Impressions russes d’un diplomate français

Pierre Filatoff, consul général dans l'Oural. Crédit photo : Tatiana Andreïeva

Pierre Filatoff, consul général dans l'Oural. Crédit photo : Tatiana Andreïeva

Pierre Filatoff, consul général dans l'Oural depuis 2010, a partagé avec nous ses impressions sur la vie « à la russe » avant de rentrer en France.

 Pierre Filatoff, consul général de France à Ekaterinbourg, est d’origine russe. Un léger accent se devine lorsqu’il s’exprime. Ce dernier a lu d'un bout à l'autre Guerre et Paix, l'un des plus longs romans de Léon Tolstoï, dans son texte original. Au cours de sa carrière diplomatique, Pierre Filatoff a vécu à Sarajevo, New York, Tachkent, Vienne, Genève puis la ville de Koweït avant d’arriver en Russie. Il y a dix ans, le consul travaillait comme conseiller de l'ambassade de France à Moscou et s'occupait des questions stratégiques concernant la péninsule balkanique, l'OTAN et le désarmement. Pierre Filatoff est nommé consul général dans l'Oural en 2010 et s'apprête désormais à rentrer en France. Avant son départ, ce diplomate a partagé avec nous ses impressions sur la vie « à la russe ».

En quoi le niveau de vie est-il plus agréable en France qu’en Russie ?


En France, comme dans les pays scandinaves, le système de sécurité sociale est très développé. En Russie, j’ai cru comprendre qu’un séjour à l'hôpital peut vite coûter très cher. Nous sommes mieux protégés en cas de catastrophe, de l'accident à l'inondation. Bien sûr, pour bénéficier de ce système, nous payons des impôts assez élevés ; certains payent pour les autres. Il est souvent question des ravages de l'alcoolisme en Russie : en France, le pourcentage de consommation d'alcool pur par personne n'est pas éloigné du chiffre russe. Par contre, nous aimons consommer des boissons moins alcoolisées, le vin, par exemple.  S’il fut un temps où un Français pouvait boire un ou deux verre de vin avant de conduire, il est désormais passible d'une amende.

D'après vous, Ekaterinbourg a-t-elle des chances d’accueillir l’exposition universelle de 2020 face à Dubaï, San Paolo, Izmir et Ayutthaya ?


À mon avis, Ekaterinbourg a un atout indéniable : la Russie n'a jamais accueillie une exposition de cette ampleur alors qu’elles sont apparues au milieu du XIXe siècle. De plus, votre pays y a souvent participé avec succès. La Russie est un pays immense, influent et riche. Elle est membre de l'ONU, a intégré l’OMC et développe des relations avec l'Union Européenne. Ce contexte politique  peut également entrer en compte.

 Pierre Filatoff lors d'une visite des gisements d'émeraudes et de béryl Mariinsky, à 50 kilomètres d'Ekaterinbourg. Crédit : Tatiana Andreïeva

Quels sont vos impressions de l'Oural ?


Je vis près du consulat, je prends souvent le tramway, les marchroutki (petits bus), je me déplace également beaucoup à pied. Honnêtement, je n'ai jamais remarqué l'incivilité dont vous vous plaignez de manière récurrente dans les transports.  Pourtant, un jour où je rentrais dans le  tramway, une jeune fille s'est levée pour s'installer à la place où j’allais m’asseoir. Je n'ai pas pu comprendre son comportement tout de suite : je cherchais des yeux une personne âgée dont la présence aurait pu expliquer ce changement de place ! Il est évident qu’ici, les habitants sont plein d'énergie et cherchent à améliorer leurs conditions de vie. Ekaterinbourg est une ville accueillante pour les étrangers : difficile d'imaginer qu'il y a 22 ans, c'était une ville fermée !

Qu'est ce qui restera gravé dans votre mémoire ?


Je suis devenu maître dans l'art de me déplacer sur la glace sans pour autant glisser ou tomber.  La partie Nord est une région particulièrement intéressante : les paysages sont à vous couper le souffle et malgré les conditions de vies difficiles, les pouvoirs administratifs font tout leur possible pour que les gens, et surtout les jeunes, ne viennent pas uniquement pour travailler mais envisagent de s’y installer en famille.

Avant mon départ pour la France, j'aimerais me rendre à Kazan pour admirer la beauté de son Kremlin.

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