Deux ans pour les Pussy Riot

Selon des représentants de l’opposition, cette décision pourrait alimenter le mécontentement de la population avant les vagues de manifestations prévues en septembre. Crédit photos : AP

Selon des représentants de l’opposition, cette décision pourrait alimenter le mécontentement de la population avant les vagues de manifestations prévues en septembre. Crédit photos : AP

Les trois jeunes femmes membres du groupe punk Pussy Riot ont été condamnées à deux ans de camp pénitentiaire, dans le procès le plus médiatisé qu’ait connu la Russie depuis l’emprisonnement du magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski.

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Maria Alekhina, 24 ans, et Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, ont été déclarées coupables ce vendredi de hooliganisme et d’incitation à la haine religieuse pour avoir chanté en playback une « prière punk » dans la cathédrale du Christ-Sauveur en février. Cette interprétation, durant laquelle elles appelaient la Vierge Marie à débarrasser le pays du président Vladimir Poutine tout en dansant avec des cagoules colorées à l’intérieur de la plus grande cathédrale de Moscou, a suscité la polémique parmi les Chrétiens orthodoxes, dont bon nombre se sont sentis insultés par leur tour de force.

Mais beaucoup ont également jugé leur arrestation en mars comme trop sévère pour une blague non violente. L’affaire a d’ailleurs pris une tournure politique, Amnesty International déclarant même les jeunes femmes « prisonnières d’opinion » en avril.

Les avocats des chanteuses ont peur pour leurs vies si elles sont envoyées dans un camp pénitentiaire.

« Il s’agit d’une réelle menace pour leur vie et leur santé », a déclaré l’avocat de Tolokonnikova, Mark Feïguine, aux plus de cent journalistes amassés devant le tribunal. « Le pouvoir ne voudra pas leur offrir une sécurité rapprochée dans le camp. Elles sont en danger ».

Feïguine a également indiqué que les avocats feraient appel à tous les niveaux, même devant la Cour européenne des droits de l’Homme s’il le fallait.

« C’est un verdict injuste », a-t-il ajouté. « Et il n’a pas été rendu par la juge (Marina) Syrova. Il vient de plus haut. Il s’agit là d’une décision politique venant du Kremlin, de Vladimir Poutine plus exactement, qu’il trouve modérée ».


La condamnation est inférieure aux trois années requises par le procureur et peut être vue comme un signe de clémence après la déclaration du Président Poutine, qui avait appelé à ne pas juger « trop sévèrement » les membres du groupe.

Entretemps, les représentants de l’Église orthodoxe russe ont, à la surprise générale, plaidé pour plus d’indulgence suite au verdict de ce vendredi. D’après le journal Komsomolskaïa Pravda, l’archevêque Vladimir Viguilianski a même exprimé des « regrets » par rapport à cette décision et appelé les autorités à pardonner les membres du groupe.

Mark Feïguine a cependant répondu aux journalistes que les jeunes femmes refusaient de faire des excuses.

L’annonce de la décision a provoqué la cohue à l’extérieur du tribunal, où plus d’une centaine de journaliste devaient se débattre pour ne pas être écrasés en essayant d’entrer dans le bâtiment. La plupart des journalistes couvrant le procès n’ont pas été autorisés à entrer dans la petite salle d’audience, dans laquelle Khodorkovski avait également été jugé en 2010.

Le verdict des Pussy Riot s’ajoute à une série de mesures répressives à l’encontre de figures de l’opposition, dont les accusations de détournement de fonds à l’encontre du leader des mouvements de protestation Alexeï Navalny, que beaucoup soupçonnent d’être motivées politiquement.

Selon des représentants de l’opposition, cette décision pourrait alimenter le mécontentement de la population avant les vagues de manifestations prévues en septembre.

« Le gouvernement durcit les repressions », explique le dirigeant du Front de gauche Sergueï Oudaltsov, qui a été détenu à l’extérieur du tribunal Khamovnitcheski, où il était venu pour soutenir le groupe. Il a été relâché quelques heures plus tard. « Ce comportement poussera davantage de personnes dans les rues lors de la marche prévue le 15 septembre ».

Ilya Ponomariov, député du parti Russie juste, pense quant à lui que le procès des Pussy Riot a galvanisé le soutien pour le groupe, ce qui n’aurait pas été possible dans un autre contexte.

« Le gouvernement est en train de créer de nouvelles icones qui renforcent l’opposition », dit-il, faisant référence aux Pussy Riot. « Elles n’étaient pas très connues au sein de la population, mais les autorités les ont transformées en véritables héroïnes ».

Environ 1 500 manifestants se sont rassemblés pour protester contre le verdict avant même qu’il ne soit prononcé. Ils ont notamment chanté « libérez les Pussy Riot » dans la rue qui mène au tribunal, où ils ont été stoppés par la police. Dans le même temps, une vingtaine d’activistes religieux se sont joints à la foule en criant « le Patriarche Cyrille est notre guide ». Un groupe religieux a même brûlé une photo d’une des Pussy Riot accrochée à une croix.

La police a arrêté 20 personnes au total devant le tribunal.

D’autres manifestations de soutien aux chanteuses ont également eu lieu à l’extérieur de la Russie, comme à Londres, Paris et Berlin. Leur procès, qui a commencé le 30 juillet, a ainsi attiré l’attention du monde entier et d’un nombre exceptionnel de stars telles que Madonna ou Paul McCartney.

Certains doutent cependant que le statut d’icônes internationales dont jouissent les Pussy Riot à l’étranger durera en Russie.

« Ce n’est pas un sujet national », a en effet déclaré en face du tribunal Oleg Kachine, expliquant que leur cas n’avait pas trouvé écho auprès des Russes moyens.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.