JO : bilan en demi-teinte des athlètes russes

Un nombre considérable de médailles remportées à Londres par la Russie, avec une nette tendance au bronze, ont été le fruit d'une approche généralement comparable à celle de la Chine. Crédit photo : Itar-Tass

Un nombre considérable de médailles remportées à Londres par la Russie, avec une nette tendance au bronze, ont été le fruit d'une approche généralement comparable à celle de la Chine. Crédit photo : Itar-Tass

La sélection russe s'est placée en troisième position aux Jeux olympiques de Londres pour le nombre total de médailles, rattrapant presque la Chine, et obtenant pour la première fois en 12 ans des victoires dans divers sports d'équipe. La prestation des athlètes russes à Londres sera probablement considérée comme un succès.

Les derniers jours des Jeux Olympiques furent en or pour l'équipe russe. Concernant le nombre de médailles d'or, les sportifs russes ont dépassé le niveau des JO de Pékin-2008, sans parler du nombre de médailles de tout type. Dans l’ensemble, cela peut signifier que le système actuel, basé sur de gigantesques injections de fonds publics dans le sport professionnel, donne des résultats, même si cette approche est non systématique, ce qui induit de graves imprécisions dans les prédictions de médailles. Les sportifs russes ont perdu dans les disciplines dans lesquelles les plus grands espoirs avaient été placés, mais ont remporté des médailles là où personne ne s’y attendait.

Le système commun de classement lors des Jeux olympiques est basé sur le nombre de médailles d'or, et selon cet indicateur, la Russie a pour la première fois de l'histoire postsoviétique chuté à la quatrième place. Pour le nombre de médailles de tout type, elle obtient une troisième place assurée, la Chine, deuxième, étant beaucoup plus proche que le quatrième, le Royaume-Uni. Une performance aussi ambiguë de l'équipe russe sera sérieusement analysée au plus haut niveau. Cependant, les derniers jours des Jeux ont de fait épargné une critique trop virulente aux patrons du sport national - Vitali Moutko et Alexandre Joukov.

Malgré l’absence de stratégie sportive claire, l’énorme système de financement et de responsabilité adopté en Russie dans le sport professionnel, a plus ou moins fonctionné. On attendait bien sûr beaucoup plus des Jeux olympiques en escrime, tir et natation, et l'échec dans ces disciplines a généré des critiques sérieuses, non seulement pour les dirigeants de ces fédérations, mais aussi dans les sphères politiques. Le final victorieux fait  toutefois oublié les échecs de la première semaine.

Médailles de l'équipe russe aux Jeux olympiques :

Atlanta 1996 (2e place finale) : 26 or, 21 argent, et 16 bronze = 63
Sydney 2000 (2) : 32, 28, 29 = 89
Athènes 2004 (3) : 28, 26, 38 = 92
Pékin 2008 (3) : 23, 21, 29 = 73
Londres 2012 (4) : 24, 25, 33 = 82

En fin de compte, nous conservons les premières positions en natation synchronisée et en gymnastique rythmique, ainsi que dans certains domaines traditionnels comme en athlétisme, et une montée en puissance inattendue dans des sports tels que le judo, l'aviron, le canoë et le badminton. C’est précisément dans ces dernières disciplines que la Russie a obtenu les médailles les plus inattendues. Par une étonnante coïncidence, ces sports sont qualifiés de présidentiels : ils plaisent particulièrement aux hauts responsables du pays.

Ce n'est pas par hasard si le président, par le biais de son porte-parole, a fait savoir que personne ne serait limogé en guise de punition, mais que les bons élèves seraient prochainement récompensés par M. Poutine en personne.

Sans le judo, la première semaine des Jeux aurait été un cauchemar pour le sport russe, et même un final réussi n’aurait pas pu effacer la honte de ces journées. Étonnamment, le judo ainsi que l’entraîneur et désormais héros Ezio Gamba, est peut-être le seul cas durant ces Jeux Olympiques où une approche systématique et intelligente a été en mesure de produire des résultats, et d’aider les athlètes à atteindre des résultats dont eux-mêmes ont été étonnés. La plupart des autres médailles ont été remportées en dépit des circonstances, contre toute attente.

Bien sûr, chaque médaille est le fruit d'un énorme travail. Cependant, à l’exception peut-être des nageuses synchronisées et des gymnastes artistiques, pour lesquelles ce travail garantit les plus hautes récompenses depuis déjà des décennies, aucun Russe n’a remporté ces Jeux Olympiques avec un net avantage, en montrant les meilleurs résultats depuis plusieurs années. La plupart de ceux qui ont vu l’or leur échapper sont les tireurs, les lutteurs, les boxeurs et les athlètes – Ielena Issinbaïeva et Maria Abakoumova.

