Le prix de la sécurité

Pour les réfugiés syriens de Kilis, la vie est sûre mais ennuyante. Des bénévoles du monde entier font cependant leur possible pour que les enfants réfugiés pensent à autre chose qu’à la guerre.

Crédit photos : Alla Shadrova, Spike Roders, Giacomo Cuscuna

Depuis plus d’un an maintenant, la petite ville turque de Kilis accueille un camp de réfugiés fuyant le conflit syrien. Dans ce village situé à environ 5 kilomètres de la frontière et fait de conteneurs en métal ainsi de clôtures barbelées, plus de 12 000 personnes, dont 4 000 enfants, mènent une vie quelque peu perturbée.

Ce camp est pourtant considéré comme l’un des meilleurs. Il compte un magasin qui vend de la nourriture et des biens de première nécessité, mais aussi une mosquée, une école et un centre médical. Et bien que les documents d’identités fournis par le gouvernement turc puissent servir de cartes de crédit pour effectuer des achats, un marché noir qui accepte les livres turques ou syriennes s’est créé pour les cigarettes, le maquillage et d’autres types de produits de contrebande.

Ce camp n’est néanmoins pas accessible à tous. Pour y entrer, les résidents doivent présenter leur carte d’identité et appuyer sur un écran tactile avec leur index. Le gouvernement turc a toutefois été obligé de construire un mur en béton donnant sur le côté syrien du camp et il y a quelques mois, deux réfugiés ont été abattus par des snipers de l’armée à l’intérieur du camp. Des tirs ont également visé les réservoirs d’eau des installations. Aujourd’hui, le mur haut de 10 mètres est décoré de dessins authentiques peints par les enfants qu’il protège et représentant les villes et villages les plus affectés par les bombardements. On peut également y voir les visages et noms des martyrs. Les réfugiés syriens n’ont donc plus de vue sur leur pays d’origine.


Des bénévoles du monde entier se sont rendus au camp afin d’essayer de rendre la vie de ses résidents un peu plus joyeuse. L’Italien Giacomo, 25 ans, propose un petit programme d’apprentissage de l’anglais aux enfants. L’objectif principal du projet est « l’adaptation sociale des enfants grâce à un processus créatif ».

« Bien sûr, nous ne nous attendons pas à ce que les participants parlent parfaitement anglais, mais nous les sortons de la routine, ça c’est certain ! », explique Giacomo.


Selon Tamas, un autre bénévole de 27 ans venant de Hongrie, le plus gros problème du camp n’est pas le manque d’eau, ni la nourriture qui est souvent la même, mais plutôt le peu de choses à faire. L’ennui est étouffant. Les réfugiés reçoivent tous les jours des nouvelles de la situation par la télévision satellite, qui diffuse dans presque toutes les maisons préfabriquées, et peuvent parfois appeler des membres de leur famille restés en Syrie. « Au début, il était difficile pour les enfants de parler de sujets autres que la guerre », raconte Tamas. « Ici, la guerre est partout autour d’eux. Il ne faut pas non plus oublier que certains enfants vivent dans ce camp depuis plus d’un an. Durant cette période, chaque nouvel arrivant leur a posé les mêmes questions. Des questions sur la guerre bien entendu. Mais petit à petit, ces mêmes enfants commencent à parler de football, de musique et d’autres sujets. C’est beau à voir ».

La vie dans le camp est le résultat d’un mélange de croyances, de groupes religieux et de classes. Des gens qui ne se croisaient que rarement sont maintenant voisins et partagent les mêmes espoirs. « C’est en arrivant ici que nous avons appris à nous connaître. Dans le camp, nous sommes tous sur un pied d’égalité. Personne n’a d’argent, personne ne va dans des écoles privées et personne ne possède de voiture… », dit Youssef, 11 ans. 


Certains des réfugiés font également tout ce qu’ils peuvent pour aider. C’est le cas de Kader, un instituteur qui a organisé un cours de théâtre avec les enfants. Ensemble, ils mettent en scène l’histoire de la guerre avec des personnages comme le président Bachar al-Assad ou l’armée de libération syrienne, joués par les jeunes eux-mêmes. L’un d’eux était particulièrement content de représenter la communauté internationale, son rôle étant finalement très limité.


Des étudiants de l’Université d’Alep qui ont été obligés d’abandonner temporairement leurs études projettent quant à eux d’organiser des cours de musique dans le camp dans l’espoir de faire oublier la guerre aux enfants.

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