Les républicains, la politique étrangère en moins

Image par Niyaz Karim

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Dans la partie consacrée à la Russie, la plateforme politique du Parti républicain s’ouvre sur une déclaration plutôt surprenante: « l'héroïsme et la souffrance, qui se sont abattus sur le peuple russe au cours du siècle dernier, sont dignes du plus grand respect ».

 

Et de poursuivre: « Alliés durant la Grande Guerre patriotique, ils ont perdu 28 millions de vies dans leur combat contre le nazisme. Alliés de cœur, ils ont mis fin à la terreur soviétique, qui compte encore des millions de victimes. Aujourd'hui, alors qu'ils tentent de faire renaître leur riche identité nationale, ils méritent notre admiration et notre soutien »

 

Suivent ensuite des passages plus conventionnels : un appel aux dirigeants russes pour stopper la répression des opposants, de la presse et de la société civile. Hormis ce fragment particulier (à noter qu'un peu plus d'un paragraphe concerne l'Europe), la Russie est mentionnée à deux reprises. Une première fois pour figurer sur la liste des « menaces les plus sérieuses pesant sur la sécurité nationale » et face à laquelle l’administration actuelle a réagit « en faisant preuve de faiblesse ». A ses côtés, figurent l’extension du terrorisme transnational, la course à l’armement nucléaire de la Corée du Nord et de l’Iran.

 

La deuxième mention de la Russie est le sujet de prédilection des républicains et concerne le bouclier anti-missile : accidentellement rendue publique, la malencontreuse promesse de Barack Obama à Dmitri Medvedev à disposer de plus de souplesse si ce dernier était réélu semble une aubaine pour le parti.

 

Le contexte n'est certes pas toujours agréable, mais tout doit être pris en considération, d'un point de vue plus relatif qu'absolu. Ainsi, lors de la campagne de 2008, aucun terme positif à l'égard de la Russie n'avait été prononcé. Seuls figuraient la condamnation des mœurs intra-politiques et une agressivité politique latente envers ses voisins. La rhétorique de ce document se différencie par ailleurs par les déclarations du candidat Mitt Romney, qui caractérise plusieurs fois la Russie de « principal ennemi géopolitique des Etats-Unis ». Des propos qui laissent perplexes non seulement ses détracteurs, mais également nombre de ses partisans. 

 

Malgré la présence relativement importante de la Russie dans le programme de campagne présidentielle du parti et les déclarations du principal intéressé, il est évident que le rôle de la Russie dans la campagne est totalement insignifiant. Apparaissent comme importantes les questions d’ordre concret, et la vision générale du rôle que l'Amérique joue et doit jouer dans le monde. Le chapitre consacré à la politique intérieure et à la sécurité s'intitule d’ailleurs avec grandeur : « L'exception américaine ».

 

Dans le chapitre analogue du programme de 2008, le ton n’était pas aussi prétentieux, mais le sous-titre l’était sans doute tout autant : « protéger notre nation, soutenir nos héros, garantir la paix ». Peut-être est-ce parce qu’à l’époque, les républicains siégeaient à la Maison Blanche depuis déjà huit ans. Années durant lesquelles ils ont connu une attaque sur le sol américain et ont engagé deux guerres. Il a donc fallu trouver des réponses à des questions spécifiques et pratiques dans le domaine de la sécurité.

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Aujourd’hui, du point de vue critique de l’administration démocrate, il semble plus facile de se livrer à une rhétorique du slogan. Il existe une autre interprétation. Selon la tradition, l’une des deux personnalités du futur couple présidentiel doit posséder une certaine expérience de la politique étrangère, ou du moins s’intéresser aux affaires internationales. Or cette fois-ci, ni Mitt Romney, ni le candidat à la vice-présidence, Paul Ryan, ne peut se targuer de maîtriser ces questions-là.

 

Mitt Romney a une vision républicaine standard de la fin du XXe-début du XXIe siècle, un mixte de Ronald Reagan et de George W. Bush Junior. Peu de concret, mais beaucoup de formules magiques électorales sur la nécessité de restaurer la grandeur de l’Amérique et de mettre fin à son déclin, contrairement à la politique de Barack Obama qui, pensent les républicains, estime que les Etats-Unis doivent chercher un terrain d’entente avec les puissances montantes. Le candidat parle de fermeté et de principes, parce qu’il n’y a pas si longtemps, moins d’un quart de siècle, cette approche a mené les Etats-Unis vers le succès.

 

Par conséquent, de cette « image désirée du passé », découle cet intérêt soudain pour la Russie, ainsi évoquée par Mitt Romney. Le candidat souhaite instinctivement retourner à l’ancien système bipolaire, lorsque tout était plus simple.

 

Car le principal problème qui se pose aujourd’hui, c’est avant tout la complexité stratégique de la situation, où les lignes de front se sont brouillées. On ne sait plus qui sont les nôtres, et qui ne le sont pas. Ou plutôt, tout change de place trop vite. Et quand bien même le pays dispose d’une force militaire, cela ne signifie pas qu’il sait comment l’utiliser efficacement.

 

Le choix du candidat à la vice-présidence en dit long sur la campagne menée par les républicains. Les politiques qui ont occupé ce poste depuis les années 80 s’étaient en général forgé une solide réputation dans la politique internationale. Paul Ryan n’a absolument aucun lien avec ce domaine.

 

Comme l’affirment quelques-uns de ses détracteurs, il ne s’y intéresse que pour les chiffres et les articles budgétaires. Paul Ryan est un fervent partisan des coupes budgétaires et, compte tenu de la gravité du problème de la dette américaine, ce sujet est brandi comme une arme contre le candidat Obama.

 

L’apparition d’un candidat à la vice-présidence totalement indifférent à la politique extérieure est symptomatique (lors des dernières élections, le cas de Sarah Palin n’était pas un indicateur puisque John McCain avait été reconnu chef de chœur des affaires étrangères). Même dans le camp des républicains, on réalise implicitement qu’au XXIe siècle, la force prédominante des Etats-Unis dans les affaires internationales n’est plus un recours à portée de main.

 

Le journal Foreign Policy a récemment fait remarquer que même si Romney avait voulu poursuivre la tradition d’une vice-présidence portée sur la « politique étrangère », il n'aurait pas eu le choix. Les « As » de ce domaine quittent progressivement le monde de la politique pour laisser leur place à un nouveau genre d'acteurs politiques.

 

L'exemple typique reste celui du légendaire sénateur Dick Lugar qui, après avoir été battu au cours des élections primaires de son Etat contre le candidat du mouvement ultra conservateur du Tea Party, s’est retiré de ses fonctions. Certains commentateurs notent une baisse de l'intérêt des républicains pour les affaires internationales, voire parlent de provincialisation du parti. Si Mitt Romney gagne, il sera alors possible de vérifier la véracité ou non de ces faits.

 

Article original sur le site Gazeta.ru.

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