Chaque jour a commencé avec de nouveaux espoirs, une réflexion sur les chances, mais peu à peu les voix calmant « ont va l’avoir à coup sûr » se sont tues. Après la médaille de bronze d'Ielena Issinbaïeva et l'échec du marcheur Bortchin, on est devenus superstitieux, s’efforçant de ne pas porter la poisse aux étoiles de la natation synchronisée et de la gymnastique artistique. Chaque récompense a été obtenue à l’issue d’une âpre lutte, et derrière chaque médaille il y avait une prouesse humaine.

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Cependant, un certain nombre d'athlètes n'ont pas été en mesure de se surpasser. Sans cela, impossible de gagner aux Jeux olympiques. Beaucoup de médailles ont été obtenues, on ne peut pas les critiquer. Mais l’énorme nombre de quatrièmes-cinquièmes places ne dénote pas un niveau global élevé du sport russe (c’est certainement ce que diront les officiels qui mentionneront ces résultats), mais le fait que beaucoup ne réussissent tout simplement pas à faire l'impossible.

C'est particulièrement le cas de la natation où il était évident qu’il y  avait beaucoup de « touristes ». Cela peut s’expliquer par la nécessité d’envoyer à Londres autant d’athlètes sélectionnés que possible, afin d'avoir dans la sélection plus d'entraîneurs et de personnel d'équipe. Le recul évident dans les résultats des nageurs russes est devenu un poncif : personne à Londres ne comptait sur leur succès. Le système actuel en natation  hérité de l’époque soviétique est chancelant de longue date, et même la construction massive d'infrastructures adéquates ne garantit pas l'émergence de figures telles que la lithuanienne Ruta Meilutyté.

Autre échec, malgré les opinions des entraîneurs et officiels, celui des lutteurs et des boxeurs. Compte tenu notamment des progrès remarquables dans des arts martiaux « étrangers » à la Russie tels que le judo ou le taekwondo.

En fait, un nombre considérable de médailles remportées à Londres par la Russie, avec une nette tendance au bronze, ont été le fruit d'une approche généralement comparable à celle de la Chine, mais d'une façon assez particulière. Nous avons tiré notre épingle des Jeux grâce à une participation massive - un grand nombre de prétendants, ceux qui échouaient en laissaient d’autres réussir. Il n’y a bien sûr pas de méthode clair dans cette approche, c'est la raison pour laquelle les supporteurs ne savaient au final pas qui gagnerait ou subirait un échec.

Au final, on a grappillé des médailles dans tous les coins, mais les athlètes russes ont dans l’ensemble réussi à réaliser leur norme. Cependant, on discutera encore longtemps de savoir si les Jeux de Londres furent une réussite les Russes, ou bien si la quatrième place et la défaite face au Royaume-Uni fut un échec. Pour la première fois dans l'histoire récente, nous avons perdu, non seulement face à la Chine et aux États-Unis, mais aussi à la Grande Bretagne. Bien sûr, il faut tenir compte du fait que pour ces derniers, les Jeux se tenaient à domicile, ce qui dans tous les cas garantit un plus grand nombre de médailles. On ne pourra accepter de telles excuses que s’il se produit un triomphe, ou du moins des progrès significatifs, lors des prochains Jeux qui se dérouleront à Sotchi.

Le laconisme, même face aux journalistes, des athlètes ayant échoué à Londres, ne permet pas de réaliser une véritable analyse des sports ayant subi des échecs. Bien sûr, on nous répondra que les professionnels analyseront tout cela minutieusement. Pourtant, ces mêmes professionnels les ont menés à la déroute, alors peut-on compter sur leur objectivité ? De gigantesques sommes ont été dépensées en vain et  dans certaines fédérations, il existe un étonnant éventail d’opinions concernant combien d’argent a été investi, et surtout, par qui.

Dans tous les cas, il faut admettre que la démarche qui consiste à injecter de fortes sommes d’argent par le ministère des Sports et divers oligarques -plus ou moins forcés - s’est généralement avérée payante : Il est difficile de préparer adéquatement des athlètes avec de l'argent seulement,  mais la Russie, elle, l’a fait avec beaucoup d'argent.

Article complet disponible sur le site gazeta.ru.

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