskaïa, Maya Plissetskaïa & Pierre Cardin. Le mystery du style. Le livre rassemble des photos de la célèbre danseuse étoile prises par la photographe défunte Makovetskaïa avec une technique particulière : le flou artistique. Les clichés ont été pris à Moscou, Munich et Paris. Une partie du livre est consacrée aux costumes créés pour la ballerine par le couturier Pierre Cardin.

Le poète et essayiste Dmitri Bykov, lui, assure que « l’écrivain doit avoir un avis, et même un avis erroné. Mais ce qui manque en ce moment, c’est de la littérature russe professionnelle, qui serait lisible. Et aussi intéressante que les frères Strougatski par exemple (…)  En tant que rédacteur, je reçois de bons manuscrits, mais personne ne veut les publier », regrette-t-il.

« La place des auteurs » est devenue l’épicentre du salon. Le jour de l’inauguration on a pu y croiser Zachar Prilépine, l’auteur de Le Singe noir, devenu en juin le rédacteur en chef du site « Presse libre ». « Le langage est l’instrument le plus honnête, raisonne l’écrivain. Je n’arrive pas à m’imaginer des livres pour enfants comme à l’époque soviétique, truffé d’héroïsme de propagande, car les temps ont changé. Mais je n’exagèrerais ni la terreur d’aujourd’hui, ni celle du passé soviétique. Il y a quand même eu des Voznessenski, des Choukchine… ».

Prilépine a également commenté son implication dans la vie politique du pays : « Ce que je fais est très naturel pour moi. On nous accuse de faire de la com. J’ai passé beaucoup de temps avec Edouard Limonov. Et ce n’est pas de la com ! Essayez de vivre comme ça ne serait-ce que quelques jours : les téléphones sur écoute, les filatures. Ce genre de com déplait vite ! »

Il a aussi évoqué son nouveau roman portant sur un camp de concentration à Smolensk dans les années 1920, où étaient détenus acteurs, écrivains et musiciens. On y exterminait comme partout, mais il y avait aussi une vie culturelle.

Le salon du livre accueillera également Frédéric Begbeder, Jean-Claude Perrier, et d’autres écrivains russes et étrangers.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.